Perspectives 2020: optimistes, mais potentiel haussier limité

Esty Dwek, Natixis Investment Managers

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Si la situation géopolitique continue de s'améliorer, les perspectives pour 2020 pourraient être plutôt bonnes.

Nos perspectives pour 2020 sont relativement optimistes, en raison des progrès constatés récemment sur différents fronts géopolitiques – ou du moins de l'absence de dégradation sur ces derniers. La guerre commerciale qui oppose les États-Unis et la Chine devrait demeurer le point majeur de l’année à venir. La détente récente a permis un rebond des marchés, mais aussi un regain de confiance, et a donc amélioré les perspectives de croissance pour 2020. Notre scénario de base, c’est que les deux parties ont maintenant besoin d’obtenir des avancées et qu’elles feront tout ce qui est en leur pouvoir pour conclure une «phase une» d'accord commercial cette année. Les discussions se poursuivront en 2020, même si la conclusion d’un accord global reste assez improbable.

En effet, la campagne en vue de la réélection de M. Trump va bientôt battre son plein et ce dernier doit veiller à ce que l’économie américaine reste solide tout au long de l’année prochaine. Les présidents américains sont généralement réélus lorsque l’économie est en phase d’expansion et, même s’il n’y a aucune certitude, les chances de Donald Trump seront d’autant plus grandes que le contexte économique sera favorable. En outre, le différend commercial a porté préjudice à certains secteurs correspondant à l’électorat base du président, comme l’agriculture et l’activité manufacturière. Il n’est donc pas surprenant que l’engagement de la part de la Chine d’accroître fortement ses achats de produits agricoles américains fasse partie de la «phase une» d’un accord commercial. Néanmoins, M. Trump ne peut laisser supposer qu'il se montre «compréhensif envers la Chine»; il risque sinon d’être attaqué par les républicains les plus durs comme par les démocrates. Il lui faut donc naviguer avec prudence, suspendre les hausses de droits de douane futures et même, éventuellement, trouver un moyen d’annuler certaines des précédentes, tout en maintenant la pression sur les la propriété intellectuelle et la technologie. Nous ne prévoyons pas un retour des droits de douane à leur niveau d’avant 2018, mais nous espérons que certains d’entre eux seront supprimés au fil du temps.

Le maintien d’un niveau de croissance décent est essentiel pour éviter
des troubles sociaux et une dissidence accrue en Chine.

Du côté de M. Xi, la volonté est forte de soutenir son économie en éliminant ces obstacles: la Chine a en effet pâti du conflit commercial, malgré des mesures de relance ciblées qui ont permis de limiter les dommages subis. Le maintien d’un niveau de croissance décent est essentiel pour éviter des troubles sociaux et une dissidence accrue en Chine; pour cette raison, M. Xi devrait selon nous se montrer désireux de tirer parti du récent assouplissement dans la position de M. Trump.

Une amélioration est également attendue sur un autre front géopolitique, celui du Brexit, où une issue pourrait bientôt être trouvée. Certes, son effet sur la croissance mondiale serait bien moindre que celui d'un apaisement des tensions commerciales, mais la fin de l’incertitude actuelle ne pourrait que favoriser la croissance européenne. Si Boris Johnson et les conservateurs remportent effectivement les prochaines élections législatives, et qu’une majorité parlementaire vote son Accord de retrait, le premier chapitre de la saga du Brexit se refermera enfin. Même si l’accord de M. Johnson n’est pas aussi «modéré» que celui de Mme May, nous estimons aujourd’hui qu’un Brexit maintenant serait mieux qu’une annulation potentielle du Brexit à un moment l’année prochaine. La période de transition pourrait alors commencer – et être prolongée – et les entreprises verraient enfin l’avenir se dégager.

Scénarios macroéconomiques

Notre scénario économique pour 2020 a pour point de départ une amélioration continue des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, comme nous l’expliquons ci-dessus. Dans ce contexte, nous pensons que la croissance pourra se redresser en 2020, et que les risques de récession seront repoussés. En effet, il semble que nous observions déjà une amélioration des données économiques dans plusieurs grandes régions, ce qui permet de supposer que la plupart d’entre elles ont déjà atteint un point bas – bien qu'il faille reconnaître que les données sont toujours quelque peu contrastées. La confiance devrait probablement être l’un des principaux moteurs d’un rebond modéré de l’activité en cette fin d’année et en 2020, car les «données douces», telles que les sondages PMI, signalent une reprise grâce à l’amélioration enregistrée par les échanges commerciaux. Des «données dures» telles que la production industrielle ou les ventes au détail bénéficieraient également d'une demande mondiale accrue, ce qui stimulerait la croissance.

Plus la situation dure, plus les entreprises en sont affectées
et sont susceptibles de transférer les coûts aux consommateurs.

A contrario, nous pensons qu'une nouvelle aggravation du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine, voire, pire encore, sur d'autres fronts, dont l'Europe, accroîtrait le risque d’une récession et augmenterait la probabilité d'un ralentissement important l'année prochaine. L’économie mondiale ne peut pas résister à autant de difficultés selon nous, en termes de tarifs comme d’incertitude. La consommation a bien résisté, mais cela tient en partie au fait que les entreprises ont réduit leurs marges et supporté le coût des tarifs plus élevés. Cependant, plus la situation dure, plus les entreprises en sont affectées et sont susceptibles de transférer les coûts aux consommateurs. En outre, leurs PDG sont plus réticents à se développer, à embaucher et à investir dans ce climat d’incertitude permanente, et pourraient même commencer à réduire dans leurs coûts en réduisant leurs effectifs.

Notre scénario de base ne suppose aucune relance budgétaire majeure – où que ce soit –, de sorte que tout plan de dépense significatif de la part des États, de l'Allemagne au Japon, viendrait renforcer notre scénario de croissance. Dans le même temps, les inquiétudes suscitées par une candidature ou une présidence d’Elizabeth Warren pourraient nuire davantage à la confiance. Si le conflit commercial n'était pas résolu d'ici l’élection présidentielle américaine, ces craintes pourraient même déboucher rapidement sur un scénario de croissance négative. Par ailleurs, une incertitude accrue autour du Brexit serait d’autant plus préjudiciable pour l'Europe.