Les banques centrales savent que la consommation – moteur de la croissance – dépend de l’emploi, et les entreprises, encore échaudées par l’incertitude, hésitent à embaucher. D’où cette interrogation: la Génération Z est-elle fautive, ou n’est-elle que le révélateur d’un système devenu frileux et peu mobile?
Aux États-Unis, le diagnostic est clair: l’économie ne licencie pas massivement, mais n’embauche plus franchement. Les recruteurs préfèrent conserver des salariés expérimentés plutôt que d’intégrer des débutants, ce qui pénalise d’abord les jeunes diplômés et les publics les plus fragiles. L’intelligence artificielle sert souvent d’explication commode, mais elle n’est qu’un facteur secondaire: le vrai moteur de la pause, c’est la prudence. Les portes ne claquent pas, elles cessent de s’ouvrir.
La Génération Z – née entre 1997 et 2012 – arrive pourtant armée: plus éduquée, plus mobile, plus connectée, et attachée à l’équilibre de vie. Mais elle se heurte à un marché saturé de profils seniors et à des grilles salariales comprimées. Contrairement aux clichés, le problème n’est pas l’«envie»: c’est l’absence de perspectives claires. Les promesses d’ascension liées au diplôme se sont émoussées, et l’on assiste à une désillusion silencieuse: la réussite dépend moins du mérite que de l’accès, rare, à la première opportunité.
Le paradoxe est surtout américain. En Europe, au Japon ou au Royaume-Uni, le chômage des jeunes recule, tandis qu’il grimpe outre-Atlantique. Le marché se fige: moins de démissions, moins de recrutements, moins de mobilité. Il faut plus de temps pour décrocher un premier poste, et le phénomène touche du commerce à la tech. Résultat: un pays en croissance qui peine à transformer cet élan en embauches d’entrée de carrière.
L’IA n’est pas l’ennemi public numéro un. Elle accentue certes l’écart entre compétences pointues et débuts de carrière, mais le présent blocage tient d’abord au cycle: incertitude, coûts, recherche de productivité sans prise de risque. Automatiser à la marge et geler l’effectif paraît plus «rationnel» que former des juniors. Ce choix crée une double peine pour les jeunes: une économie immobile et une technologie qui avance sans eux.
Sous la surface, la pression s’accumule. Études chères, loyers élevés, salaires d’entrée modestes, dettes étudiantes: le mauvais départ laisse des «cicatrices» durables sur revenus et trajectoires. Après 2008, il a fallu des années pour combler l’écart; cette fois, la reprise est plus lente car le blocage est structurel. Une génération commence sa vie active avec le sentiment d’avoir manqué le train – et ce déficit d’élan finit par peser sur la croissance.
Dans le même temps, les métiers manuels revivent. Électriciens, plombiers, mécaniciens, techniciens: les rémunérations montent, l’employabilité est forte, l’autonomie réelle. De plus en plus de jeunes choisissent la voie du savoir-faire plutôt que d’attendre un bureau hypothétique. Ce n’est pas une fuite, c’est une adaptation: redonner de la valeur au concret, à l’entrepreneuriat local, à l’apprentissage.
Le blocage intergénérationnel, lui, coûte cher: le capital humain se fige, l’innovation ralentit, la transmission s’effiloche. Les entreprises réduisent l’effort de formation, les seniors prolongent, les jeunes patientent, et la productivité se dégrade. La banque centrale peut amortir – sans rallumer l’inflation – mais elle ne peut pas tout: la réponse doit être économique et sociale.
Par où commencer? Par réarmer l’apprentissage, inciter fiscalement l’embauche de juniors, valoriser les passerelles entre filières générales et techniques, accélérer la formation continue sur les compétences IA-adjacentes. Surtout, restaurer la confiance: la génération Z ne réclame pas des privilèges, mais une chance de prouver sa valeur. Non, elle n’est pas «responsable» du chômage ; elle en subit le contrecoup dans un système devenu trop averses au risque. Si l’économie ne retrouve pas l’envie de transmettre et d’investir dans ses jeunes, elle perdra plus que des emplois: elle perdra sa jeunesse – et avec elle, une partie de son avenir.