Un vecteur énergétique plus efficace que les combustibles fossiles

Cédric Baur, LGT Private Banking

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A mesure que l’électrification progresse, la consommation totale d’énergie tend à diminuer.

Pourquoi consommer davantage d’électricité peut réduire la consommation d’énergie

Au cours des dix dernières années, la consommation mondiale d’énergie a progressé d’environ 1,4% par an. Cette tendance pourrait toutefois s’inverser progressivement. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la croissance annuelle de la consommation énergétique mondiale pourrait ralentir à 0,5% d’ici à 2050.

Cette évolution peut sembler contre-intuitive. Pourtant, à mesure que l’électrification progresse, la consommation totale d’énergie tend à diminuer.

L’électricité est en effet un vecteur énergétique beaucoup plus efficace que les combustibles fossiles. Les moteurs électriques, par exemple, affichent des rendements nettement supérieurs aux moteurs à combustion interne, dont une grande partie de l’énergie est dissipée sous forme de chaleur.

Autrement dit, plus l’économie s’électrifie, moins elle a besoin d’énergie primaire pour produire le même résultat.

Cette double transition implique à la fois l’électrification de l’industrie, des transports et des bâtiments, ainsi qu’un basculement progressif de la production électrique vers les énergies renouvelables.

Les renouvelables s’imposent comme la solution la plus compétitive

L’électricité est déjà l’une des principales sources d’énergie dans le monde et les énergies renouvelables représentent désormais environ 30% de la production mondiale d’électricité. Selon les scénarios de l’AIE, cette part pourrait atteindre près de 90% à l’horizon 2050.

Les politiques publiques ont largement contribué à cette dynamique. Des initiatives telles que le Green Deal européen ou l’Inflation Reduction Act américain ont soutenu les investissements dans les technologies renouvelables et devraient continuer à jouer un rôle important dans leur déploiement.

Si certains arbitrages politiques peuvent ralentir cette évolution, ils semblent peu susceptibles de l’inverser.

Au-delà du soutien réglementaire, les énergies renouvelables présentent un avantage économique décisif: elles constituent souvent la solution la plus compétitive pour répondre à la croissance de la demande d’électricité ou remplacer des capacités fossiles vieillissantes.

À l’échelle mondiale, l’éolien terrestre est aujourd’hui la technologie la moins coûteuse, suivi de près par le solaire. À titre de comparaison, l’électricité produite à partir du charbon coûte en moyenne 76% plus cher que le solaire et 95% plus cher que l’éolien terrestre.

Les batteries: le maillon qui change la donne

Le développement rapide du stockage par batteries contribue également à renforcer l’attractivité des énergies renouvelables.

La baisse spectaculaire des coûts observée ces dernières années permet de mieux gérer l’intermittence du solaire et de l’éolien, principal défi associé à ces technologies.

À l’inverse, les solutions de production électrique à base d’hydrogène ainsi que l’énergie nucléaire ne sont pas encore compétitives sur le plan économique.

Les gagnants potentiels de l’ère de l’électricité

Les capacités mondiales de production solaire et éolienne devraient être multipliées par près de six d’ici à 2050, passant d’environ 2'700 gigawatts aujourd’hui à plus de 15'000 gigawatts.

Le solaire devrait rester la technologie la plus largement déployée. Aux Etats-Unis, les capacités photovoltaïques pourraient être quatre fois supérieures à leur niveau actuel à l’horizon 2050, tandis que l’éolien pourrait tripler. L’Europe suivrait une trajectoire comparable, même si la croissance de l’éolien y serait plus modérée.

Cette transformation ouvre des perspectives intéressantes pour de nombreuses entreprises européennes et américaines. Les fournisseurs d’électricité engagés dans la transition énergétique, ainsi que les fabricants de technologies liées au solaire, à l’éolien ou au stockage d’énergie, figurent parmi les principaux bénéficiaires potentiels de cette évolution structurelle.

Le nucléaire peut-il encore jouer un rôle majeur?

L’énergie nucléaire présente un avantage indéniable: elle produit de l’électricité sans émissions directes de CO2. Pourquoi, dès lors, ne constitue-t-elle pas une solution centrale à la décarbonation?

La réponse tient principalement à son coût, à ses délais de construction et aux risques qu’elle implique.

Selon l’AIE, le nucléaire fournit aujourd’hui environ 10% de l’électricité mondiale. Cette part devrait rester relativement stable malgré la mise en service de nouveaux réacteurs, notamment en Chine. Dans le scénario le plus favorable, les capacités nucléaires mondiales pourraient doubler d’ici à 2050, pour atteindre environ 800 gigawatts.

Mais cette technologie reste l’une des plus coûteuses du secteur énergétique.

L’exemple du réacteur EPR de Flamanville, en France, est révélateur: son coût final a atteint 13,2 milliards d’euros, soit quatre fois le budget initial, avec douze années de retard sur le calendrier prévu.

Une solution pas assez rentable et trop lente face à l’urgence climatique

Le nucléaire peut contribuer à la décarbonation du système électrique. Toutefois, il ne pourra pas répondre à lui seul aux objectifs climatiques mondiaux.

Les délais de développement sont trop longs pour produire un impact significatif dans les prochaines décennies. À cela s’ajoutent des risques qui restent largement assumés par les Etats et, in fine, par les contribuables.

Par ailleurs, les centrales nucléaires ne sont rentables que lorsqu’elles fonctionnent à pleine capacité pendant de longues périodes. Ce modèle s’accorde difficilement avec un système électrique de plus en plus flexible et dominé par des énergies renouvelables à faible coût marginal.

Enfin, les risques liés aux accidents nucléaires, aux conflits armés ou aux actes terroristes continuent d’alourdir le profil de risque de cette technologie.

Dans un monde en quête d’une énergie plus propre, plus flexible et plus compétitive, l’électricité renouvelable apparaît aujourd’hui comme la voie la plus crédible pour accompagner la transition énergétique mondiale.

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