Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une hausse des prix de l’énergie et renforcé l’incertitude géopolitique. Si les perspectives d’un accord de paix avaient initialement contribué à apaiser les marchés, les récents développements dans la région ont de nouveau rendu la situation plus fragile.
Les marchés semblent néanmoins intégrer une réouverture durable du détroit d’Ormuz et les craintes de perturbations des chaînes d’approvisionnement s’atténuent. La baisse des prix de l’énergie est particulièrement favorable aux économies importatrices, notamment en Europe et en Asie.
La situation reste cependant incertaine: les flux de pétrole, de GNL et d’engrais transitant par le détroit demeurent nettement inférieurs à leurs niveaux d’avant le conflit et la conclusion d’un accord de paix durable reste difficile à envisager à ce stade.
Un choc inflationniste essentiellement temporaire
Malgré son ampleur, le choc inflationniste devrait rester temporaire et ne pas avoir d’effet durable sur les anticipations. Les surcapacités structurelles des pays producteurs de pétrole, combinées à la baisse de leur consommation intérieure, exercent une pression baissière sur les prix à long terme.
L’intention affichée par plusieurs pays de l’OPEP de quitter le cartel pourrait également, à terme, leur permettre de s’affranchir des quotas de production et maintenir une pression sur les cours du brut.
Le niveau auquel le Brent se stabilisera restera néanmoins déterminant pour la trajectoire de l’inflation. À 70 dollars le baril, l’inflation moyenne atteindrait 2,3% dans la zone euro et 3% aux États-Unis en 2026. Avec un pétrole proche de 80 dollars, elle s’élèverait respectivement à 2,5% et 3,2%.
Les effets de second tour devraient toutefois rester limités. La normalisation des tensions sur les marchés du travail et le ralentissement des salaires devraient notamment contribuer à contenir l’inflation sous-jacente.
Aux États-Unis, la situation est plus contrastée: environ 60% des biens et services composant l’indice des prix affichent encore une hausse supérieure à l’objectif de la Réserve fédérale. Ces tensions semblent davantage liées à la vigueur de la demande intérieure et à des effets résiduels sur les prix qu’au choc énergétique lui-même. Elles devraient toutefois s’atténuer au second semestre.
L’investissement technologique creuse l’écart
La divergence économique transatlantique devrait s’accentuer au cours de l’année. Les États-Unis bénéficient à la fois de l’ampleur des investissements réalisés par leurs entreprises et de leur statut de premier producteur mondial de pétrole et de gaz.
Les perspectives de croissance mondiale restent soutenues par les investissements considérables nécessaires à la transition technologique. Les trajectoires régionales en 2026 et 2027 devraient ainsi dépendre largement des dépenses consacrées aux nouvelles technologies de l’information et de la communication ainsi qu’à la propriété intellectuelle.
La dynamique américaine reste particulièrement forte, notamment dans les infrastructures informatiques et le stockage de données, portés par les «hyperscalers». La zone euro progresse elle aussi dans les investissements liés à la propriété intellectuelle, mais reste plus exposée au choc énergétique.
Les ménages américains apparaissent également mieux protégés que leurs homologues européens. Les mesures fiscales adoptées l’an dernier et l’effet de richesse lié à leur plus forte exposition aux marchés actions contribuent à soutenir la demande intérieure américaine.
L’économie américaine devrait ainsi continuer à croître légèrement au-dessus de son potentiel en 2026. La croissance de la zone euro et du Japon devrait rester plus modeste en raison notamment de marges budgétaires limitées, d’une confiance plus faible des ménages et des entreprises et d’investissements relativement prudents.
Fed, BCE et BoJ: des cycles différents
Les grandes économies ne se trouvent pas au même stade du cycle.
Aux États-Unis, la hausse cyclique du chômage s’accompagne d’une désinflation, ce qui justifie l’attentisme de la Réserve fédérale. Cette position relativement neutre contraste avec l’orientation plus restrictive adoptée par la BCE au cours de l’année.
Dans la zone euro, les agrégats de prix et le chômage diminuent simultanément. Au Japon, l’économie reste en revanche en situation de surchauffe, avec une inflation en hausse et un chômage en baisse. Cette configuration plaide pour une poursuite de la normalisation de la politique monétaire par la Banque du Japon.
Ces différences de politique monétaire devraient également contribuer à accentuer les écarts de croissance entre les grandes régions économiques.
Une possible reconvergence en 2027
Le scénario central prévoit une divergence des cycles économiques en 2026, avec les États-Unis d’un côté et le reste du monde de l’autre, avant une possible reconvergence en 2027.
La vigueur persistante de la demande intérieure américaine devrait néanmoins soutenir dans une certaine mesure l’économie de la zone euro par le biais du commerce extérieur. La croissance mondiale devrait rester proche de 3%.
Dans les économies émergentes, une autre divergence devrait apparaître: celles qui sont exposées aux nouvelles technologies et aux infrastructures numériques devraient mieux résister, tandis que les économies moins intégrées à ce cycle pourraient souffrir davantage de la normalisation des prix des matières premières.
Scénario central – Prévisions de croissance réelle du PIB

L’inflation devrait se stabiliser
L’inflation observée au premier semestre, conjuguée aux effets du conflit au Moyen-Orient, devrait se stabiliser jusqu’au début de 2027, à mesure que les tensions diminuent et que les pressions sur les chaînes d’approvisionnement s’atténuent.
Les prix de certaines catégories de biens, notamment les capacités de stockage et de calcul informatique, devraient continuer à augmenter. L’essentiel de l’inflation sous-jacente devrait toutefois rester contenu, les effets de transmission via les salaires ou un rationnement des biens et services disponibles étant jugés peu probables à ce stade.
Scénario central – Prévisions d’inflation globale
Rédigé en juillet