Les banques centrales face au pétrole à 100 dollars! – Perspectives The Globe par Eurizon

Eurizon Asset Management

2 minutes de lecture

Les banques centrales ont adopté un ton plus restrictif. C'est le cas de la BCE, qui a vu l'inflation grimper à 3% en avril. Elle a donc signalé qu’elle était prête à relever ses taux dans les prochains mois.

Le conflit au Moyen-Orient et l’interruption du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ont entraîné une forte hausse des prix de l’énergie, alimentant ainsi les tensions inflationnistes. Le détroit constitue en effet l’un des principaux points de passage du commerce énergétique mondial, et toute interruption des approvisionnements tend à se répercuter rapidement sur les prix du pétrole et du gaz.

Cela inquiète les banques centrales, qui craignent que le choc énergétique, initialement temporaire, ne se transforme en une source de pressions inflationnistes plus persistantes. Elles ont donc adopté un ton plus restrictif. 

C'est le cas de la BCE, qui a vu l'inflation grimper à 3% en avril, bien au-dessus de l'objectif de 2%. Elle a donc signalé qu’elle était prête à relever ses taux dans les prochains mois, avec une première hausse probablement dès juin.

Il convient de noter que les contrats à terme sur le marché monétaire anticipent environ trois hausses des taux au cours des 12 prochains mois, ce qui les porterait à 2,75%. Par la suite, ces hausses seraient en partie effacées au cours du second semestre 2027. Il ne s’agit toutefois que d’anticipations susceptibles d’évoluer rapidement en fonction de l’évolution du conflit: une résolution de celui-ci permettrait à la BCE d’adopter une approche moins restrictive.

En ce qui concerne la Fed, l'objectif en début d'année était de maintenir les taux inchangés pendant quelques mois (dans une fourchette comprise entre 3,5% et 3,75%), avec un biais accommodant et l’intention d’effectuer deux baisses de taux d'ici la fin de l'année 2026.

Le conflit au Moyen-Orient a rendu la situation plus incertaine. Les pressions inflationnistes à la hausse ont poussé la Fed à passer d'une orientation accommodante à une position neutre, avec une ouverture croissante à d'éventuelles hausses des taux si l'inflation devait se maintenir au-dessus de 2%.

Pour les marchés, l'évolution des anticipations a été encore plus marquée: les contrats à terme sur le marché monétaire tablent aujourd'hui sur des taux inchangés tout au long de l'année, en territoire légèrement restrictif, et sur des hausses à partir des premiers mois de 2027, alors qu'en début d'année, ils anticipaient deux baisses de taux d'ici la fin de 2026.

Le contexte s'annonce donc délicat pour Kevin Warsh, nommé par Trump à la tête de la Fed en remplacement de Powell.

Malgré une forte incertitude liée au conflit, les signaux sont pour l'instant rassurants en ce qui concerne l'activité économique et le marché du travail (en reprise après la stagnation de l'année dernière), tandis que l'inflation, qui dépasse déjà l'objectif de 2% depuis cinq ans, a recommencé à augmenter sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie.

Depuis 2024, la Banque du Japon (BoJ) a maintenu une approche prudente, procédant avec précaution à la normalisation de sa politique monétaire, qui s’est jusqu’à présent traduite par quatre relèvements de taux de 25 points de base. A ce stade, la Banque du Japon s'est concentrée sur l'inflation «core-core», qui exclut les composantes les plus volatiles, afin de mieux évaluer la persistance de la tendance sous-jacente.

Malgré son récent recul, l’inflation demeure en moyenne supérieure à l’objectif de 2%, soutenue par la faiblesse du yen ainsi que par les pressions observées dans les services et sur les salaires. Au cours des prochains mois, les prix devraient d'ailleurs repartir à la hausse, comme l'indiquent les composantes de l'indice PMI liées aux prix, revenues sur leurs plus hauts de ces dernières années.

Les marchés anticipent une nouvelle hausse lors de la réunion de juin, dans un contexte où la faiblesse du yen, la hausse des prix de l'énergie et l'inflation croissante continuent d'exercer une pression sur la Banque du Japon, sans pour autant entraîner un resserrement agressif.

La normalisation monétaire se poursuit donc, mais à un rythme qui reste subordonné à la nécessité d'éviter toute pression sur les obligations d'Etat et sur la courbe des taux (qui s'est déjà fortement raidie), ainsi que de prévenir tout effet négatif sur la croissance, qui risque de ralentir en raison du choc énergétique.

La politique de la banque centrale chinoise est restée inchangée au cours de l'année écoulée, avec des taux d'intérêt stables et un recours plus actif aux instruments de gestion de la volatilité du yuan. La Banque populaire de Chine privilégie une croissance modérée et la gestion des risques.

Les perspectives d'inflation restent plus modérées que dans d'autres économies développées, même si les indices PMI laissent entrevoir une reprise, les prix des intrants ayant atteint leur plus haut niveau depuis 2022. La sortie de la phase de déflation n'a toutefois pas éliminé les pressions à la baisse liées à la surcapacité de production, qui n'est toujours pas résolue. L'IPP indique que les prix des produits finis restent faibles, ce qui montre que les conditions nécessaires à une tendance haussière soutenue ne sont pas réunies.

La situation économique nationale reste fragile malgré une amélioration au premier trimestre, favorisée par les exportations de technologies vertes. Le secteur immobilier demeure en recul; la baisse des prix de l’immobilier pèse sur la confiance des ménages et freine l’octroi de nouveaux prêts hypothécaires, ce qui traduit encore la faiblesse de la demande intérieure.

Dans ce contexte, la PBOC maintient une politique accommodante, mais prudente. La nouvelle hausse des prix de l'énergie rend peu probable toute baisse des taux en 2026, tandis que l'hypothèse d'un relèvement reste très peu probable.

A lire aussi...