Les scénarios pour sortir de la crise française

Holger Schmieding, Berenberg

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Une possibilité théorique pour former un gouvernement qui ne serait pas immédiatement censuré resterait une alliance entre les socialistes et les partis du centre. Une crise financière limitée, mais réelle, n’est pas à exclure.

En moins d’un mois, le premier ministre Sébastien Lecornu a dû jeter l’éponge. Comme son prédécesseur François Bayrou, il n’a pas réussi à former une coalition réunissant socialistes, républicains et libéraux. A l’Assemblée nationale, trois blocs de taille comparable restent profondément irréconciliables: le centre politique (libéraux et républicains), la gauche (y compris les socialistes) et la droite (principalement le Rassemblement National de Marine Le Pen).

Depuis que le président Macron a convoqué des élections législatives anticipées en juin 2024, la France est politiquement paralysée. Macron va désormais tenter, pour la quatrième fois depuis la mi-2024, de nommer un nouveau premier ministre: un technocrate, un autre centriste ou voire même un socialiste? Cependant, tout nouveau chef du gouvernement se heurterait au même problème: aucune majorité ne se dessine pour adopter un budget de l’Etat ou un programme politique plus ambitieux.

De nouvelles élections ne changeraient sans doute pas grand-chose. Les socialistes, les républicains et les nationalistes de droite de Marine Le Pen pourraient gagner du terrain aux dépens des libéraux de Macron. Toutefois, il est peu probable qu’un seul de ces trois blocs obtienne une majorité.

Une possibilité théorique pour former un gouvernement qui ne serait pas aussitôt renversé par une motion de censure resterait une alliance entre les socialistes et les partis du centre. Après de nouvelles élections, la pression des marchés pourrait rendre ce scénario plus probable. Mais les exigences des socialistes – nouvel impôt sur la fortune, suppression de la réforme des retraites – sont très éloignées des positions des républicains et des libéraux. Une autre possibilité théorique, après de nouvelles élections, serait que les républicains aident le Rassemblement National de Le Pen à former une majorité. Ils s’y refusent toutefois pour de bonnes raisons. Si cela devait néanmoins arriver, les républicains chercheraient sans doute à atténuer certaines propositions de Le Pen, notamment la remise en cause partielle de la réforme des retraites.

Une crise de l’euro aussi grave que celle des années 2010-2012 ne se profile pas. La situation des finances publiques françaises est loin d’être aussi dramatique: le déficit de la France (5,8% du PIB en 2024) n’a rien à voir avec celui de la Grèce à l’époque (15,4% en 2009). En cas de turbulences majeures, la Banque centrale européenne interviendrait sans doute – non pour sauver la France, mais surtout pour éviter une contagion à d’autres pays, comme l’Italie.

Une crise financière française limitée, mais réelle, n’est toutefois pas à exclure. Si aucune issue politique ne se dessine à Paris, les rendements des obligations d’Etat françaises pourraient fortement grimper. Des coûts d’emprunt nettement plus élevés pourraient alors contraindre les responsables politiques à s’entendre enfin sur une solution. Pour l’heure, les mouvements sur les marchés restent éloignés du seuil d’une véritable crise.

Les réformes de Macron ont pourtant permis de faire progresser l’économie française. De son arrivée au pouvoir en 2017 jusqu’à la mi-2024, la croissance française a souvent dépassé celle des autres grandes économies européennes. Depuis les élections législatives de l’été 2024, la France est toutefois repassée sous la moyenne européenne.

L’incertitude politique continuera de peser sur le pays, plus encore depuis la démission de Lecornu. Il semble en outre que certaines réformes, comme celle des retraites, pourraient être au moins partiellement annulées – un point sur lequel droite et gauche s’accordent. Les forces centristes, qui souhaiteraient l’éviter, n’ont pas de majorité.

Un scénario possible serait que le Rassemblement National de Le Pen accède au pouvoir, soit à la suite d’élections législatives anticipées, soit lors de l’élection présidentielle de 2027. Elle (ou son dauphin Jordan Bardella) pourrait alors connaître un destin similaire à celui d’Alexis Tsipras en Grèce : arrivé au pouvoir début 2015 sur la base de promesses illusoires, il dut rapidement y renoncer et se rallier à une politique d’austérité et de réformes sous la pression des marchés financiers et des créanciers officiels du pays. Une sortie de l’euro aurait été catastrophique. De même, Le Pen reculerait probablement devant une telle crise majeure ; son parti pourrait même être contraint par les marchés financiers de rétablir les finances publiques sur des bases un peu plus solides. Ce scénario resterait envisageable si le centre politique ne parvenait pas à trouver lui-même une solution.

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