La paix, et après?

Chris Iggo, AXA IM Core, BNP Paribas Asset Management

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L’espoir de paix est un signal à l’achat. Les marchés sont-ils en voie de renouer avec les niveaux qui prévalaient avant le 27 février, et si oui, qu’est-ce que cela implique pour les perspectives à long terme?

Si le cessez-le-feu actuel permet de mettre définitivement fin au conflit au Moyen-Orient, les perspectives macroéconomiques auront été chamboulées mais pas complètement déstabilisées. Les marchés pourraient très vite retrouver les niveaux de valorisation d’avant-guerre (spreads serrés dans le crédit et multiples élevés pour les actions). L’espoir de paix est ici très clairement un signal à l’achat. Les marchés sont-ils en voie de renouer avec les niveaux qui prévalaient avant le 27 février, et si oui, qu’est-ce que cela implique pour les perspectives à long terme?

  • Principaux thèmes macro – L'inflation en mode soubresaut ou évolution progressive?
  • Principaux thèmes de marché – Trouver de la valeur en cas de paix ou battre en retraite sur fond d’escalade?

Acheter la paix

L'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines dans le conflit qui oppose les États-Unis et l'Iran a entraîné un rallye de soulagement sur les marchés. L'espoir est que la trêve actuelle laisse place à un accord de paix plus durable et à une normalisation progressive des marchés de l'énergie.

Après l'annonce, les prévisions de taux d'intérêt ont baissé, les spreads de crédit se sont resserrés et les actions ont sensiblement augmenté. Immanquablement, des failles sont rapidement apparues et les marchés ont abandonné une partie des gains dégagés le 8 avril.

La voie de la paix n’est bien sûr pas la seule possible. Selon les médias, les demandes iraniennes en vue d’un accord définitif, et notamment le contrôle permanent du trafic maritime à travers le détroit d’Ormuz, seront impossibles à accepter pour les États-Unis et leurs alliés dans la région.

Si aucun progrès n'est réalisé sur un ensemble de conditions mutuellement acceptables, il y a un risque que le conflit reprenne, ce qui pourrait provoquer une réaction négative sur les marchés. Dans un contexte de risques géopolitiques accrus et d'incertitude politique aux États-Unis, les perspectives d'investissement sont bouchées.

Des résultats très extrêmes sont encore possibles mais la réalité politique fait qu’ils ne se matérialiseront probablement pas. L’activité de trading se voit donc dominée par une tendance à «acheter sur fond de bonnes nouvelles». Les participants au marché nous semblent, à raison, parier sur le fait qu’en dépit du discours actuel, les politiques américaines ne chercheront pas à provoquer une crise mondiale.

Partout, l'économie a bien résisté. Les coûts d'emprunt sont faibles et la croissance des bénéfices est solide. Si les analystes ont toujours besoin d’un peu de temps pour réajuster leurs prévisions – et de quelques orientations en provenance directe des entreprises concernées – les dernières estimations du consensus en matière de croissance des bénéfices par action pour les 12 prochains mois ont montré une tendance à l'amélioration.

Et n'oublions pas qu'une révolution technologique majeure est en cours, qui, si elle perturbe certaines activités économiques, offre également aux entreprises la possibilité d'accroître leur productivité et aux investisseurs d’identifier de nouvelles sources de rendement potentielles.

Prendre du recul et se projeter au-delà des interférences

Si une désescalade définitive des tensions se confirme dans le Golfe, nous pourrons à nouveau nous concentrer sur la manière de construire des portefeuilles résilients et il est donc important de s’arrêter un instant pour prendre le pouls des marchés. Les thèmes susceptibles de refaire surface en tant que moteurs clés des tendances d'investissement sont nombreux.

Citons notamment les retombées macroéconomiques des événements des six dernières semaines, la réaction des banques centrales face à une évolution de la probabilité de réalisation des objectifs d'inflation, notre position dans le cycle de l'intelligence artificielle compte tenu de la hausse des coûts de l'énergie – et le cynisme qui prévaut à l'égard des dépenses d'investissement liées à l'IA.

En outre, la question se pose de savoir si le crédit privé peut reprendre son rôle de pourvoyeur de capitaux aux entreprises du marché intermédiaire, en particulier dans l'écosystème technologique.

Les marchés chuteront à nouveau si le cessez-le-feu ne tient pas. Si en revanche il se confirme, nous pourrions rapidement renouer avec les sommets récents. Le S&P 500 n'est qu'à 3% de son niveau record, l’Euro Stoxx à seulement 4%. L'indice américain du haut rendement (rendement total) a déjà retrouvé son point le plus haut, tandis que les indices investment grade sont inférieurs d'environ 1% à leurs sommets historiques. Que se passera-t-il après?

Question plus difficile encore, qu’en sera-t-il si le conflit se mue en une guerre d’usure ponctuée de cessez-le-feu? On connaît plus ou moins la chanson. Les prix du pétrole vont augmenter, les craintes de stagflation vont resurgir, la volatilité restera élevée et les perspectives mondiales se détérioreront.

Le sentiment d’aversion au risque finira par s’installer jusqu'à ce que les participants au marché disent stop. La volatilité et les pertes de trading auront au passage érodé un peu plus le capital, et le sentiment des investisseurs s’en trouvera inévitablement affaibli.

Qu’est-ce que les marchés ont à offrir à moyen terme?

Adopter une vision à moyen terme, c'est partir du principe qu'une solution au conflit finira par être trouvée. Mais cela implique également, malheureusement, d’accepter que les rendements attendus seront relativement faibles. S’ils sont plus élevés qu’il y a un an et par rapport au début du conflit, les rendements obligataires se situent toujours dans des fourchettes bien établies.

Rien n’a changé dans le régime de valorisation; d’un point de vue fondamental, les taux d’intérêt des banques centrales sont considérés comme proches de la neutralité et les prévisions d’inflation à long terme sont bien ancrées. Ainsi, les prévisions de rendement nominal à moyen terme sont comprises entre 3,5% et 4,5% pour les bons du Trésor, entre 2,5% et 3,5% pour les emprunts d’État européens, et entre 4,5% et 5,0% pour les gilts britanniques. Pour que les rendements augmentent davantage, il faudra que les banques centrales repassent à un régime de taux plus faibles.

Des rendements plus élevés et de meilleurs niveaux d'entrée seraient possibles dans l’obligataire si le risque d'inflation structurellement élevé (dû au contexte géopolitique actuel) était mieux intégré dans les valorisations ou si les investisseurs exigeaient des rendements plus élevés pour détenir davantage d’emprunts d’État.

Mais pour l'instant, ces dernières ne sont pas particulièrement intéressantes sur le segment à taux fixe, et la stabilité des trajectoires de rendement reste menacée par l'inflation et les préoccupations budgétaires.

Défense

Pour les investisseurs défensifs, axés sur les revenus et disposant d'un horizon à moyen terme, il est possible d’accroître les rendements composés attendus d'un portefeuille d’emprunts d’État («sans risque») en ajoutant une composante crédit.

Les marchés des obligations d'entreprises cotées se sont relativement bien comportés, sans faire état de problèmes de liquidité ou de tendances préjudiciables en matière de crédit; le choc énergétique a mis à mal la note de crédit d’entreprises actives dans des secteurs tels que les compagnies aériennes, les matériaux de construction et les produits chimiques, ainsi que celle de certains États qui sont d'importants importateurs d'énergie.

Mais au niveau du marché, après s'être creusés dans un premier temps, les spreads de crédit ont depuis regagné environ la moitié de la correction initiale.

Bien que les performances passées ne soient pas un indicateur des rendements futurs, on observe historiquement qu’en ajoutant jusqu’à 50% d’obligations d’entreprises investment grade à un portefeuille d’emprunts d’État, les rendements composés augmentent d'environ 70 à 100 points de base sur plusieurs années, sans faire grimper la volatilité du portefeuille.

D'un point de vue tactique, le crédit est devenu plus attrayant. Certains diront que les spreads sont trop serrés – depuis 1996, ils ont affiché des niveaux plus larges environ 86 % du temps, tant sur les marchés investment grade que du haut rendement en dollars américains. On note une certaine asymétrie dans les perspectives. Mais les fondamentaux et la demande positive de crédit continuent de soutenir le marché.

Selon les taux de rendement actuels, on peut raisonnablement attendre entre 4,5% et 5,0% pour les obligations américaines investment grade à moyen terme.

L’ajout d’obligations d’entreprises à haut rendement augmente certes le risque d’un portefeuille, mais l’histoire montre qu’une allocation de 50% permet de dégager entre 250 et 300 pb de performance par rapport à un indice d’emprunts d’État. La combinaison taux et haut rendement a de quoi séduire et s’accompagne souvent d’une corrélation négative entre les deux trajectoires de rendement.

Les investisseurs peuvent éventuellement utiliser le haut rendement pour améliorer les rendements d’un portefeuille essentiellement défensif. Alors que l’indice du haut rendement mondial pointe à 7,0% et que le marché a fait preuve jusqu’ici d’une belle résilience, les perspectives post-conflit iranien sont encourageantes.

Hausse potentielle des actions dans un scénario de paix

Les stratégies de portefeuille plus agressives doivent intégrer une part d'actions. Mais ce qui est préoccupant, c'est qu'en dépit de la légère baisse des multiples cours/bénéfices ces dernières semaines, de nombreux marchés (et actions individuelles) restent onéreux par rapport à leur moyenne à long terme.

Le lecteur aura certainement pu observer les graphiques représentant les rendements annualisés sur 10 ans par rapport au ratio cours/bénéfice de départ au moment de l'investissement. On ne surprendra personne en affirmant qu’il s'agit d'une relation inverse. Certes, la valorisation très onéreuse des indices boursiers américains provient en grande partie des valeurs technologiques et les portefeuilles d'actions peuvent bien entendu être construits de manière à atténuer cette concentration.

Mais il existe un risque que la croissance des bénéfices à moyen terme ne soit pas à la hauteur des attentes des multiples actuels, ce qui ferait baisser les rendements au niveau de l'indice.

Il ne faut pas pour autant priver son portefeuille d’une composante actions. La diversification est essentielle; les marchés actions non américains sont moins chers et les gestionnaires actifs sont en mesure d’éviter ou de minimiser l'exposition aux actions trop onéreuses.

Il est tout à fait possible pour un portefeuille contenant une importante allocation aux actions d’obtenir un résultat satisfaisant pour l’investisseur présentant une tolérance au risque et des besoins de rendement plus élevés. Le contexte actuel s’y prête-t-il? Il est en tout cas meilleur qu’il ne l’a été depuis la fin février, et le sentiment suggère que les investisseurs sont prêts à acheter des actions.

Les perspectives mondiales sont ternies par les événements des six dernières semaines, mais les acteurs du conflit ont jusqu'à présent cherché à éviter le pire et les récents records historiques des marchés d'actions, du secteur technologique et des cours des actions des sociétés de logiciels semblent constituer des objectifs de prix légitimes si la paix se maintient.

Deux thèmes devraient faire leur retour: la performance du marché actions américain et l’attrait continu des actions non américaines. Dans un monde plus incertain, la diversification en matière d’actions est plus importante que jamais.

Il en va de même pour la diversification entre les classes d'actifs et le positionnement du portefeuille en matière de tolérance au risque: obligations d’État à faible risque et à faible rendement, investment grade, haut rendement et crédits des marchés émergents, marchés d'actions volatils mais offrant des rendements élevés.

On ne peut pas reprocher aux investisseurs de rester sur la touche. L'incertitude est grande, malgré le désir apparent des États-Unis et de l'Iran de parvenir à une solution pacifique. Il est clair qu'ils ont tous deux une idée différente de ce à quoi cette solution devrait ressembler, ce qui ne manquera pas de déstabiliser les marchés. Mais la croissance mondiale finira par se réaffirmer et des rendements pourront être dégagés sur le long terme.

 

Sources des données (de performance): LSEG Workspace DataStream, ICE Data Services, Bloomberg, BNP Paribas AM, au 9 avril 2026, sauf mention contraire. Les performances passées ne préjugent pas des rendements futurs.

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