La semaine dernière a été riche en événements. Des économistes aux observateurs des banques centrales, en passant par les analystes spécialisés dans la dette souveraine, les entreprises, la politique et la macroéconomie, tous les acteurs du marché ont eu de quoi s’occuper, alors que les gros titres, les conférences de presse et les publications de données se succédaient à un rythme effréné. Les investisseurs cherchaient des réponses concernant l’orientation politique, la santé des grandes économies, la pérennité des bénéfices des entreprises et du cycle de l’IA, ainsi que l’ampleur que prendra le resserrement monétaire des banques centrales.
Sur le plan politique, la semaine a démarré sur une note défavorable après que Lula a décroché de manière inattendue un quatrième mandat au Brésil, remportant le second tour de l’élection présidentielle avec 51,8% des suffrages valides. C’est la première fois qu’un candidat en retard après le premier tour parvient à renverser la tendance. Les investisseurs ont réagi négativement, effaçant tout l’optimisme intégré dans les cours après la solide performance de Flávio Bolsonaro au premier tour, le 4 octobre. Pour regagner la confiance des investisseurs, le gouvernement doit agir rapidement en mettant en place un plan budgétaire crédible, ce qu’il avait reporté lors de son précédent mandat. Parallèlement, un Congrès qui s’est encore davantage orienté vers la droite pourrait compliquer l’adoption du programme de politique sociale de Lula, ce qui risquerait d’entraîner quatre années perdues sans réformes structurelles majeures, le gouvernement s’appuyant alors sur l’État et les entreprises publiques pour stimuler la croissance et l’investissement. Cela vous semble familier?
En Europe, la France a reçu une bonne nouvelle lorsque Moody’s a maintenu la note du pays à Aa3 avec une perspective négative, déjouant les prévisions d’une dégradation, bien que l’agence ait averti que les divisions politiques pourraient compliquer la réduction du déficit et la maîtrise de la dette croissante. Parallèlement, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a annoncé qu’elle quitterait ses fonctions d’ici le 7 février 2027. Ce départ anticipé donne à Macron son mot à dire dans le choix de son successeur, ce qui contribue à garantir une direction pro-européenne tant à la BCE qu’à la Banque de France, tandis que Christine Lagarde, l’une des personnalités les plus populaires de France, sera libre d’apporter sa crédibilité au centre pro-européen.
Au Royaume-Uni, si le premier budget très attendu du Premier ministre Andy Burnham s’est déroulé dans la discrétion, repoussant avec succès à 2027 une refonte budgétaire complète, il semble au moins avoir atteint ses objectifs: apporter un certain soutien face à la hausse du coût de la vie et maintenir la confiance des marchés, pour l’instant!
En Israël, les élections ont abouti à un parlement sans majorité, ce qui correspond globalement aux sondages. Le bloc du Premier ministre Benjamin Netanyahu a remporté 53 sièges, devançant les 48 sièges du principal bloc d’opposition, mais sans atteindre les 61 sièges nécessaires pour gouverner, tandis que les partis arabes ont presque doublé leur représentation, passant à 19 sièges à la Knesset, qui en compte 120. Le président Isaac Herzog doit désormais décider à qui sera donnée la première chance de former une coalition. Si ni Benjamin Netanyahu ni Gadi Eisenkot, chef du plus grand parti d’opposition, Yashar, ne parviennent à atteindre les 61 sièges, de nouvelles élections pourraient avoir lieu au début de l’année prochaine. En attendant, Benjamin Netanyahu devrait rester Premier ministre par intérim, un rôle qui confère officiellement les mêmes pouvoirs qu’un gouvernement ordinaire, mais assorti d’une obligation de retenue.
En Iran, l’issue est devenue une épée de Damoclès à double tranchant: la guerre ou un accord, et la décision reste fermement entre les mains de Washington. Ce qui est apparu clairement la semaine dernière, c’est que les négociations se poursuivent à de nombreux niveaux. De hauts responsables d’Arabie saoudite, de Turquie et du Pakistan ont rencontré des représentants iraniens à Téhéran afin de promouvoir la stabilité régionale, le vice-président JD Vance dialogue avec l’un des partisans de la ligne dure les plus influents d’Iran pour relancer les pourparlers de paix, et, selon Axios, des médiateurs qatariens ont présenté à l’Iran un nouveau projet d’accord. Ce qui pourrait être sous-estimé, c’est un scénario de «gestion de crise» qui se prolongerait jusqu’en 2027, les deux parties se rapprochant petit à petit d’un accord.
Au-delà de la politique, les «trois grandes» banques centrales ont offert aux marchés une source potentielle de stabilité. Comme prévu, toutes trois ont maintenu leurs taux inchangés tout en laissant la porte ouverte à la possibilité de jouer les «Grinch de Noël» avec des hausses en décembre.
La Banque du Japon (BOJ), sans doute la plus «hawkish», a maintenu son taux cible à 1,25% à l’issue d’un vote de 8 contre 1, et son gouverneur Kazuo Ueda, dont le discours s’est révélé «hawkish», a laissé entrevoir un nouveau resserrement, déclarant que l’inflation sous-jacente avait atteint l’objectif de 2% fixé par la BOJ. Le rapport sur les perspectives a confirmé cette position, prévoyant une inflation égale ou supérieure à l’objectif sur l’horizon de prévision et maintenant son évaluation selon laquelle les risques sont orientés à la hausse. La surprise est venue de la décision de la BOJ de presque tripler le rythme de ses ventes de fonds négociés en bourse (ETF) à partir de janvier, pour atteindre environ 860 milliards de yens (5,5 milliards de dollars US) par an, même s’il lui faudrait encore environ 43 ans pour liquider ses avoirs.
La BCE, probablement la plus accommodante des trois, a maintenu son taux de dépôt à 2,50% et a semblé préparer le terrain pour mettre fin à son cycle de hausse des taux. Elle a adopté un ton accommodant concernant les effets de second tour du choc énergétique et a souligné que la hausse des rendements des obligations souveraines contribuait déjà en partie à son objectif en resserrant les conditions de financement. Elle a toutefois laissé la porte ouverte à une hausse en décembre, avertissant qu’un choc énergétique plus important et plus durable risquerait de faire grimper l’inflation et de freiner la croissance.
Le Comité fédéral de l’open market (FOMC), le plus équilibré des trois, a maintenu ses taux entre 3,75% et 4,00% à l’issue d’un vote de 10 voix contre 2, les deux dissidents étant favorables à une hausse. Son président, Kevin Warsh, a reconnu que les conditions financières s’étaient resserrées depuis la réunion de septembre, mais a déclaré qu’il n’était pas disposé à les qualifier de «tendues», laissant ainsi la possibilité d’une intervention en décembre fermement sur la table. Le communiqué comportait deux autres changements: une révision à la hausse de la description de l’activité économique, passant de «solide» à «forte», et une légère modification de la justification de la politique monétaire, accordant au Comité plus de temps pour recueillir des informations sur l’orientation appropriée tout en maintenant son engagement en faveur d’un retour «en temps opportun» à la stabilité des prix. La surprise est venue d’une modification du calendrier des réunions. En 2027, l’une des huit réunions de l’année sera consacrée à la stratégie, sans décision sur les taux, ce qui laissera sept réunions de politique monétaire, tandis qu’en 2028, il y aura six réunions de politique monétaire et deux sessions stratégiques.
Les marchés des swaps d’indice au jour le jour évaluent actuellement à 80% la probabilité de hausses en décembre tant de la part de la Banque du Japon que de la BCE, et à 75% celle de la Réserve fédérale, avec une nouvelle hausse de 25 points de base (pb) anticipée pour chaque banque centrale en 2027. Voir le graphique de la semaine.
Alors que les banques centrales évaluent les premiers effets du resserrement des conditions financières, l’autre constante de la semaine a été une croissance robuste, tant sur le plan économique qu’au niveau des entreprises. En Chine, les bénéfices industriels ont progressé de 14,4% en glissement annuel en septembre, soit le rythme le plus rapide depuis trois mois et une hausse par rapport aux 4,2% enregistrés en août. Des signes d’alerte étaient également visibles, les prix à la production ayant bondi de 5%, soit la plus forte hausse depuis 2022, tandis que la progression des bénéfices reste inégale, concentrée dans les secteurs liés à l’énergie et à l’IA.
Dans la zone euro, le PIB a progressé de 0,4% en glissement trimestriel au troisième trimestre, soit le double du rythme attendu par les analystes, même si les performances ont été mitigées, l’Allemagne ayant dépassé les attentes, l’Italie stagnant et la France enregistrant une contraction de 0,1%. La saison des résultats se poursuit également sur une bonne lancée, les valeurs de l’indice MSCI Europe devant afficher une hausse de 23% de leurs bénéfices au troisième trimestre, même si des tensions apparaissent ici aussi, en particulier chez les titres exposés à la consommation, touchés par un affaiblissement de la demande et les craintes inflationnistes.
Aux États-Unis, la croissance du PIB réel s’est accélérée pour atteindre 3,4% en rythme annualisé au troisième trimestre, contre 2,2% précédemment. Les investissements des entreprises liés à l’IA sont restés un moteur majeur de la croissance, les dépenses de consommation ont fait preuve d’une résilience extraordinaire à 3,8%, et la productivité semble s’améliorer. Au niveau des entreprises, avec plus de 60% des sociétés du S&P 500 ayant publié leurs résultats, la marge bénéficiaire nette moyenne pour le troisième trimestre s’établit à 14,9%, ce qui, si elle se confirme, serait le deuxième plus haut niveau de l’indice depuis le début du suivi en 2009. Aussi solides que soient ces chiffres, ils masquent une inquiétude croissante concernant le cycle de l’IA. Les investisseurs continuent de scruter les résultats à la recherche de signes de ralentissement et sanctionnent les actions présentant deux signaux d’alerte en particulier: des retombées de l’IA trop lentes à se concrétiser et des dépenses d’investissement (capex) augmentant trop rapidement. Alphabet et Intel ont chuté en raison du premier facteur, tandis que Meta et Amazon ont été pénalisées par le second, laissant Microsoft comme le grand gagnant de la semaine. Cela vient couronner un mois difficile pour les «Magnificent Seven», qui ont terminé le mois d’octobre en baisse de plus de 4%, tandis que le Dow Jones a progressé de près de 2%.
Graphique de la semaine: Banques centrales – La fin du resserrement en vue?
Hausses cumulées des taux anticipées par les marchés OIS pour les 12 prochains mois.

Source: Bloomberg, as of October 30, 2026. Implied 3-month forward OIS rate at each horizon minus current overnight fixing (SOFR, €STR, TONA). Muzinich views and opinions are subject to change. For illustrative purposes only.