Pour réussir la transition énergétique

Mads Nipper, Ørsted

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En cette décennie critique pour l'action climatique, la COP26 en novembre servira de test décisif pour les ambitions mondiales.


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Il y a des signes encourageants de progrès dans la lutte contre le changement climatique. Des milliers d'entreprises ont rejoint la campagne Race to Zero et les pays ont amélioré leurs Contributions déterminées au niveau national (CDN) dans le cadre de l'accord de Paris sur le climat de 2015. Mais il y a encore un écart important entre l'ambition et l'action significative. Comme l’indiquent les dernières recherches du Climate Action Tracker, les politiques nationales actuelles nous placent sur la voie d’un réchauffement de 2,9° Celsius, par rapport aux niveaux préindustriels, d’ici la fin de ce siècle – nettement au-dessus de l’objectif de l’Accord de Paris sur le climat de 1,5°C.

En cette décennie critique pour l'action climatique, la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) en novembre servira de test décisif pour les ambitions mondiales. Ne vous y trompez pas: l'objectif de construire une société à zéro émission nette d'ici 2050 est en effet ambitieux et représente un grand défi; mais il est tout à fait faisable. Selon l'Agence internationale de l'énergie, toutes les technologies nécessaires aux réductions des émissions mondiales qui devront avoir lieu d'ici 2030 existent déjà. Et, pour les objectifs du milieu du siècle, une analyse de McKinsey & Company montre que plus de 85% des réductions d'émissions nécessaires peuvent être réalisées grâce à des technologies qui sont soit déjà matures, soit en phase d'adoption précoce.

Étant donné que la production et l'utilisation d'énergie représentent environ 73% des émissions mondiales, réussir cette partie de la transition est notre meilleure chance de faire un bond en avant vers la neutralité carbone. Mais nous devons d'abord surmonter certains obstacles. Il est bien établi que les coûts des énergies renouvelables – en particulier l'énergie solaire et éolienne – ont chuté au cours de la dernière décennie, faisant des énergies renouvelables la source d'énergie la moins chère dans plus des deux tiers du monde. Or, si tel est le cas, pourquoi le changement d'énergie se produit-il trop lentement?

Les gouvernements doivent également réduire les coûts et améliorer la disponibilité ainsi que la prévisibilité des baux sur les fonds marins pour l'éolien offshore. C'est une question urgente.
Ce que les gouvernements doivent faire

En termes simples, la transition verte est retardée par un manque de politiques et de cadres réglementaires et institutionnels appropriés, conçus pour envoyer les bons signaux de marché. La baisse du coût des énergies renouvelables n'est qu'une variable importante de l'équation. Les gouvernements doivent également établir des objectifs en matière d'énergies renouvelables et des instruments de marché pour ouvrir la voie à une réduction des risques, à de meilleurs processus de planification et d'autorisation, et à des investissements dans des réseaux et infrastructures électriques modernes, comme le soutient un récent document de travail de l'Ørsted/World Resources Institute.

Quelles mesures concrètes les gouvernements peuvent-ils prendre? D'abord, la transition énergétique nécessitera des investissements substantiels – 131 000 milliards de dollars d'ici 2050, selon une estimation de l'Agence internationale des énergies renouvelables. Étant donné que la majorité des investissements dans la transition énergétique devraient provenir du secteur privé, des partenariats solides entre les acteurs publics et privés seront essentiels pour atteindre l'échelle requise. Les gouvernements peuvent s'engager sur des politiques climatiques fortes et obligatoires ainsi que sur des objectifs en matière d'énergies renouvelables pour signaler aux investisseurs et au marché que la transition énergétique sera une priorité à la fois maintenant et à long terme. Ces cibles, adossées aux bons marchés et à la conception de contrats appropriés, contribueront à accroître le potentiel des nouveaux projets à attirer l'investissement privé.

L'augmentation des investissements dans les énergies renouvelables doit également être effectuée de manière à garantir que la transition se déroule en harmonie avec les personnes et la nature. Pour garantir que les avantages – tels que la création de bons emplois – puissent être ressentis dans toutes les communautés, un engagement et une collaboration précoces avec les parties prenantes locales seront cruciaux. Placer le développement durable au cœur de la transition est tout aussi important, c'est pourquoi nous avons récemment annoncé que tous nos nouveaux projets d'énergies renouvelables auront une contribution nette positive à la biodiversité d'ici 2030, au plus tard.

Les gouvernements doivent également réduire les coûts et améliorer la disponibilité ainsi que la prévisibilité des baux sur les fonds marins pour l'éolien offshore. C'est une question urgente. La part de la production d'électricité renouvelable doit croître huit fois plus vite que le rythme actuel afin d'atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Chaque retard dans le processus d'autorisation et de consentement nous éloigne du chemin vers l'objectif de 1,5°C.

Enfin, les gouvernements doivent veiller à ce que les systèmes d'énergie renouvelable soient à la fois modernes et pérennes. Les projets d'énergie éolienne et solaire retiennent le plus l'attention des médias, mais les investissements visant à améliorer et à étendre les réseaux électriques au sein des juridictions et entre elles sont tout aussi importants. En plus d'être cruciale pour la transmission et la distribution de l'électricité là où elle est nécessaire, cette infrastructure rendra également le système énergétique plus flexible et résilient.

La course vers la neutralité carbone ne sera pas une promenade de santé.

L'énergie éolienne et solaire, ainsi qu'une électrification élargie, peuvent nous permettre d'atteindre en grande partie nos objectifs de décarbonation; mais ces technologies seules ne suffiront pas. Dans des secteurs qui peuvent difficilement recourir aux énergies renouvelables, tels que les transports lourds, l'acier et l'ammoniac – qui représentent collectivement environ 20% des émissions mondiales, l'hydrogène renouvelable et les carburants verts doivent être déployés à grande échelle.

Cependant, un défi majeur pour les industries de l'hydrogène et des carburants verts, ainsi que pour les acheteurs, est que l'offre et la demande doivent être développées simultanément. Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre une autre décennie pour l'adoption commerciale à grande échelle de ces technologies. Les gouvernements doivent intervenir pour aider à accélérer le changement en supprimant les obstacles réglementaires et en fournissant un soutien direct au développement de ces technologies.

À l'instar de l'énergie éolienne offshore, les coûts de l'hydrogène renouvelable et des carburants verts peuvent être réduits grâce à l'industrialisation et à la production à grande échelle. Comme nous le recommandons dans un livre blanc sur les «Power-to-X» (des processus qui convertissent l'électricité en d'autres carburants), les gouvernements peuvent établir des cadres réglementaires pour promouvoir des projets phares, intégrer des installations Power-to-X dans la planification des infrastructures et accélérer le déploiement des énergies renouvelables afin de fournir une énergie stable et peu coûteuse pour la production durable d'hydrogène propre.

Ce que le secteur privé doit faire

Bien que l'action du gouvernement – par le biais de politiques réglementaires et d'incitations – soit vitale pour débloquer de nouveaux progrès, la transition verte nécessitera un effort de l'ensemble de la société. Le secteur privé, pour sa part, a un rôle clé à jouer pour accélérer le processus, en investissant des milliards de dollars dans la transition énergétique, en réduisant les coûts technologiques, en décarbonant ses activités et en plaidant pour une action renforcée de toutes les parties prenantes concernées. Les actions des secteurs privé et public peuvent se renforcer mutuellement pour créer des «boucles d'ambition» et donner une plus grande impulsion à la lutte contre le changement climatique.

La course vers la neutralité carbone ne sera pas une promenade de santé. Pourtant, je vois au moins cinq étapes qu'une entreprise peut prendre pour démontrer qu'elle s'engage à prendre des mesures efficaces.

Tout d'abord, les gestionnaires doivent examiner à la fois leurs opérations et leurs chaînes d'approvisionnement pour définir des objectifs de réduction des émissions alignés sur la cible de 1,5 °C dans la mesure du possible. Deuxièmement, les entreprises doivent veiller à ce que les objectifs à long terme soient associés à des actions à court terme et à des investissements cohérents sur le plan climatique. Troisièmement, les chefs d'entreprise doivent s'assurer que les objectifs de biodiversité soient également intégrés dans leurs plans climat et durabilité. Quatrièmement, ils ne devraient pas considérer les compensations d'émissions comme une solution miracle; en effet, les compensations devraient être principalement utilisées pour les émissions difficiles à atténuer à ce stade. Enfin, les entreprises devraient réduire leur consommation globale d'énergie grâce à des mesures d'efficacité, puis seulement convertir leur consommation restante en énergie renouvelable.

Des milliers d'entreprises, d'investisseurs, de villes et de citoyens du monde entier ont donné aux gouvernements le feu vert pour accélérer la transition verte.
La COP26 et au-delà

Alors que les dirigeants et les négociateurs mondiaux convergent vers Glasgow en novembre, toutes les parties prenantes – y compris les gouvernements, les entreprises et les ménages – doivent continuer à exiger une action climatique plus concrète. Nous avons tous la responsabilité de nous contrôler les uns les autres.

Dans la perspective de la COP26, chez Ørsted, nous espérons voir davantage de pays adopter des CDN améliorées dans le cadre de l'accord de Paris et mettre en œuvre des politiques permettant une action immédiate pour l'atténuation, l'adaptation, le financement et une collaboration renforcée. En tant qu'entreprise en première ligne de l'action climatique, nous sommes disponibles pour partager nos connaissances et nos conseils aux gouvernements qui souhaitent accélérer le rythme et augmenter l'ampleur de la transition énergétique.

Des milliers d'entreprises, d'investisseurs, de villes et de citoyens du monde entier ont donné aux gouvernements le feu vert pour accélérer la transition verte. Nous savons qu'une économie neutre en carbone apportera de nombreux avantages. Nous avons les technologies pour y arriver. Les investissements dont nous avons besoin sont substantiels mais parfaitement gérables dans les bons cadres. Nous devons tout faire pour y arriver, maintenant.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

Copyright: Project Syndicate, 2021.
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