Pivot de la Fed: Patience, Prudence, Persévérance

Pierre Pincemaille, DNCA

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Traditionnellement défensif, le secteur pharmaceutique fait face à une pression accrue sur les prix.

Enfin! C’est peut-être ce qu’a pensé le président américain à l’annonce, largement anticipée, de la baisse de 25 points de base des taux directeurs par la Fed. Malgré les pressions politiques récurrentes, le comité de politique monétaire a fait bloc: sur les 12 votants, un seul, Stephen Miran, a plaidé pour une baisse plus marquée de 50 points de base. Cette unité, notamment celle des gouverneurs Waller et Bowman, est bienvenue tant la tâche s’annonce délicate: concilier ralentissement du marché du travail et inflation persistante.

Comme en septembre 2024, la Fed a opté pour une mesure d’«assurance» face aux risques pesant sur l’économie. Le parallèle est éclairant: à l’été 2024, plusieurs indicateurs signalaient déjà un affaiblissement conjoncturel, finalement contenu grâce à l’intervention de la banque centrale. Aujourd’hui, l’assouplissement global des conditions financières – porté par la détente des taux courts et la baisse du prix du pétrole – nourrit à nouveau l’espoir d’un soft landing. C’est d’ailleurs le scénario majoritaire parmi les investisseurs, selon le dernier sondage de Bank of America.

Euphorie boursière, vigilance technique

La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre : les trois grands indices américains ont inscrit de nouveaux sommets dès le lendemain, soutenus par des flux entrants massifs – 57,7 milliards de dollars, un record depuis décembre 2024. Historiquement, les marchés progressent d’environ 15% en moyenne un an après le début d’un cycle de baisse des taux (hors récession).

Historiquement, l’énergie tend à sous-performer après un pivot de la Fed, et la situation actuelle ne devrait pas faire exception.

Mais à court terme, la prudence s’impose: les volumes d’options d’achat (calls) sur le S&P 500 atteignent un niveau inédit – 40 millions de contrats par jour en moyenne sur les vingt dernières séances – et l’indicateur de momentum RSI (Relative Strength Index) de l’indice mondial des actions est revenu en zone de surachat.

Des divergences sectorielles à exploiter

La détente monétaire ne profitera pas à tous les secteurs de la même façon. Historiquement, l’énergie tend à sous-performer après un pivot de la Fed, et la situation actuelle ne devrait pas faire exception: l’Opep augmente sa production alors que la demande, notamment chinoise, reste fragile.

A l’inverse, les banques se distinguent souvent positivement dans ce contexte. Le statu quo de la BCE, contrastant avec le mouvement américain, renforce d’ailleurs l’attrait du secteur européen. Une désynchronisation rare – observée seulement 20% du temps depuis 1990.

Le secteur pharmaceutique, traditionnellement défensif, subit pour sa part les aléas des politiques de prix: l’administration américaine affiche sa volonté de faire baisser les coûts avant les élections de mi-mandat, comme en témoigne le récent accord de Pfizer. Enfin, la technologie demeure un grand gagnant historique des cycles de détente monétaire – mais cette fois, la dynamique de fond liée à l’IA générative pourrait s’avérer encore plus déterminante que l’effet «taux».

L’énigme obligataire

Le parallèle historique trouve ses limites du côté obligataire. En théorie, les rendements des Treasuries à 10 ans tendent à baisser trois à six mois après le début d’un cycle de détente. Mais la situation actuelle diffère: le volume d’émissions à venir pour financer le déficit américain, conjugué à la reconstitution de la prime de terme, pourrait maintenir les rendements longs sous tension. De quoi faire ressurgir une forme de conundrum inversé – une véritable «énigme des taux longs», pour reprendre le terme cher à Alan Greenspan.

Les «3P» comme boussole

Lors de sa dernière réunion, la Fed a par ailleurs relevé ses projections d’inflation (PCE à 2,6% en 2026, soit +20 pb). Face à des signaux économiques contradictoires – emploi solide d’un côté, désinflation hésitante de l’autre –, l’institution se veut pragmatique. Elle privilégie désormais une approche de risk management visant à se rapprocher d’une posture plus neutre.

Patience, prudence, persévérance: la règle des «3P» guide aujourd’hui la Fed. Et les investisseurs feraient bien d’en faire autant pour aborder un quatrième trimestre qui pourrait réserver son lot de volatilité dans une année décidément pas comme les autres.

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