L’année 2026 a bien démarré pour les obligations à haut rendement européennes puisque leurs spreads ont continué de se resserrer comme ils l’ont fait de manière quasi linéaire depuis que Donald Trump a annoncé sa nouvelle politique commerciale en avril dernier. Reste à savoir si ces titres recèlent encore un potentiel de plus-value.
Avant d’entrer dans le détail de ce marché, examinons la situation économique en Europe. La croissance est plutôt molle, mais devrait rester positive. L’environnement n’est ni récessif, avec la cohorte de faillites qui l’accompagnent généralement, ni fortement expansif et caractérisé par des rachats d’entreprises massifs et un fort endettement qui engendrera des tensions plus tard dans le cycle économique.
Les conditions financières actuelles sont relativement bonnes. La BCE devrait maintenir sa politique monétaire prudente jusqu’en fin d’année. Cependant, les liquidités sont abondantes et les financements généralement disponibles pour les entreprises.
Une gestion saine des bilans
Dans le marché du haut rendement, la qualité du crédit reste bonne: 70% des emprunts sont notés BB et de nombreuses entreprises ont bénéficié d’une hausse de leur notation au cours des 12 derniers mois. Elles ont réussi à contourner les écueils qui se sont présenté ces 4 à 5 dernières années (Covid, hausse de le l’inflation en 2021, augmentations rapides des taux en 2022 et incertitudes politiques et réglementaires en 2025) en menant une gestion modérément conservatrice. Ensemble, leurs dépenses d’investissement, leurs dividendes et leurs rachats d’achats d’actions ont été maintenus en dessous de leur cash-flow opérationnel, ce qui témoigne d’une gestion saine de leurs bilans. Même si plusieurs opérations de recapitalisation par dividende ont eu lieu l’an passé, elles ont été menées par des entreprises saines, basées sur des modèles économiques robustes.
Si l’accélération du cycle des investissements dans l’IA se maintient, la pression sur l’offre d’émissions pourrait se répercuter sur le marché européen.
Dans de nombreuses entreprises, les fonds propres ont atteint un niveau record. Elles disposent donc d’un coussin confortable qui leur permettra d’amortir d’éventuelles chutes de leurs bénéfices ou d’affronter un durcissement des conditions de refinancement. Cependant, même si les entreprises sont assurées de pouvoir honorer le versement des coupons de leurs obligations et de se refinancer, l’environnement actuel ne les incite pas à procéder à des dépenses excessives ou à se surendetter.
Fusions: une affaire à suivre
Tout n’est pas idyllique pour autant. Il convient d’être particulièrement attentif à l’évolution des fusions & acquisitions, y compris des rachats avec effet de levier (LBO). Après avoir connu un boom en 2021, ces opérations sont revenues à niveau plus modéré. Mais si les entreprises reprennent confiance et que le volume des fusions & acquisitions augmente, les transactions financées par la dette pourraient peser sur le crédit.
Depuis l’été dernier, plusieurs opérations d’envergure ont été annoncées, comme celle d’Electronic Arts ou plus récemment celle de Warner Brothers (avec deux prétendants Netflix et Paramount). En Europe, Veolia Environnement a racheté Clean Earth. Cela dit, la reprise des fusions/acquisitions et LBO n’en étant qu’à ses débuts, la détérioration de la qualité du crédit ne devrait se manifester que plus tard.
La construction des centres de données et de l’ensemble des infrastructures nécessaires au développement de l’intelligence artificielle constitue un deuxième facteur de risque. Les emprunteurs actifs dans ce domaine pourraient en effet solliciter le marché pour financer des dépenses d’investissement massives. L’écartement des spreads d’Oracle a été un signe avant-coureur de la prise en compte du risque d’exécution par le marché. Si l’accélération du cycle des investissements dans l’IA se maintient, la pression sur l’offre d’émissions pourrait se répercuter sur le marché européen. Des dépenses d’investissement effectuées au mauvais moment ou mal gérées pourraient peser sur le crédit. Cependant, en dépit des tensions sur les valorisations et des risques, nous restons optimistes pour le crédit. En effet, le taux de défaut reste bas et les fondamentaux sont solides.
Quel scénario pour 2026?
Les rendements devraient être positifs, mais limités, alimentés pour l’essentiel par le portage et les coupons. Compte tenu des valorisations actuelles, il y a peu de marge pour un resserrement supplémentaire. Les spreads ne devraient guère s’écarter, à moins d’un choc macroéconomique qui se manifeste par une récession, une soudaine flambée de l’inflation ou un flot de dépenses d’investissement mal gérées dans le secteur de l’IA.
En pratique, les spreads du haut rendement vont évoluer pendant encore un certain temps à l’intérieur de la fourchette actuelle pour autant que les fondamentaux restent solides et les indicateurs techniques favorables. Du point de vue de la gestion des portefeuilles, il paraît raisonnable de donner la préférence aux émetteurs qui affichent un bilan sain, un endettement modéré et ont un besoin limité de refinancement. Il convient de privilégier ceux qui sont exposés à la croissance structurelle plutôt qu’à ceux qui sont dépendants du cycle, l’essentiel étant de procéder à une sélection active des titres.
Au vu de l’étroitesse des spreads, le risque de baisse est asymétrique: un seul événement négatif suffirait à affecter directement les valorisations alors que la marge de resserrement des spreads est relativement limitée. Néanmoins, la solidité des fondamentaux, la régularité de la croissance, le comportement discipliné des entreprises ainsi que des paramètres techniques favorables, tous ces facteurs incitent à tabler sur une évolution stable et résiliente du marché des obligations à haut rendement en 2026.