La livre et les large caps souffriraient le moins d’un no deal Brexit

Yves Hulmann

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Un Brexit sans accord creuserait les écarts de crédit et pénaliserait les petites et moyennes capitalisations, selon Aberdeen Standard Investments.


©Keystone

Il n’est pas possible de faire des prévisions économiques correctes sans tenir compte des risques d’ordre politique. Un constat qui s’applique actuellement à la fois aux Etats-Unis, compte tenu des tensions commerciales avec la Chine et de l’imprévisibilité de Donald Trump, à l’Union européenne, compte tenu des forces centrifuges qui mettent sous pression l’UE, et bien sûr aussi au Royaume-Uni.

L’escalade des tensions sino-US et le hard Brexit
sont clairement en tête des grands risques politiques.

Parmi quatre grands risques politiques mis en évidence actuellement – à savoir, une exacerbation des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, une sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord (le fameux «no deal Brexit»), une procédure de destitution de Donald Trump («impeachment») ainsi qu’une éventuelle sortie de l’Italie de la zone euro, les deux premiers cités apparaissent clairement les plus importants aux yeux de Stephanie Kelly, économiste politique senior chez Aberdeen Standard Investments.

Pas une simple décision technique

Il en va tout autrement du Royaume-Uni où le scénario d’une sortie du pays de l’UE – surtout dans sa variante sans accord – pèse déjà sur l’économie britannique. Comment expliquer que les différentes forces politiques en présence ne parviennent pas à s’entendre pour débloquer la situation? Pour Stephanie Kelly, beaucoup d’Européens ne réalisent pas toujours qu’elle est la dimension symbolique des discussions autour du Brexit outre-Manche: «Dans l’UE, on considère le Brexit avant tout comme un accord à résoudre sur le plan technique. Au Royaume-Uni, le Brexit est d’abord perçu dans sa dimension politique», compare Stephanie Kelly, ce qui rend d’autant plus difficile de trouver un consensus autour de cette question et de former des majorités.

Le «no deal Brexit», scénario jugé le plus probable

Parmi les trois scénarios envisagés à propos du Brexit, celui d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord («no deal Brexit») est l’issue qui se voit attribuer la probabilité de survenance la plus élevée (45%) par Aberdeen Standard Investments, suivi par l’absence de Brexit (35%), par exemple en cas de nouveau vote sur ce sujet, puis par celui d’un Brexit négocié (20%).

Les obligations d’Etat britanniques sont particulièrement
exposées à un fort impact d’une sortie de l’UE sans accord.

Quelle seraient les conséquences d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord - le scénario du pire - sur différentes classes d’actifs? Selon Aberdeen Standard Investments, un «no deal Brexit» aurait tout d’abord un impact particulièrement marqué sur les obligations d’Etat britanniques: le rendement du Gilt à 10 ans chuterait de 20 à 30 points de base, les emprunt d’Etat bénéficiant de leur caractère défensif.
L’impact d’un tel scénario serait très fort sur les écarts («spread») de crédit entre les obligations de degré investissement par rapport aux emprunts sans risque qui se creuseraient de 30 à 40 points supplémentaires. Cet impact serait très marqué pour les banques et les assurances, à moins que la Banque d’Angleterre adopte une politique monétaire plus accommodante.

Rotation au profit des valeurs du FTSE 100

Quant aux actions, la situation varierait beaucoup entre les petites et moyennes capitalisations et les grandes sociétés internationales. Un «no deal Brexit» entraînerait une chute d’environ 7% des valeurs incluses dans le FTSE 350 (qui inclut les 350 plus grandes sociétés cotées à la bourse de Londres en termes de capitalisation). En se limitant à l’univers incluant les 100 plus grandes valeurs du «footsie»(FTSE 100), celles-ci seraient beaucoup moins affectées par un tel scénario. On assisterait alors à «rotation majeure», les investisseurs abandonnant les sociétés axées sur le marché intérieur pour se recentrer sur les grandes capitalisations internationales.

Enfin, du côté des devises, un «no deal Brexit» n’aurait finalement qu’un impact limité, avec un recul attendu de la livre entre 5 et 10% par rapport à un panier diversifié d’autres monnaies. A l’inverse, un Brexit «négocié» entraînerait une appréciation de 10 à 15% de la livre britannique par rapport aux autres monnaies tandis que l’absence de Brexit serait suivie d’un rebond de l’ordre de 20%.

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