Terre de confusion

Itshak Banon, Alpian

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La singularité du contexte actuel réside dans la coexistence de deux dynamiques contradictoires qui façonnent l’environnement économique.

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L’économie mondiale continue de faire preuve d’une résilience remarquable, mais les investisseurs évoluent aujourd’hui dans l’environnement le plus complexe de la dernière décennie. La croissance économique reste positive, les investissements liés à la technologie et à l’intelligence artificielle s’accélèrent et atteignent des montants jamais vus dans l’histoire de l’innovation humaine, et les résultats des entreprises internationales demeurent globalement solides. Dans le même temps, les tensions géopolitiques, les frictions commerciales et les préoccupations relatives à la sécurité énergétique redessinent progressivement le contexte macroéconomique global.

Difficile, dans ces conditions, de trouver une meilleure bande-son que «Land of Confusion» de Genesis. Sorti il y a quarante ans, le morceau décrivait déjà un monde où l’incertitude, les rapports de force et le sentiment de perte de repères se mêlaient à l’espoir de changement.

Selon les prévisions du FMI de juillet 2026, la croissance mondiale devrait cette année se stabiliser autour de 3%. Toutefois, la singularité du contexte actuel réside dans la coexistence de deux dynamiques contradictoires qui façonnent l’environnement économique.

D’une part, une expansion économique portée par les semi-conducteurs, les infrastructures numériques et l’intelligence artificielle qui redessine les mécanismes de création de valeur à une vitesse sans précédent. Les entreprises qui parviennent à intégrer ces technologies gagnent en productivité, en compétitivité et en capacité d'innovation, tandis que de nouveaux marchés émergent dans pratiquement tous les secteurs d'activité.

Depuis le début de la guerre en Iran, l'équivalent de plus de 1,3 milliard de barils de pétrole n'a pas pu être exporté normalement par les producteurs du Moyen-Orient.

D’autre part, un environnement mondial marqué par une fragmentation croissante, des barrières commerciales renforcées et une compétition stratégique accrue entre les grandes puissances. En somme, une résurgence de réflexes impériaux: affirmation des sphères d'influence, diplomatie coercitive, compétition pour les ressources et remise en cause croissante du multilatéralisme.

Pour les investisseurs, les marchés sont désormais soumis à une double influence: celle des fondamentaux économiques et financiers, et celle de décisions politiques souvent brutales, prises dans une logique de puissance qui relègue la diplomatie et le dialogue au second plan. Les États n'ont jamais cessé de poursuivre leurs intérêts, mais ils le font de plus en plus ouvertement, au détriment des mécanismes de coopération internationale. Et les Européens, sans être un cas isolé, en mesurent chaque jour davantage la réalité.

Pour compliquer le tout, un acteur pourrait bien venir perturber un peu plus cet équilibre instable: le pétrole.

Depuis le début de la guerre en Iran, l'équivalent de plus de 1,3 milliard de barils de pétrole n'a pas pu être exporté normalement par les producteurs du Moyen-Orient. Cette perturbation sans précédent a mis en lumière l'importance stratégique des stocks détenus par les grands consommateurs, au premier rang desquels la Chine qui, en réduisant ses importations de 3,5 millions de barils par jour (!), a très certainement sauvé le marché jusqu’à présent.

Mais ces réserves, qui ont permis de compenser les interruptions d'approvisionnement et d’absorber une partie de l'impact sur les prix, vont arriver à épuisement. La hausse des prix s’est d’ailleurs déplacée sur les produits raffinés, avec des crack-spreads (différence entre le coût des produits raffinés et le coût du pétrole brut) qui ont doublé depuis février 2026. Et la Chine va devoir revenir sur le marché.

Aux États-Unis, la Réserve Stratégique de Pétrole s’établit pour début août à environ 305 millions de barils, un niveau qui frise le seuil opérationnel minimum de 280-300 millions de barils et qui est l'un des plus faibles observés depuis 1983. La situation dans le détroit d’Ormuz n’est pas revenue à la norme d’avant-guerre, et il serait sage d’intégrer un scénario selon lequel ce point de passage obligé, par lequel transite environ 20% des flux pétroliers mondiaux, deviendrait une sorte de péage…ou une zone à risque qui obligerait le maintien d’une présence militaire occidentale à plus ou moins terme.

Au regard des éléments précédents, les coûts de transport et d’assurance du pétrole devraient vraisemblablement demeurer élevés par rapport aux niveaux observés en 2025. Mais qu’en est-il du prix du brut lui-même? La reconstitution des réserves stratégiques pourrait-elle avoir un impact marqué sur la demande mondiale? À elle seule, l’anticipation de ce scénario pourrait suffire à intégrer une prime de risque significative dans les cours.

L’énergie reste donc une composante importante d’une allocation diversifiée. Ce constat est d’autant plus notable que le secteur ne représente qu’environ 4% des indices boursiers actions mondiaux, une pondération historiquement basse qui pourrait offrir un potentiel de revalorisation.

«Land of Confusion» restera peut-être encore quelque temps la bande-son appropriée des marchés. Mais même dans un environnement confus, certaines évolutions méritent d’être soulignées.

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