Elargissement des gains dans un contexte de tensions géopolitiques croisées

Patrick Quensel, MBaer

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Les marchés financiers, qui avaient terminé 2025 sur une note prudemment optimiste, ont été immédiatement replongés dans l’incertitude.

Le mois de janvier n’a pas commencé dans le calme, mais par une rupture marquée. Les marchés financiers, qui avaient terminé 2025 sur une note prudemment optimiste, ont été immédiatement replongés dans l’incertitude, les risques géopolitiques revenant au premier plan. Dès les premiers jours de l’année, les États-Unis ont lancé une opération militaire sans précédent au Venezuela, aboutissant à l’arrestation du président Nicolás Maduro et à une prise d’influence controversée sur la transition politique du pays.

Parallèlement, les changements de cap politique et la rhétorique en provenance de Washington concernant le commerce et les ambitions territoriales ont ravivé les craintes de turbulences plus larges. Des menaces de droits de douane à l’encontre d’alliés de l’OTAN, dans le cadre d’un différend autour du Groenland, ont relancé les inquiétudes quant aux relations économiques entre les États-Unis et l’Europe. En janvier, il en a résulté une interaction frappante entre des données économiques stables et un sentiment de risque nerveux: les marchés ont oscillé entre soulagement face à des indicateurs solides et sensibilité accrue aux développements politiques, redevenus déterminants dans la valorisation des actifs mondiaux.

Actions

Les actions mondiales ont entamé 2026 avec des gains solides en apparence. L’indice MSCI AC World a progressé de 3% en janvier, soutenu par des données d’activité supérieures aux attentes et par un ralentissement de l’inflation. Aux États-Unis, le S&P 500 a terminé le mois en hausse de 1,4% en rendement total, tandis que le Nasdaq a gagné 1,0%. À première vue, ces chiffres sont constructifs. Toutefois, la dispersion des performances a été marquée. Les petites capitalisations ont nettement surperformé: le Russell 2000 a progressé de 5,3% – l’un des meilleurs débuts d’année pour ce segment depuis des décennies. À l’inverse, les «Magnificent 7» n’ont progressé que d’environ 1%, signe que le leadership du marché ne se limite plus à un petit groupe de mégacapitalisations.

Au sein des secteurs américains, l’énergie s’est distinguée, portée par une hausse de 16,2% du prix du Brent. Les matériaux ont également surperformé, notamment grâce à des révisions à la hausse des attentes bénéficiaires pour 2026. La faiblesse la plus notable s’est toutefois concentrée dans le secteur des logiciels, avec une surperformance record des semi-conducteurs par rapport aux logiciels de près de 30% en janvier. Le recul des logiciels s’explique moins par une détérioration des fondamentaux que par des craintes de concurrence accrue liée aux agents d’intelligence artificielle. Les investisseurs s’interrogent sur la capacité des modèles SaaS traditionnels à préserver leur pouvoir de fixation des prix dans un environnement technologique en évolution rapide. Dans plusieurs cas, de solides résultats ont été accueillis par des réactions boursières négatives, illustrant le niveau élevé des attentes.

Cette rotation reflète une réévaluation plus large du risque de duration. Les logiciels et autres segments de croissance à duration longue avaient bénéficié d’une expansion significative des multiples en 2025. La revalorisation observée en janvier suggère que les investisseurs exigent des preuves plus tangibles que les lourds investissements liés à l’IA (le consensus anticipe 561 milliards USD de dépenses des hyperscalers en 2026, soit +38% sur un an) se traduiront par une expansion durable des marges plutôt que par une simple hausse des bases de coûts.

L’indice STOXX Europe 600 a progressé de 3,2% en monnaie locale, les banques affichant +5,5%, soutenues par des marges d’intérêt nettes stables et une meilleure visibilité budgétaire dans certaines parties de la zone euro. Les ressources de base et l’énergie ont également mené la hausse, portées par la progression des prix des matières premières et par les anticipations de dépenses accrues en matière de défense. Les bénéfices européens ont légèrement dépassé les attentes jusqu’à présent, bien que le taux de surprise positive reste inférieur à celui observé aux États-Unis.

Le Japon a également fait figure de point fort, avec un Nikkei en hausse de 5,9%. L’amélioration de la gouvernance d’entreprise, les évolutions monétaires et des révisions bénéficiaires positives ont soutenu la performance, renforcées par des mesures budgétaires substantielles.

Les marchés émergents ont enregistré les meilleures performances régionales. L’indice MSCI Emerging Markets a progressé de 8,9% – sa meilleure performance en janvier depuis 2022 – surclassant largement les marchés développés. L’indice brésilien Bovespa a bondi de 12,6%, tandis que les marchés asiatiques ont également affiché des gains solides. La surperformance des marchés émergents par rapport aux marchés développés, de 7% en janvier, constitue un phénomène rare, inédit depuis le début des années 2000.

Obligations

Les obligations n’ont apporté qu’un soutien modéré aux portefeuilles, des données économiques plus robustes et des inquiétudes budgétaires renouvelées ayant limité les rendements. L’indice Bloomberg Global Aggregate a progressé de seulement 0,9% en dollars américains, masquant d’importantes divergences régionales. Les bons du Trésor américain ont évolué globalement à l’équilibre, les rendements à court terme augmentant à mesure que les anticipations d’une première baisse de taux de la Réserve fédérale étaient repoussées. Au Japon, les obligations d’État ont connu leur plus mauvais début d’année depuis le milieu des années 1990, les emprunts à 10 ans reculant de 1,3% sur fond de préoccupations budgétaires croissantes et de volatilité électorale. En revanche, les emprunts souverains de la zone euro ont bénéficié d’une inflation plus modérée et d’anticipations d’assouplissement supplémentaire de la BCE, l’indice large des obligations souveraines en euro progressant de 0,7%.

Matières premières et devises

Les métaux précieux ont dominé la performance interclasses en janvier. L’or a progressé de 13,3% sur le mois – sa plus forte hausse mensuelle depuis septembre 1999 – atteignant brièvement un record intrajournalier proche de 5.600 USD l’once avant de se replier en fin de mois. L’argent a avancé de 18,9%, reflétant à la fois la demande de valeurs refuges et sa sensibilité plus élevée aux perspectives industrielles. La hausse a été alimentée par une combinaison d’escalades géopolitiques autour du Venezuela et de l’Iran, par un débat renouvelé sur l’indépendance de la Réserve fédérale et par un net affaiblissement du dollar américain. Les achats des banques centrales – notamment dans les marchés émergents – ont continué d’apporter un soutien structurel, renforçant le rôle de l’or non seulement comme couverture contre l’inflation, mais aussi comme assurance face à l’incertitude institutionnelle et géopolitique. L’ampleur du mouvement, conjuguée à une volatilité élevée au cours du mois, illustre la rapidité avec laquelle les positionnements peuvent évoluer lorsque les primes de risque macroéconomiques se réajustent.

Sur le marché des changes, l’indice du dollar a reculé de 1,4% en janvier, le billet vert s’affaiblissant face à toutes les autres devises du G10. L’euro s’est apprécié jusqu’à environ 1,185 USD en fin de mois, tandis que la livre sterling a gagné 1,6% face au dollar. Les devises des marchés émergents se sont également raffermies dans un contexte d’afflux soutenus vers les actions et d’amélioration de l’appétit mondial pour le risque. L’environnement de dollar plus faible a offert un soutien supplémentaire aux matières premières et aux actifs émergents, renforçant le thème général de diversification hors d’une exposition concentrée aux États-Unis qui a caractérisé le début de l’année 2026.

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