L’accord États-Unis/Iran ouvre la voie au trafic maritime dans le détroit d’Hormuz

Samy Chaar, Luca Bindelli, Lombard Odier

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Bien que plusieurs questions essentielles restent non résolues, une reprise partielle des flux énergétiques et maritimes à travers le détroit devrait suffire à éviter des pénuries préjudiciables à l’économie mondiale.

Points clés

  • Les États-Unis et l’Iran ont annoncé la conclusion d’un accord visant à rouvrir le détroit d’Ormuz et à prolonger le cessez-le-feu de 60 jours, marquant une désescalade importante du conflit au Moyen-Orient
  • Cet accord renforce notre scénario de base d’une désescalade et notre prévision d’un cours moyen du pétrole de 90 USD le baril durant les six mois suivant le début du conflit. Notre objectif de cours à 12 mois demeure à 78 USD/baril
  • Nous maintenons nos prévisions macroéconomiques inchangées et conservons un biais pro-risque modéré dans nos portefeuilles, ancré dans une croissance des bénéfices résiliente et orienté vers les actifs émergents.

Les États-Unis et l’Iran ont annoncé une percée diplomatique au Moyen-Orient, avec un accord intérimaire permettant de rouvrir le détroit d’Ormuz et de prolonger le cessez-le-feu de 60 jours. Nous maintenons nos projections macroéconomiques et un biais pro-risque dans nos portefeuilles.

Les États-Unis et l’Iran ont annoncé qu’un protocole d’accord visant à mettre un terme aux hostilités au Moyen-Orient a été conclu. Il devrait être signé le 19 juin en Suisse. En l’absence d’un texte officiel, les détails restent flous, mais tout porte à croire qu’outre la réouverture du détroit d’Ormuz après quatre mois, le cessez-le-feu s’étendra à tous les fronts, y compris au Liban. Les États-Unis s’engageront à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de l’Iran et retireront leurs forces de la région. Environ 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés devraient être débloqués sur une période de 60 jours, alors que de son côté l’Iran réaffirmera son engagement à ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Cet accord intérimaire laissera en suspens quelques questions essentielles, notamment l’avenir du programme nucléaire iranien à des fins civiles et l’ampleur de la levée des sanctions sur le pays. Cependant, la réouverture progressive du détroit lève le principal obstacle à l’économie mondiale et aux marchés pétroliers.

D’un point de vue économique, la question est de savoir à quelle vitesse les flux pourront se rétablir. Notre scénario de base reste que la moitié environ des flux reprendront dans les semaines à venir, ce qui suffira à éviter de nouvelles pénuries préjudiciables. La reconstitution complète des réserves pétrolières prendra du temps, sans doute jusqu’en 2027. Nous tablons sur un cours du Brent avoisinant les 90 USD le baril au cours des six mois suivant le début du conflit, les contrats à terme sur le pétrole étant désormais tout à fait conformes à nos attentes. Nos prévisions à 12 mois intègrent quant à elles une baisse des cours à 78 USD le baril.

De fait, le trafic maritime dans le détroit s’est déjà intensifié ces dernières semaines et certains ajustements de l’offre ont permis de limiter la hausse des cours du pétrole. La Chine a réduit ses importations de pétrole de plus de 5 millions de barils par jour, allégeant ainsi la pression sur les équilibres mondiaux, tandis que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis continuent d’exploiter des oléoducs pour contourner le détroit. D’autres options logistiques seront disponibles au fur et à mesure que la confiance se rétablira.

Nous maintenons un biais pro-risque

L’annonce d’un accord préliminaire renforce notre scénario de base d’une désescalade du conflit. Par conséquent, nous maintenons nos principales prévisions macroéconomiques et de marché inchangées. Le choc énergétique mondial consécutif au conflit au Moyen-Orient a déjà eu un impact important, alimentant l’inflation et réduisant les perspectives de croissance. Toutefois, nous anticipons toujours une croissance de l’économie mondiale légèrement inférieure à 3% cette année, tandis que l’économie américaine fait preuve de résilience.

Cette résilience économique sous-tend nos prévisions de croissance robuste et continue des bénéfices des entreprises, ainsi que notre biais pro-risque modéré dans nos portefeuilles. La désescalade à terme devrait favoriser un élargissement du rallye des actions vers des secteurs plus cycliques, tandis que la baisse des anticipations d’inflation devrait améliorer les perspectives des rendements obligataires.

Après le fort rallye boursier récent, nous avons abaissé notre opinion sur le secteur technologique à neutre et renforcé notre préférence pour le secteur financier, aux côtés des services publics et de la santé. Nous conservons notre surpondération des actions via les valeurs émergentes et maintenons une posture globalement neutre sur les obligations, où nous privilégions la dette émergente libellée en devises fortes par rapport aux obligations souveraines des marchés développés.

Au sein des marchés boursiers développés, nous maintenons notre surpondération du Japon et privilégions désormais une exposition accrue aux petites capitalisations au sein des actions américaines. Ces dernières devraient bénéficier d’une croissance économique robuste, d’un élargissement des moteurs de croissance des résultats et, à terme, d’une baisse des taux d’intérêt, tout en affichant des valorisations bien inférieures à celles des actions développées.

Comme souligné dans notre récent Point de vue du CIO Office, les marchés actions mondiaux devraient continuer de surperformer les actifs obligataires, même si les rendements des emprunts souverains offrent actuellement des niveaux intéressants. Sur les marchés développés, nous privilégions les échéances de 5 à 7 ans au Royaume-Uni, dans la zone euro, en Australie et en Suisse, ainsi que les bons du Trésor américain à 5 ans.

Une désescalade durable du conflit au Moyen-Orient créerait les conditions d’une amplification du rallye des actions et améliorerait le sentiment des investisseurs. Cependant, les risques d’une nouvelle escalade persistent en cas d’échec des négociations ou de résurgence des tensions régionales. Pour l’instant, nous maintenons notre positionnement et continuons à suivre de près l’évolution de la situation.

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