Le grand retour du yen

Jacques Henry, SILEX

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La déflation a disparu au Japon et le différentiel de taux directeurs avec les Etats-Unis devrait se réduire. Tout ceci est favorable au yen.

 

Les cycles sur le yen ont été très marqués depuis près de 20 ans. La grande crise financière 2008 - 2009 a coïncidé avec un mouvement d’appréciation de la devise jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Shinzo Abe fin 2012, qui a utilisé la politique monétaire comme une des trois flèches de sa politique réformiste pour sortir le pays de la déflation. L’assouplissement quantitatif qui a suivi a abouti à une forte dépréciation du yen jusqu’au début 2015 avant qu’il ne se raffermisse quelque peu jusqu’à la sortie de crise COVID. S’est alors enclenchée une nouvelle jambe de dépréciation de la devise jusqu’à l’été 2024, alors que les principales banques centrales augmentaient leurs taux pour lutter contre le retour de l’inflation mais que la banque du Japon maintenait son assouplissement quantitatif. Ainsi en l’espace d’une dizaine d’années le yen est passé du statut de devise forte au statut de devise faible, même la plus faible en parité de pouvoir d’achat par rapport aux autres grandes devises. Nous pensons que des facteurs internes et externes militent désormais pour une appréciation du yen.

Depuis bientôt trois ans, l’inflation japonaise est au-dessus de la cible de 2%, un chiffre qui semblait inatteignable en 2012. Même si l’inflation a un petit peu ralenti en juillet 2025, elle reste au-dessus de 3%, si l’on raisonne sur sa composante hors énergie et hors denrées alimentaires périssables. Une des conditions nécessaires à un retour durable de l’inflation serait l’installation d’une boucle prix-salaires. Celle-ci commence à se matérialiser avec une inflation dans les services qui se révèle assez stable autour de 1,5%. La persistance de l’inflation se traduit dans les rendements obligataires à long terme japonais qui ont atteint des niveaux jamais vus sur l’échéance à 30 ans, autour de 3%, mais la banque du Japon prend son temps pour ajuster ses taux directeurs. Elle a réalisé simplement trois hausses de taux : d’abord 10 points de base en mars 2024 pour sortir des taux négatifs, puis deux hausses de taux de 25 points de base en juillet 2024 et janvier 2025. Le gouverneur de la banque du Japon, Kazuo Ueda, semble avoir laissé la porte ouverte à de nouvelles hausses de taux lors du symposium de Jackson Hole organisé par la Réserver Fédérale américaine. Il a justifié son changement par le resserrement du marché du travail japonais qui devrait maintenir une pression haussière sur les salaires.

L’autre facteur que nous suivons vient en fait des Etats-Unis. Lors de la publication de cet article, la Fed devrait avoir baissé ses taux le 17 septembre lors du dernier FOMC. Cette décision a été en quelque sorte préannoncée en raison de la forte détérioration du marché de l’emploi américain, au cours des derniers mois. Ceci constitue un mini pivot de la Fed qui a maintenu ses taux inchangés depuis décembre 2024, en raison d’une inflation persistante au-dessus de 3%. Ainsi nous attendons d’ici la fin de l’année un resserrement du différentiel de taux directeurs entre les Etats-Unis et le Japon d’au moins 75 points de base, tout ceci devrait se concrétiser avec un yen plus fort contre le billet vert. Même si le temps où le yen était une devise forte comme le franc suisse est révolu, la devise nippone devrait se renforcer prochainement.

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