Les élections US de mi-mandat devraient restreindre la marge de manœuvre politique

Samy Chaar, Filippo Pallotti, Lombard Odier

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Les élections américaines de novembre 2026 devraient produire un gouvernement divisé, les démocrates étant susceptibles de reprendre la Chambre des représentants, tandis qu’une majorité démocrate au Sénat paraît de plus en plus possible.

Points clés

  • Les défaites du parti présidentiel à mi-mandat sont typiques de l'histoire américaine. La politique commerciale et étrangère restera entre les mains du président, quels que soient les résultats des urnes
  • Un gouvernement divisé engendrera un blocage législatif, donc un cadre économique fondamentalement inchangé: la politique budgétaire fonctionnera en pilote automatique, devenant un léger frein à la croissance dans les prochains trimestres 
  • Les investisseurs doivent s'attendre à davantage de frictions politiques et à une certaine volatilité boursière autour des élections, mais à peu de changements sur le plan conjoncturel.

La course pour le contrôle des deux chambres du Congrès américain augure clairement d’un gouvernement divisé. Les élections de mi-mandat du 3 novembre devraient voir les candidats démocrates remporter la majorité à la Chambre des représentants. La bataille pour le Sénat, dont les républicains étaient supposés conserver la majorité, s’est resserrée. Pour les investisseurs, cela signifierait que le président Trump disposerait d'un mandat plus restreint, sans pour autant provoquer des changements politiques majeurs.

Notre scénario de base voit les Démocrates prendre le contrôle de la Chambre des représentants, où les marchés prédictifs les donnent favoris, et une moindre probabilité pour les Républicains de conserver la majorité au Sénat (voir graphique 1). Un changement notable se produit au Texas, un État qui n'a élu que des Républicains au Sénat depuis 1993. Le candidat du parti pour le siège disputé, soutenu par le président Trump, a été qualifié de « moralement douteux » par ses collègues sénateurs républicains. Le cas du Texas est important, car il illustre le recul du soutien aux républicains au niveau national, tandis que l’issue serrée de la course contraint le parti à consacrer des ressources à un siège jusque-là considéré comme acquis. M. Trump demeure la figure dominante de la politique américaine et la chute de sa cote de popularité a créé des vents contraires pour les candidats républicains, en particulier pour ceux qui sont les plus étroitement associés à l'administration.

Un Congrès divisé permettrait à l’administration de conserver la main sur de nombreux leviers politiques, mais priverait la Maison-Blanche de la capacité d'adopter des lois majeures. Au cours des deux dernières décennies, chaque président américain a perdu le contrôle d'au moins une chambre du Congrès suite aux élections de mi-mandat. Un affaiblissement de la position de la Maison Blanche actuelle au Congrès s'inscrirait donc dans le schéma bien connu des freins et contrepoids.

Un tel résultat permettrait à une Chambre des représentants contrôlée par les démocrates de bloquer l’adoption de projets de loi, réduisant ainsi la capacité de l'administration à instaurer de nouvelles baisses d'impôts et de vastes programmes de dépenses, ou à entreprendre d'importantes réformes structurelles. Pour autant, la dynamique politique ne disparaîtrait pas totalement. Plusieurs domaines de politique publique relevant des pouvoirs exécutifs et importants pour les marchés resteraient largement épargnés par l’issue des élections.

Politique commerciale et frictions politiques

La politique commerciale est l'exemple le plus flagrant de continuité et un domaine dans lequel l'administration Trump n'a pas recherché le soutien du Congrès. Quel que soit le résultat des urnes, l'administration conservera l'autorité d'utiliser les droits de douane et autres mesures commerciales grâce à ses pouvoirs exécutifs existants, préservant ainsi le cap de la politique commerciale américaine, sauf contestation devant la Cour suprême. De même, les réglementations mineures au sein des agences fédérales relèveraient toujours de la Maison Blanche, et l'on pourrait s'attendre à ce que le président promulgue davantage de décrets.

La politique étrangère, y compris les sanctions, restera également du ressort du président. Cela étant, suite aux frappes visant à renverser le président vénézuélien en début d’année et compte tenu de la poursuite du conflit avec l’Iran, toute nouvelle intervention américaine devrait selon nous susciter des frictions politiques sur le plan intérieur et éroder davantage le soutien dont bénéficie le président. 

L'administration Trump continue de remettre en question l'intégrité du système électoral américain et préconise un durcissement des règles de vote dans plusieurs États. Le président refuse par ailleurs toujours d'admettre sa défaite à l'élection présidentielle de 2020 et ne s’est pas, jusqu’ici, engagé à accepter les résultats des élections de mi-mandat de 2026. Si le système électoral décentralisé des États-Unis empêche qu’un président n’inverse le résultat à l’échelle nationale, il ne faut toutefois pas sous-estimer le risque de perturbations avant et après le scrutin. Des tentatives de contester les procédures de vote, de jeter le doute sur la légitimité du processus ou de contester des résultats défavorables pourraient créer une incertitude politique et une volatilité des marchés, même si les résultats finissent par être certifiés. 

Un Congrès divisé pourrait entraîner un contrôle politique plus strict et accroître le risque de fermetures ponctuelles des services fédéraux en raison de conflits récurrents sur le financement. De tels épisodes sont susceptibles de générer un flux médiatique important et une volatilité des marchés à court terme, même si leur impact économique sur la durée est généralement limité. Les marchés devraient donc devoir composer avec encore davantage de «bruit» politique.

Dans le même temps, les chances de voir aboutir une procédure de destitution du président sont plutôt faibles. Une Chambre des représentants à majorité démocrate pourrait lancer des enquêtes et, potentiellement, engager une telle procédure. Cependant, la destitution d’un président américain requiert une majorité des deux tiers au Sénat, un seuil dont l’atteinte restera peu probable avec une majorité démocrate étroite. Partant, une tentative de destitution pourrait faire les gros titres sans pour autant altérer l'équilibre politique.

Pilotage budgétaire automatique

La politique budgétaire est un autre domaine où les investisseurs doivent pleinement prendre la mesure d'un gouvernement divisé. Une grande partie des perspectives budgétaires des États-Unis a été déterminée par «le grand et beau projet de loi» de 2025, délibérément adopté dès la première année du mandat de l'administration afin de tirer parti de sa majorité au Congrès. Ce cadre budgétaire de référence ne devrait pas être sensiblement modifié, car tout changement majeur nécessiterait l’approbation des deux chambres du Congrès, dont l’une au moins devrait être contrôlée par les démocrates. La politique budgétaire se retrouverait, de fait, en pilotage automatique jusqu’en 2028.

Nous estimons donc que la politique budgétaire passera d’un soutien important à un léger frein au cours des prochains trimestres. Les mesures fiscales et les incitations à l'investissement continueront d'apporter un certain soutien, mais les coupes budgétaires dans Medicaid et d’autres dépenses sociales pèseront sur la croissance dès le second semestre (voir graphique 2). Cette politique de baisses d’impôts rapides et d’entrée en vigueur ultérieure des réductions des prestations sociales était intentionnelle: la Maison Blanche visait ainsi à rallier des appuis et à minimiser l'impact sur les élections de mi-mandat. Un Congrès divisé rendrait difficile toute extension significative, mais aussi toute inversion, de ces politiques par voie législative.

Un gouvernement divisé pourrait également avoir un impact conséquent sur les nominations politiques. Si les Démocrates devaient remporter la majorité à la fois au Sénat et à la Chambre des représentants, la confirmation des juges, des membres du cabinet et des nominations à la Réserve fédérale nécessiterait leur soutien, empêchant ainsi la Maison Blanche de nommer des personnalités politiques controversées. Cela pourrait avoir des répercussions sur la Fed, où l'ancien président Jerome Powell pourrait décider de rester ou non au Conseil des gouverneurs en fonction du rapport de force issu des élections. Concrètement, si les Démocrates venaient à remporter la majorité dans les deux chambres du Congrès, M. Powell pourrait conclure que la Maison Blanche disposerait de peu de latitude pour proposer un candidat en lien avec son programme politique et, par conséquent, se sentirait en mesure de démissionner.

Conséquences pour les marchés boursiers

Toute volatilité boursière liée aux élections de mi-mandat offrirait des opportunités tactiques plutôt qu’entraîner une modification pérenne de l’environnement de marché. Historiquement, les périodes de faiblesse précédant les élections de mi-mandat ont souvent été suivies de performances boursières plus élevées une fois l'incertitude politique dissipée. Dans la mesure où nous voyons un gouvernement divisé se traduire par une continuité politique, plutôt qu’une réorientation, tout recul des marchés lié aux élections relèverait davantage du sentiment que d’un signal de détérioration des perspectives économiques sous-jacentes.

En somme, du point de vue des investisseurs, un gouvernement divisé réduirait la capacité de l'administration à remodeler le paysage législatif, mais les droits de douane et la politique étrangère resteraient des leviers à disposition du président par voie de décrets. La politique budgétaire devrait donc suivre une trajectoire largement prédéterminée. Les élections peuvent accroître les frictions politiques au sein du système législatif, engendrant une paralysie et augmentant le risque de fermeture des services gouvernementaux. L'issue la plus probable du scrutin de mi-mandat de 2026 n'est donc pas une transformation de la politique, mais un mandat politique plus restreint, dans les limites imposées par un gouvernement américain divisé, comme cela a été le cas pour tous les mandats présidentiels au cours des deux dernières décennies.

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