Sélectivité régionale et sectorielle

Salima Barragan

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Pictet WM pronostique une reprise mondiale synchronisée, mais hétérogène. Avec Christophe Donay et César Pérez Ruiz.


Christophe Donay et César Pérez Ruiz

En 2020, le PIB mondial s’est contracté de 4%. Qui paiera la facture de l’augmentation de la dette publique liée aux mesures de soutien à l’économie? Une question intéressante soulevée lors des perspectives annuelles de Pictet WM alors que l’attention se polarise autour des conséquences à court-terme de la crise. Le rythme moyen de croissance mondiale d’avant la crise de plus de 3% par an devrait retrouver sa trajectoire en 2023. Jusqu’à présent, les banques centrales ont généreusement financé les déficits budgétaires des Etats mais une éventuelle erreur de pilotage dans leur politique monétaire n’est pas intégrée dans les prix de marché. Une correction se produirait donc en cas d’erreur selon Christophe Donay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macro, et César Pérez Ruiz, CIO de Pictet.

Reprise plus rapide en Chine qu’en Europe et aux Etats-Unis

La banque constate que le rythme de croissance qui dépend de l’efficacité du déploiement des vaccins, prendra vraisemblablement davantage de temps que beaucoup l’ont imaginé en fin d’année. L’immunité collective dans les pays occidentaux n’est pas pour tout de suite: «Nous voyons de bons exemples en Asie, avec la Corée du Sud suivie par la Chine, mais l’Europe et les Etats-Unis prendront plus de temps pour traiter la COVID-19», estime Christophe Donay. 

Avec une reprise plus rapide que celle du cycle mondial,
la Chine est déjà sur le chemin du retour à la normalité.

Pour cette raison, Pictet n’a pas relevé ses perspectives sur les Etats-Unis malgré le stimulus fiscal plus important (entre 750 et 1'000 milliards de dollars US) attendu depuis que les Démocrates ont remporté la moitié des sièges du Sénat. «La consommation supportée par l’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine sera le pivot central de la reprise. Cependant pour 2021, nous nous attendons à des injections de liquidité plus faible que l’année passée», prévient Christophe Donay pour qui la réduction progressive des mesures de relance monétaire entrainera une baisse des multiples cours-bénéfices des actions, fort heureusement compensée par le rebond économique attendu à plus 5% pour cette année ainsi que de la croissance des profits des entreprises tant aux Etats-Unis qu’en Europe.

Avec une reprise plus rapide que celle du cycle mondial, la Chine est déjà sur le chemin du retour à la normalité. «La Chine est revenue sur les niveaux de production du troisième trimestre 2019. En 2020, elle a affiché une croissance positive avec une rapide reprise de la consommation», note Christophe Donay.  Si les tensions commerciales sino-américaines perdureront malgré le changement d’Administration, l’expert n’anticipe pas d’escalades négatives car «aucun pays n’a intérêt à mettre à risque sa croissance économique».

Bien que le risque d'une nouvelle erreur politique de la Fed (comme en 2013 lorsque l’institut réduisit ses achats d'actifs) soit faible pour les six prochains mois, le sentiment des investisseurs est exceptionnellement élevé. «Le marché n’intègre pas le risque d’erreur politique et de son impact sur les actifs», souligne-t-il.

Les valeurs américaines sont sous-pondérées
à cause de leur valorisation jugée peu attractive.
Allocation d’actifs: l’effet TINA

Aussi parce que la répression financière ne laisse pas vraiment d’autre choix, César Pérez Ruiz favorise les actifs risqués comme les Hedge Funds et les actions, en particulier celles des marchés émergents. Les valeurs américaines sont sous-pondérées à cause de leur valorisation jugée peu attractive, et la banque reste prudente sur le segment des obligations souveraines face à une augmentation des taux longs.

Les secteurs qui ont mené la baisse du printemps dernier seront également les leaders de la reprise (industries cycliques, financières, consommation discrétionnaire). Une grande sélectivité est également apportée à l’allocation régionale. Il privilégie ainsi diverses stratégies alternatives dont Macro, Fusions et Acquisition, ainsi qu'Event Driven qui permettent une bonne sélection des gagnants dans un monde hétérogène avec le retour des perdants et des petites capitalisations.

César Pérez Ruiz mise enfin sur les devises liées aux matières premières comme le dollar australien, la couronne norvégienne, mais aussi l’euro, le renminbi et certaines monnaies émergentes (le bath thaï, le rouble russe, le peso mexicain) sensibles au cycle économique et à la faiblesse du dollar américain.