Les actifs réels: un moteur de performance pour la gestion active

Joran Mambir, Banque J. Safra Sarasin

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La réindustrialisation mondiale redéfinit l’investissement, en plaçant les actifs tangibles au cœur des portefeuilles activement gérés.

L’ère de l’abstraction numérique cède progressivement la place à une nouvelle ère de réalité physique. Fin janvier 2026, la flambée de l’or à 5514 dollars l’once n’a pas été qu’un simple mouvement de marché: elle a signalé une revalorisation fondamentale du risque mondial. Pour les investisseurs, cette évolution reflète une transition structurelle majeure: la grande réindustrialisation.

Après des décennies de délocalisations motivées par les coûts, les capitaux se redirigent vers la production domestique, la résilience des chaînes d’approvisionnement et la sécurité nationale. Ce changement canalise les investissements publics et privés vers les actifs réels, des investissements tangibles tels que les infrastructures, les systèmes énergétiques et les minerais critiques. Pour les gérants actifs, cette transition peut offrir à la fois une protection contre l’inflation et une source de croissance faiblement corrélée aux actifs financiers traditionnels.

Au-delà des géants de la cote

Le recentrage sur le monde physique transforme en profondeur les marchés actions mondiaux. Alors que les «Magnificent Seven» ont dominé la décennie précédente, l’année 2026 se caractérise par une dispersion accrue. Cet environnement favorise la sélectivité. Les gérants actifs capables de regarder au-delà des méga-capitalisations peuvent identifier des entreprises plus petites et innovantes, qui constituent l’épine dorsale du mouvement de relocalisation industrielle.

Dans ce contexte, la gestion active n’est plus un luxe, mais une nécessité. Pour générer de la surperformance, les investisseurs doivent déplacer leur attention des entreprises exclusivement numériques vers celles qui construisent, alimentent et sécurisent le monde physique.

Tensions géopolitiques et souveraineté des ressources

L’instabilité géopolitique n’est plus un choc ponctuel, mais une caractéristique structurelle durable. A mesure que le monde se fragmente en blocs commerciaux concurrents, l’efficacité du modèle «juste-à-temps» est remplacée par la sécurité qu’offre la relocalisation.

  • Localisation des chaînes d’approvisionnement: Les entreprises investissent des montants record dans des installations domestiques afin de réduire les risques liés aux perturbations transfrontalières.
  • Minerais critiques: Une course mondiale est engagée pour sécuriser le lithium, le cuivre et les terres rares, des composants essentiels pour la défense et les technologies avancées.
  • Valeurs refuges: Les risques systémiques persistants continuent de soutenir la demande pour l’or et l’argent, considérés comme des instruments clés de diversification des portefeuilles.

Sécurité énergétique à l’ère de l’électricité

En 2026, la politique énergétique est devenue officiellement une politique de sécurité nationale. Cette évolution alimente un supercycle d’investissement intensif en matériaux, alors que les Etats modernisent leurs réseaux électriques en vue d’une électrification complète. Les investissements mondiaux dans les énergies propres sont passés de 1200 milliards de dollars en 2020 à 2200 milliards en 2025, soit environ le double des 1100 milliards actuellement alloués aux combustibles fossiles. Alors que les dépenses liées aux énergies fossiles sont restées largement stables, la transition vers les énergies renouvelables marque une transformation durable de la manière dont le monde alimente son avenir (voir graphique ci-dessous).

Investissements mondiaux dans les énergies propres et les combustibles fossiles


Source: Bank J. Safra Sarasin Ltd., www.iea.org, 2026


Ces projets ne relèvent pas uniquement d’objectifs environnementaux: ils constituent les piliers de la résilience économique, soutenus par un engagement étatique fort et des flux de capitaux durables.

Centres de données: la nouvelle infrastructure industrielle

L’essor de l’intelligence artificielle a profondément redéfini le rôle des centres de données. Autrefois considérés comme une classe immobilière de niche, ils sont désormais reconnus comme des infrastructures nationales critiques. Aux côtés des usines de fabrication de semi-conducteurs, ces installations forment la base physique de l’économie technologique.

  • Hausse des dépenses d’investissement
    Les cinq plus grands investisseurs dans l’IA (hyperscalers) prévoient des dépenses d’investissement cumulées de 650 milliards de dollars en 2026, dont la majeure partie est consacrée aux infrastructures physiques de données.
  • Systèmes complexes
    Les installations modernes requièrent de plus en plus des solutions avancées de production d’électricité «behind-the-meter» ainsi que des systèmes de refroidissement sophistiqués, afin de gérer les charges énergétiques des applications d’IA générative.

L’ère des actifs réels est arrivée, offrant une voie potentielle vers la résilience et la génération d’alpha dans un monde de plus en plus volatil.

Les portefeuilles alignés sur les matériaux critiques, les systèmes énergétiques et les infrastructures physiques de haute technologie se positionnent au cœur du prochain cycle économique. Le succès de cette décennie appartiendra à ceux qui reconnaissent que l’avenir numérique repose toujours sur des fondations physiques solides.

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