Quel positionnement adopter sur les marchés à la mi-mai?

Nicolas Bickel, Edmond de Rothschild

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Les investisseurs privilégient le dynamisme des profits des entreprises, reléguant le ralentissement des perspectives économiques au second plan.

© Keystone

 

Confrontés à une dichotomie entre la baisse des perspectives économiques et la solidité des profits des entreprises, les investisseurs ont fait leur choix en mai, portant leur attention sur une saison de publications de très bonne facture.

Bien que la réouverture du détroit d’Ormuz et la reprise graduelle du trafic et des capacités de production énergétique reste notre scénario central à terme, la croissance économique mondiale en sera néanmoins impactée. En effet, la hausse de l’inflation est bien réelle, diminuant d’autant les arguments dans les mains des banquiers centraux pour maintenir des politiques monétaires accommodantes.

Ceci devrait inévitablement impacter la croissance économique à moyen terme, notamment dans les zones plus dépendantes des importations en provenance du Moyen-Orient. Ainsi, selon nous, la croissance mondiale devrait afficher un rythme de 2,6% en 2026 avec l’Europe à 0,5%, les États-Unis à 1,9% et la Suisse à 1%.

Cela dit, les investisseurs ne sont pas particulièrement inquiets et nous partageons leur optimisme. En effet, nous venons d’assister à une saison de publications de résultats historiques, surtout aux États-Unis, et la majorité des entreprises ne semble pas très anxieuse pour le prochain trimestre. Ces résultats ont permis aux indices américains de poursuivre sur leur lancée et de battre de nombreux nouveaux records.

Il faut néanmoins souligner que l’euphorie boursière sur les titres liés à l’intelligence artificielle (IA) est un moteur important de la performance des indices et ceci à travers le monde. Depuis le 31 mars, cinq valeurs ont contribué à 50% de la hausse du S&P 500, toutes liées à l’IA, Nvidia et Google expliquant 30% de la performance totale pour un poids combiné dans l’indice de 15%.

Nos approches sectorielles tendent à favoriser les sociétés exposées aux dépenses d’investissement au détriment de celles sensibles à la consommation. 

Il reste que les performances bénéficiaires des entreprises sont moins concentrées que celles des titres, avec plus de 87% des sociétés américaines ayant battu les attentes de bénéfices, très au-dessus de la moyenne historique de 69%.

Dans leur ensemble, les entreprises du S&P 500 affichent une hausse des bénéfices par actions (BPA) de 27%, un record depuis cinq ans, le secteur technologique en tête affichant une croissance de 55%. Ces chiffres soulignent la solidité de la dynamique autour de l’intelligence artificielle et en particulier de la construction des centres de données. En outre, l’IA n’est plus uniquement un phénomène digital réservé au secteur technologique, elle se diffuse également à d’autres secteurs qui en bénéficient plus ou moins directement.

L’Europe n’est pas en reste avec une saison de publications moins euphorique mais qui reflète une reprise économique timide. La croissance globale des BPA s’affiche à 7% au premier trimestre contre 4% attendus initialement, soit la plus forte croissance des entreprises européennes depuis le dernier trimestre 2022.

Considérant la dynamique positive des marchés actions dans un environnement d’inflation compris entre 3% et 4%, nous continuons de maintenir notre préférence pour les actions dans nos portefeuilles, sur la plupart des zones géographiques. Certes, les États-Unis affichent le plus important potentiel de croissance. Cela dit, l’Europe, plus sensible aux prix élevés de l’énergie du Golfe devrait rebondir dans l’hypothèse encore probable d’un accord pour la réouverture du détroit d’Ormuz, et bénéficie de valorisations attractives. Quant aux marchés émergents, la performance devrait être partagée entre les pays importateurs nets d’énergies et peu exposés aux entreprises technologiques et ceux qui bénéficieront de leurs exportations de pétrole et des dynamiques positives de l’IA.

Nos approches sectorielles tendent à favoriser les sociétés exposées aux dépenses d’investissement au détriment de celles sensibles à la consommation. Les secteurs industriels soutenus par la forte demande de construction de centres de données, par les plans d’infrastructures et de défense, par l’automatisation ainsi que les banques et la technologie retiennent notre attention par rapport à la consommation de base et discrétionnaire «grand public», plombée par des hausses salariales modestes et une progression de l’inflation.

Plus globalement et après le récent rebond historique à de nombreux égards, nous nous attendons à une normalisation des performances des marchés durant les prochains mois. La volatilité devrait néanmoins rester de mise et nous continuerons à saisir les opportunités pour compléter les protections dans les portefeuilles. Nous sous-pondérons les obligations souveraines et restons à l’écart des durations longues. La hausse des dépenses publiques de part et d’autre de l’Atlantique ainsi que l’augmentation des niveaux de dettes étatiques devraient continuer à faire grimper les taux. Nous préférons le crédit de bonne qualité, de maturité courte à moyenne. Finalement, malgré une volatilité très présente, l’or continuera de jouer un rôle clé dans les portefeuilles, porté par des dynamiques solides et durables.

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