A la découverte des champions européens

Christopher Howarth, Baillie Gifford

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Le potentiel de croissance de l’Europe se trouve chez des pionniers tels que Sandoz, Dino Polska et ASM International.

 

Les raisons d’être pessimiste vis-à-vis de l’Europe sont bien connues: lourdeur réglementaire, une guerre à sa frontière, des prix élevés de l’énergie, de nouveaux tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis. Tous ces éléments ont un impact sur l’idée que l’on se fait de la capacité du Vieux Continent à croître et à innover.  Pourtant, même si l’Europe ne semble pas aussi attrayante que son cousin américain dominé par la «tech», elle peut se targuer d’abriter des pôles d’excellence situés dans des endroits improbables.

Dans les domaines de la santé ou des supermarchés établis dans les petites villes ou encore des semi-conducteurs, l’Europe compte de nombreuses entreprises de très grande qualité et en forte croissance. De plus, l'amélioration de sa situation macro-économique, longtemps maussade, n’est pas à dédaigner.  

L’Europe arrive à un tournant. En effet, l’Allemagne qui a desserré son frein à l’endettement et créé un fonds d’investissement doté de 500 milliards d’euros pourrait inciter d’autres pays européens à suivre son exemple et, par conséquent, à stimuler leurs économies. Cette évolution pourrait se traduire par un rebond des fondamentaux et des valorisations des entreprises européennes. Quatre secteurs clefs devraient bénéficier de cette tendance.

Les leaders de la biotech

L’industrie pharmaceutique est depuis longtemps l’un des atouts de l’Europe et Sandoz, entreprise leader au plan mondial, en est un bon exemple.

Sandoz est un pionnier des biosimilaires. Ces produits sont des variantes de médicaments biologiques existants utilisés dans le traitement de toute une palette de maladies qui vont du cancer aux troubles oculaires liés à l’âge. Sandoz possède également une longue expérience en matière de génériques (les imitations bon marché de médicaments de synthèse tombés dans le domaine public à l’expiration de leurs brevets).
Contrairement aux génériques basés sur la même molécule que le médicament original, les biosimilaires sont fabriqués à partir de procédés biologiques tels que la fermentation de levures plutôt qu’au moyen d’une synthèse chimique. Ils sont donc plus complexes et plus gourmands en capitaux que les génériques, même si leur fabrication en quantité permet d’importantes économies d’échelle. Cependant, ce nouveau type de médicaments est encore mal compris par le marché, car leur production, fondée sur des technologies relativement récentes, exige un horizon d’investissement assez long.

A mesure que les puces deviennent plus rapides et que l’IA gagne en puissance, la demande d’ALD augmentera, ce qui va stimuler les achats d’équipements d’ASM. 

En outre, l’historique quelque peu bousculé de Sandoz ainsi que son statut d’entreprise issue d’une scission peuvent expliquer le fait que le marché n’ait pas encore pris la pleine mesure des atouts de cette entreprise dans un secteur qui croît rapidement.

Renaissance de l'épicerie du coin

En matière de croissance, les meilleures opportunités ne sont pas nécessairement à rechercher parmi les entreprises à la pointe du progrès. Dino Polska, une chaîne polonaise de supermarchés de petite taille, est un cas d’espèce surprenant. 

Cette enseigne, fondée et dirigée par son propriétaire, affiche une forte croissance. Implantée dans les petites communes de zones rurales reculées, elle ouvre presque chaque jour un nouveau magasin qui vient remplacer les nombreuses épiceries indépendantes qui ferment leurs portes lors du départ à la retraite de leur propriétaire. 

Contrairement à la plupart des supermarchés discount d'Europe de l'Est, Dino Polska propose un rayon boucherie traditionnel avec service complet et le groupe possède son propre abattoir, Agro-Rydzyna. Cette intégration verticale dans le secteur des produits frais permet à l’enseigne d’accroître ses marges tout en minimisant les pertes. Et même dans les régions moins reculées, le groupe parvient à garder un taux de croissance très élevé, ce qui laisse augurer d’un potentiel de développement très important. 

De locataires à propriétaires

Autre entreprise peu connue, Hypoport, fondée par un entrepreneur très impliqué, exploite Europace, la plus grosse plateforme allemande de comparaison de crédits immobiliers. Aujourd’hui, plus de 40% des crédits immobiliers du pays transitent par cette plateforme qui perçoit une petite commission sur chaque transaction. Les banquiers et les courtiers en prêts immobiliers étant toujours plus nombreux à adopter Europace, cette dernière voit sa part de marché augmenter. 

En outre, même si l’Allemagne affiche encore la proportion de propriétaires la plus faible de l’UE, cette situation devrait changer du fait de la raréfaction de l’offre locative. Les familles qui souhaitent accéder à un logement plus spacieux n’ont guère d’autre choix que celui de devenir propriétaires. Europace pourrait donc largement bénéficier de cette évolution.

Couches sur couche

L’Europe abrite également des leaders mondiaux des semi-conducteurs qui proposent sans doute les  technologies les plus avancées au monde. Par exemple, ASM International (ASMI), entreprise proche, mais distincte d’ASML, le fameux fournisseur de systèmes avancés de fabrication de puces, est leader dans le dépôt de couches atomiques (ALD). Ce procédé qui permet de déposer des couches ultraminces, c’est-à-dire à l’échelle atomique, sur les plaquettes de semi-conducteurs représente une technologie d’une précision extraordinaire.

Or, il est essentiel dans la fabrication des microprocesseurs les plus avancés et ASMI bénéficie d’un quasi-monopole sur certains sous-segments, notamment les puces logiques qui sont le cerveau des smartphones et des centres de données. A mesure que les puces deviennent plus rapides et que l’IA gagne en puissance, la demande d’ALD augmentera, ce qui va stimuler les achats d’équipements d’ASM. 

Un tournant décisif 

Bien que les performances des marchés européens aient été décevantes ces dernières années, ce sont précisément ces marchés qui, selon nous, recèlent les plus grandes opportunités. Investir dans la croissance sur le Vieux continent peut être considéré comme une approche qui est actuellement très à contre-courant, mais nous sommes convaincus que les investisseurs qui ont un horizon d’investissement long seront finalement récompensés. En effet, si l’Europe n’a pas la même aura que le marché américain dominé par la «tech», elle dispose néanmoins de différents pôles d’excellence qui offrent des opportunités intéressantes pour les sélectionneurs de titres capables de faire preuve de patience.

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