Les prix de l'énergie restent élevés. Mais l'économie mondiale fait preuve de résilience. Au deuxième trimestre, la croissance suisse a même enregistré un bond de 1,5%. Même si le secteur pharmaceutique, très volatil, a de nouveau joué un rôle important dans cette évolution, les perspectives conjoncturelles semblent plus solides que prévu, avec des risques à la hausse significatifs pour notre prévision de PIB, qui s'établit à 0,8%. En parallèle, les prix de l'énergie font grimper l'inflation vers 1% en Suisse aussi. L'absence d'effets indirects liés aux prix de l'énergie ne devrait toutefois pas susciter de craintes inflationnistes au sein de la BNS, qui devrait donc, pour l'instant, rester en retrait.
Dans le sillage du choc des prix de l'énergie suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, les revendications salariales ont fortement augmenté en Europe à l'automne 2022. Les hausses de coûts qui en ont résulté pour les entreprises ont alors contribué, par le biais des effets de second tour, à maintenir l’inflation à un niveau élevé, ce qui a nécessité une intervention énergique de la politique monétaire. Les banques centrales suivent donc à nouveau de très près l'évolution des salaires même si la situation est actuellement bien moins tendue.
Il y a quatre ans, après la pandémie, les pénuries d'approvisionnement étaient bien plus généralisées, accompagnées d'une demande soutenue et d'un marché du travail tendu. Cette fois-ci, le choc de l'offre est avant tout limité aux produits de l’énergie; le taux d'utilisation des capacités reste inférieur à la moyenne et le marché du travail s’est affaibli. Par conséquent, lors des négociations salariales, la sécurité de l'emploi revêt généralement une plus grande importance que des hausses salariales plus fortes.
Outre la zone euro, cette évolution s'observe également en Suisse. Selon la dernière enquête sur les salaires réalisée par le Centre de recherche conjoncturelle de l'EPF de Zurich (KOF), qui par le passé s’est révélé un bon indicateur de l'évolution future des salaires, les entreprises prévoient d'augmenter les salaires de 1,2% en moyenne l'année prochaine.
Les prévisions sont donc même légèrement inférieures à celles de l'année dernière. Certes, il y a des différences entre les divers secteurs. Mais la plupart des prévisions oscillent autour du seuil de 1%. Le bâtiment se démarque en tête du classement avec un taux de 2,0%, en raison d'une conjoncture relativement plus favorable et d'une pénurie de main-d'œuvre qualifiée plus marquée. Dans l'hôtellerie-restauration, en revanche, après plusieurs années de forte croissance, les attentes salariales ne sont plus que légèrement supérieures à la moyenne. Malgré une dynamique salariale stagnante, les salariés suisses peuvent s'attendre à une hausse modérée de leur salaire réel dans la plupart des secteurs, car l'inflation devrait rester inférieure à 1% en moyenne annuelle en 2027. Les gains de pouvoir d'achat devraient toutefois être bien moindres qu'au cours des trois dernières années.