La finance à l’ère d’Internet

Albert Dessaint, Blockchain Partner Suisse

2 minutes de lecture

Chronique blockchain. La blockchain promet de lever les barrières au développement et à l’accès de services financiers.

La finance décentralisée s’est imposée en quelques mois comme «le» sujet émergent de l’univers des blockchains et cryptomonnaies. En quelques mots, il s’agit d’un système financier alternatif, fondé sur trois caractéristiques essentielles: il est décentralisé, ouvert à tous, et nativement numérique. Souvent surnommé «DeFi» (diminutif de «Decentralized Finance»), ce système  propose de répondre à un enjeu majeur pour les 1,7 milliards d’adultes actuellement sans accès aux services bancaires de base: démocratiser l’accès aux services financiers via, d’une part, une simplification de leur usage, d’autre part une réduction massive de leurs coûts d’accès, aussi bien pour les utilisateurs que les entrepreneurs souhaitant construire des applications financières.  

Le secteur de la «DeFi» pèse désormais plus d’un demi milliard d’euros, soit plus du double de l’année dernière à la même date - un chiffre à mettre en perspective avec le fait que les premières applications de ce système financier alternatif n’ont vu le jour que fin 2017.

La finance décentralisée se distingue du système financier traditionnel en embrassant la philosophie d’Internet: être ouvert à tous, aussi bien en termes d’usage que de consultation ou participation à sa construction.

La finance décentralisée se distingue du système financier
traditionnel en embrassant la philosophie d’Internet.

Comme pour Internet, cette ouverture permet la création de multiples services centrés sur des besoins spécifiques (échange d’actifs numériques, prêts, produits dérivés et autres instruments financiers nativement numériques qui n’existent pas aujourd’hui dans la sphère financière traditionnelle) qui se combinent souvent les uns avec les autres.

Pour une meilleure compréhension de ce nouveau secteur, prenons l’exemple d’un de ses projets les plus emblématiques: Maker, une plateforme décentralisée qui permet à tous de débloquer une capacité de financement sans avoir à demander la permission à qui que ce soit.

Comprendre le fonctionnement de Maker est plus aisé avec une analogie. Imaginons que vous vous rendez dans une banque pour emprunter de l’argent. La banque va vous demander des garanties pour s’assurer que vous rembourserez bien cet argent. Pour vous conformer à cette demande, vous pouvez par exemple mettre en garantie votre maison et ainsi couvrir votre risque de crédit auprès de votre banque.

Ce que Maker souhaite faire est à la fois simple et révolutionnaire: donner la possibilité à tout un chacun de débloquer une capacité de financement sans, par exemple, être propriétaire d’un logement ni même être  bancarisé. Dans le cas de Maker, vous remplacez la maison par des crypto-monnaies et la banque par un smart contract, c’est-à-dire par un programme informatique qui est hébergé et qui s’exécute sur une blockchain.

Au coeur de Maker figure un mécanisme permettant d’emprunter des dollars en échange de la mise en garantie de crypto-monnaies de la même façon que vous pouvez mettre en garantie votre maison. La valeur de ces crypto-monnaies doit rester au-dessus d’un certain seuil pour que vous n’ayez pas à précipitamment rembourser votre crédit ou être liquidé.

Malgré sa jeunesse et sa relative immaturité, la finance
décentralisée est un secteur à suivre de très près.

Tout l’intérêt de Maker est donc de vous permettre de débloquer rapidement cette capacité de financement sans lien avec le système bancaire traditionnel. Bien entendu, des garde-fous sont mis en place pour assurer que les dollars empruntés soient toujours surgarantis.

Ces dollars peuvent par la suite être échangés sur des plateformes d’échange ou être utilisés dans d’autres services financiers de l’écosystème, sans jamais avoir à demander la permission à Maker.

Lors de sa première année, en 2018, Maker a permis l’emprunt de plus de 200 millions de dollars. En comparaison, un acteur comme Lending Club, plateforme américaine pionnière du prêt en ligne entre individus, a mis 5 ans pour atteindre un palier similaire.

Sur ce sujet émergent, les acteurs suisses ont un rôle important à jouer, notamment à travers les fondations. La fondation de la blockchain Ethereum qui sous-tend de nombreuses applications de la finance décentralisée est située à Zug. C’est également à Zug que Tezos - qui contribue au développement de la blockchain éponyme et dont l’un des principaux axes stratégiques est le développement de cas d’usage financiers - a décidé de créer sa fondation. Enfin, il ne faut pas oublier l’association Libra basée à Genève qui ne se cache pas de vouloir, à terme, proposer des services qui sont traditionnellement rattachés à la finance classique.

Malgré sa jeunesse et sa relative immaturité, la finance décentralisée est donc un secteur à suivre de très près. L’attention doit en particulier se porter sur les dynamiques d’écosystème qui vont se créer entre les différents services financiers. Nous sommes aux prémices d’un chamboulement de la finance: il s’agit de prendre le train en marche et de se positionner sur les potentiels marchés de demain.