Qui seront les véritables acteurs du changement climatique?

Sasja Beslik, J. Safra Sarasin Asset Management

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Ambition et argent ont beau avoir été débattu tout au long de la COP, aucune avancée majeure sur le front du climat n’est à relever…


© Keystone

La glace du Groenland fond 6 fois plus rapidement que dans les années 1980. L'Australie est en feu. Et pourtant, la température de la planète n’a augmenté que de 1°C par rapport aux niveaux préindustriels. Nous savons qu’une augmentation de 2°C comporte des risques très sérieux. Oui, nous le savons et nous savons encore bien plus que cela.

La situation est assez simple. Les scientifiques ont calculé que les émissions de CO2 mondiales doivent diminuer de 7,6% par an à partir de l'année prochaine, si l'on veut atteindre l'objectif de l'Accord de Paris (à savoir: maintenir le réchauffement planétaire à 1,5°C d'ici la fin du siècle). Or, au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, le monde est bien parti pour vivre une hausse de 4 à 5°C d’ici la fin du siècle, avec des conséquences potentiellement dramatiques pour de nombreux pays qui seront frappés de plein fouet par l'élévation du niveau de la mer ou des tempêtes de plus en plus violentes.

A priori, pour que la COP soit un succès, il aurait suffi d'ambition et d'argent…

En ce qui concerne l'ambition - dans quelle mesure chaque pays est-il prêt à réduire ses émissions de carbone ou à aider ses pairs, moins riches, à faire de même? Jusqu’ici, aucune déclaration d’intention ne s'est concrétisée. Pire encore: les participants à la COP 25 ne se sont pas mis d’accord sur la façon dont ils entendent réglementer le marché mondial du carbone. Ce système nécessite en effet des règles très précises, notamment pour comptabiliser les émissions de CO2 ou pour vérifier comment se font les échanges de crédits entre pays.

La principale question financière discutée à la COP de cette année était de savoir
comment soutenir les pays touchés par les impacts climatiques extrêmes.

La Chine et l'Inde, qui sont respectivement les premier et quatrième émetteurs de carbone au monde, ont clairement indiqué qu'elles ne voyaient pas la nécessité d'améliorer leurs plans actuels de réduction des émissions. Ces géants émergents estiment en effet que les pays riches ont une responsabilité historique dans le réchauffement climatique et qu’ils devraient faire les premiers pas et mettre en place un financement pour que les pays pauvres puissent s’adapter aux changements climatiques.

Pour ce qui est de l’argent - comme toujours, les aspects financiers ont été au cœur des débats. La principale question financière discutée à la COP de cette année était de savoir comment soutenir les pays touchés par les impacts climatiques extrêmes. Il a également été question de la création d'un nouvel objectif de financement de la lutte contre le changement climatique, maintenant que l'échéance de «100 milliards de dollars d'ici 2020» (fixée en 2009 à la COP de Copenhague) est presque atteinte. D’autant que les Etats-Unis s’étaient engagés à y contribuer et qu’entre temps, ils ont annoncé se retirer de l’Accord de Paris. Autre sujet: le financement à long terme de la lutte contre le changement climatique (LTF), un programme lancé à la COP 18 qui examine les progrès et l'expansion du financement climatique et qui devrait prendre fin en 2020. Faut-il le poursuivre ou l'assujettir à l'Accord de Paris?

Ambition et argent ont beau avoir été débattu tout au long des 2 semaines qu’a duré la COP, aucune avancée majeure sur le front du climat n’est à relever…

Les banques, les assureurs et les investisseurs devront s'assurer que
leurs portefeuilles sont compatibles avec les objectifs de l'Accord de Paris.
Et si l’on sortait le bon vieux bâton?

Alors que les décideurs du monde entier ont discuté des mesures à prendre pour faire face à la transition climatique, une trentaine d'analystes a passé les six derniers mois à établir des prévisions climatiques au niveau des secteurs et des entreprises sur la base de huit «leviers politiques» susceptibles d'être utilisés par les gouvernements pour maîtriser le changement climatique dans les années à venir. Ces analystes des Principes pour l'investissement responsable (PRI) ont évalué que 2,3 trillions de dollars de capitalisation boursière pourraient être perdus d'ici 2025 si les leviers – qui comprennent notamment le prix du carbone, l'interdiction du charbon et le soutien aux énergies renouvelables – étaient actionnés.

Par ailleurs, un groupe de 631 investisseurs institutionnels gérant plus de 37 milliards de dollars d'actifs a exhorté les gouvernements à redoubler d'ambition pour faire face à la crise climatique mondiale, en appelant à la suppression progressive de l'énergie thermique au charbon, à un prix «significatif» du carbone et à la fin des subventions pour les combustibles fossiles.

Au fur et à mesure que les institutions financières passeront d'une approche du financement de la lutte contre le changement climatique purement fondée sur le risque à une approche également normative et axée sur les résultats et les impacts environnementaux, les banques, les assureurs et les investisseurs devront s'assurer que leurs portefeuilles sont non seulement compatibles avec les objectifs de l'Accord de Paris, mais aussi permettent de les atteindre.

Puisque le changement climatique représente une menace certaine pour notre survie, il deviendra de facto le principal moteur du changement systémique dont nous avons besoin pour maintenir la vie et la prospérité sur cette planète. L’avenir de la planète ne se discutera peut-être pas dans les salles feutrées des centres de conférence…

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