La gestion de fortune en Suisse: un modèle attractif face à ses défis

Vivien Jain, Association Suisse des Gestionnaires de fortune

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Pressions réglementaires, transformation digitale et enjeux de relève générationnelle: la pérennité du secteur repose sur la capacité des gestionnaires à conjuguer expertise et agilité.

 

Le secteur de la gestion de fortune en Suisse se distingue comme l'un des rares secteurs financiers à afficher une dynamique de croissance, malgré un environnement marqué par des transformations. Au 9 juin 2026, 1’347 gestionnaires de fortune sont autorisés par la Finma et surveillés pas un OS, ce qui représente un nombre d’acteurs très important comparé à d’autres places.

Selon les chiffres publiés dans notre Yearbook, l'ASG, la médiane des actifs sous gestion (AuM) par société de gestion s'établit à 140 millions de francs, pour une taille de marché estimée à environ 500 milliards au total pour les gestionnaires de fortune. La structure des sociétés est restée remarquablement stable malgré la vague réglementaire des dernières années: on compte en médiane 3,3 collaborateurs par société et 68 clients, illustrant le caractère clairement indépendant de ce modèle d’affaire.

Un gestionnaire de fortune n'est pas une extension d'une banque.

La valeur ajoutée du gestionnaire de fortune, fondée notamment sur un accompagnement personnalisé et une offre de services globale à 360 degrés, est bien comprise par les clients, tant à l’échelle nationale qu'internationale. La Suisse conserve un rôle de premier plan en raison de la solidité du franc suisse et sa réputation de place refuge même en période de turbulences géopolitiques. L'expertise acquise par les gestionnaires constitue un avantage concurrentiel difficilement reproductible à court terme par d'autres places financières.

Une distinction fondamentale, encore trop souvent méconnue du grand public: un gestionnaire de fortune n'est pas une extension d'une banque. Le modèle indépendant des gestionnaires de fortune offre une gestion personnalisée aux clients, une relation de confiance et une approche globale allant bien au-delà du simple placement financier.

Un cadre réglementaire exigeant

Depuis plusieurs années, les gestionnaires font face à une intensification significative des exigences réglementaires. Le régulateur tend à appliquer des normes d'inspiration bancaire sans suffisamment tenir compte du profil de risque spécifique des gestionnaires. Or, une société gérant 68 clients (médiane), tous connus personnellement du gestionnaire, présente un profil de risque structurellement différent de celui d'une banque. L'ASG accompagne activement ses membres afin de leur permettre d'exercer leur activité de manière professionnelle sans se heurter à une charge administrative disproportionnée. L’ASG est aussi porte-parole des gestionnaires de fortune et est régulièrement consultée par les autorités, en particulier la Finma, pour les questions liées à la réglementation financière. En tant qu’association de branche, nous apportons l’expertise métier pour contribuer activement à l’élaboration des lois et défendre des conditions cadres adéquates pour la profession.

Trois enjeux structurels à horizon rapproché

Au-delà du cadre réglementaire, le secteur est confronté à trois défis structurels majeurs. L'intelligence artificielle représente une opportunité significative pour les structures de petite et moyenne taille. Elle permet d'optimiser les processus internes de réduire l'écart avec les grands acteurs. L’ASG informe et accompagne ses membres sur cette thématique. Le secteur reste pour l’instant assez hétérogène: certains de nos membres présentent des cas d’usage très intéressants et une utilisation avancée de l’intelligence artificielle sous différentes formes, tandis que d’autres en font un usage plus mesuré sur des outils de base. Nous constatons que la mise en œuvre de ces technologies demande du temps et mobilise des ressources importantes, ce qui peut s’avérer d’autant plus complexe pour les structures de petite taille.

La cybersécurité constitue également un risque opérationnel croissant pour des structures dont le modèle repose sur la confidentialité et la confiance.

La transmission et la nouvelle génération représentent sans doute le défi le plus complexe à court terme. D’une part une nouvelle génération de clients avec de nouveaux besoins auquel le gestionnaire doit pouvoir répondre ce qui demande des adaptations importantes. D’autre part la question de succession au sein des sociétés de gestion de fortune. Une part importante des gestionnaires en exercice approche de l'âge de la retraite et doit anticiper la question de la succession, qu'il s'agisse d'une transmission interne à des collaborateurs, d'un rapprochement avec une autre société de gestion, ou de l'intégration de nouveaux associés par exemple. Laisser la clientèle retourner vers une banque dépositaire constitue le scénario le moins favorable, tant pour le client qui avait précisément choisi le modèle indépendant que pour la profession dans son ensemble. Trouver un successeur prend du temps et requiert une démarche anticipée, car la relation entre un gestionnaire et ses clients est par nature profondément personnelle. 

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