«L’histoire est pleine de surprises, l’avenir tout autant», George W. Bush.
Ce ne sont pas des prévisions, mais des scénarios macroéconomiques, géopolitiques ou de marché non-anticipés par les investisseurs.
Surprise #1: La plupart des tarifs douaniers américains sont supprimés
La victoire de Trump en 2024 comme les récents succès démocrates sont tous deux liés au mécontentement des électeurs face à la hausse du coût de la vie. Les entreprises, entre-temps, gèlent leurs investissements jusqu’aux élections mi-mandats (les «midterms» de 2026), craignant une révision des règles commerciales. Cette pause pèse sur l’économie et augmente les chances d’une défaite républicaine. Trump en est conscient. Si les républicains perdent les midterms, un Congrès démocrate démantèlerait probablement sa stratégie tarifaire.
Les républicains sont conscients de la pression sur les ménages et du fait que les droits de douane se répercutent directement sur les prix. L’administration est donc poussée à accélérer les négociations commerciales avant les midterms, d’autant que plane la crainte qu’une défaite n’entraîne une série de procédures de destitution menées par une Chambre démocrate.
Dans ce contexte, des accords «acceptables» deviennent envisageables avec le Canada, le Mexique, le Brésil ou l’Inde, même s’ils manquent de substance, comme ceux signés avec le Royaume-Uni, l’UE ou le Japon.
L’orientation générale serait une baisse des droits de douane, perçue comme favorable à la croissance. Les marchés salueraient ce changement, prolongeant le rallye boursier.

Surprise #2: Kevin Warsh devient président de la Fed, et les marchés l’adoubent
Double surprise: d’abord, Kevin Warsh est nommé à la tête de la Fed, et non le favori annoncé, Kevin Hassett. Ensuite, sa nomination est accueillie très positivement par les marchés. Au lieu de s’inquiéter d’une perte d’indépendance de la Fed vis-à-vis de la Maison-Blanche, les investisseurs y voient le début d’une ère monétaire plus pro-croissance.
La Fed actuelle est critiquée pour avoir été «trop lente» à baisser les taux, comme elle l’avait été pour les avoir laissés «trop bas» après la pandémie, alimentant l’inflation.
Les marchés finissent aussi par comprendre que, malgré la main de Trump dans les nominations, la Fed reste indépendante. Sur les sept membres du Board, quatre seront nommés par Trump, mais le FOMC compte encore cinq votants hors de son influence. On reste loin de banques centrales sous contrôle politique comme en Chine ou au Japon.
L’arrivée de Warsh, et son orientation vers la croissance, entraîne trois changements que les marchés apprécient:
- Des baisses de taux plus rapides et plus fortes,
- Une tolérance à une inflation un peu plus élevée, jusqu’à 2,5%,
- Un président jugé expérimenté et beaucoup mieux perçu par Wall Street que Powell, souvent vu comme impopulaire ou arrogant.


Surprise #3: Le rebond du dollar
À rebours des prévisions baissières dominantes, le dollar pourrait fortement rebondir en 2026, soutenu par trois facteurs largement sous-estimés.
- L’économie américaine continue de surperformer l’Europe, le Japon et le Royaume-Uni, portée par des investissements massifs orientés vers l’avenir (comme les 350 milliards USD dans l’infrastructure IA en 2025). Les États-Unis restent l’aimant absolu du capital mondial.
- Le dollar reste l’une des rares grandes devises offrant un rendement réel positif, contrairement à l’euro, au yen ou au franc suisse.
- Selon le FMI, le dollar serait sous-évalué d’environ 10% (par exemple un USDCHF visé à 0,95). L’idée de «dédollarisation» perd toute crédibilité faute d’alternative offrant la stabilité politique et juridique du dollar.
La dynamique politique amplifie ce mouvement. Un dollar fort atténue la pression sur le coût de la vie avant les midterms, et la baisse des tarifs comme l’arrivée d’un nouveau président de la Fed réduisent le risque politique.
Ce rebond du dollar soutient les exportateurs européens, tandis qu’un franc suisse affaibli permet aux actions helvétiques de signer l’une des meilleures performances mondiales en monnaie locale.

Surprise #4: Le retour de l’économie réelle
Une rotation majeure s’opère sur les marchés actions, portée par le retour en force de l’économie réelle. L’accélération de 2026 dépasse les scénarios les plus optimistes, grâce à une conjonction rare de trois leviers politiques.
- Politiques monétaires plus accommodantes: Après des années à combattre l’inflation, les grandes banques centrales enchaînent les baisses de taux en 2026. Le crédit moins cher relance l’investissement et stimule directement les secteurs cycliques et capitalistiques.
- Soutien budgétaire massif: Les gouvernements injectent des fonds dans l’infrastructure, l’industrie, la R&D, la défense et les technologies vertes, stimulant la demande mondiale.
- Dérégulation ciblée: Un cadre plus favorable aux marchés, notamment pour la finance et l’énergie, libère du capital et encourage la prise de risque.
Cet alignement provoque une rotation. Les valeurs value et cycliques surperforment les géants de la tech jusqu’à l’été 2026. Les secteurs industriels, financiers, des matériaux et de l’énergie bénéficient pleinement de la croissance, de taux bas et d’une réglementation assouplie. Leurs valorisations plus modestes renforcent leur attrait. Les small et mid caps suivent le mouvement.
Les marchés développés hors États-Unis (Europe, Japon) ainsi que les émergents affichent de solides performances, grâce à leur moindre concentration technologique et leur exposition accrue aux secteurs cycliques.
Une économie mondiale plus vigoureuse, tirée par la fabrication et l’infrastructure, stimule la demande de matières premières: pétrole, métaux industriels (cuivre, aluminium) et métaux précieux.
Mais ce boom de l’économie réelle génère aussi son propre risque: une montée des anticipations d’inflation et des taux obligataires. À mesure que la demande dépasse l’offre, les banques centrales doivent redevenir hawkish. Les rendements obligataires rebondissent, rendant les obligations plus attractives et pesant sur les valorisations actions.
Ce retour brutal des taux à la mi-2026 déclenche une correction générale et met fin au cycle de surperformance de l’économie réelle, ouvrant la voie à un régime de marché plus volatil et potentiellement différent structurellement.

Surprise #5: Le boom de productivité arrive plus vite que prévu
En 2026, le fameux boom de productivité apparaît enfin dans les chiffres, porté par un nouveau modèle de travail où humains, agents IA et robots se complètent.
Les entreprises commencent à annoncer des gains de productivité de 20 à 40%, les agents IA prenant en charge des pans entiers de workflows (service client, comptabilité, logistique). La surprise vient de la vitesse à laquelle les robots suivent. Des machines industrielles bon marché, flexibles et autonomes envahissent entrepôts, usines et centres de distribution, réduisant drastiquement les coûts et augmentant les volumes produits.
IA pour le cognitif, robots pour le physique. Ensemble, ils génèrent un saut d’efficacité. Les marges s’envolent avant les renégociations salariales, et les entreprises relèvent fortement leurs prévisions de bénéfices.
Les marchés réagissent aussitôt. Les multiples technologiques se réévaluent à la hausse, et les rendements obligataires baissent, les investisseurs anticipant qu’un choc de productivité durable contiendra l’inflation.
L’économie entre ainsi dans une phase rare de «boom déflationniste»: une production en pleine accélération combinée à une désinflation.

Surprise #6: Les entreprises américaines et européennes adoptent massivement le modèle chinois d’IA «open-source»
En 2026, le monde réalise que les États-Unis ont commis une erreur en misant sur des modèles fermés, massifs et propriétaires comme ChatGPT ou Gemini. Leur taille et leur coût de calcul les rendent difficiles à déployer en dehors des très grandes entreprises.
La Chine suit une stratégie opposée. Elle développe des modèles plus petits, moins chers (DeepSeek, Qwen d’Alibaba) offrant une puissance réellement exploitable dans des usages quotidiens. Leur architecture plus simple et leur faible nombre de paramètres les rendent bien plus économiques, renforcés par des coûts énergétiques inférieurs.
La Chine publie ses modèles en «open-weights», c’est-à-dire avec accès libre aux paramètres. Les entreprises peuvent ainsi les exécuter localement, les ajuster à leurs besoins et les intégrer rapidement, une flexibilité que les modèles américains fermés n’offrent pas.
Les sociétés américaines et européennes se tournent donc progressivement vers ces modèles chinois. À l’image d’Airbnb, elles deviennent adeptes de Qwen, qui répond à leurs exigences de rapidité et de coûts réduits.
Cette adoption remet en cause le dogme selon lequel «plus c’est grand, mieux c’est». Le marché commence à comprendre que les modèles d’OpenAI, Anthropic ou Alphabet perdent leur avantage compétitif. Les investisseurs se retirent progressivement des valeurs liées à l’écosystème OpenAI (Nvidia, Oracle, etc.), déclenchant une forte correction du Nasdaq.

Surprise #7: L’échec du fonds européen d’infrastructure
L’Allemagne a lancé cette année un vaste plan de relance budgétaire, centré sur la modernisation de la défense et l’investissement infrastructurel, avec des aménagements législatifs pour contourner le frein à l’endettement. Cette stratégie avait ravivé un certain optimisme sur la croissance européenne.
Mais les marchés découvrent progressivement que le fonds spécial allemand de 500 milliards d’euros ne finance pas de véritables investissements nouveaux et productifs. Une grande partie sert simplement à compenser des dépenses existantes du budget central, évitant des coupes ailleurs. Le reste finance des mesures discutables, plus proches de la consommation publique que d’investissements à forte productivité.
L’Allemagne reste freinée par de lourdes contraintes: réglementations, coûts énergétiques élevés, secteur privé morose. En parallèle, les tarifs américains commencent à peser.
L’économie allemande replonge alors en récession, le chômage explose et la fragile coalition du gouvernement de Merz s’effondre, provoquant de nouvelles élections anticipées. L’AfD obtient plus de 35% des voix et prend le pouvoir.
Les marchés réagissent: ventes massives sur la dette souveraine et les actions européennes, élargissement des spreads de crédit, et effondrement de l’euro (EUR/CHF à 0,85). Le choc entraîne une récession mondiale.

Surprise #8: Les États-Unis lancent une intervention militaire au Venezuela
Les prix du pétrole s’envolent temporairement après des frappes américaines sur des installations stratégiques. Une fois un gouvernement pro-américain installé, le Venezuela, titulaire des plus grandes réserves de pétrole au monde, augmente rapidement sa production, baissant les prix. L’opération sert parfaitement l’agenda de Trump: contenir l’inflation et évincer Maduro.

Surprise #9: La fusion nucléaire bouleverse la géopolitique mondiale
Une percée majeure dans la fusion en 2026, notamment l’atteinte du «break-even» d’ingénierie dans un réacteur compact et scalable, accélérerait l’arrivée d’une source d’énergie illimitée, sûre et décarbonée.
Ce changement de calendrier viendrait du succès d’acteurs privés comme Commonwealth Fusion Systems (CFS) ou Helion, qui suivent des approches technologiques rapides et variées. La validation de leurs concepts ferait basculer la fusion d’un domaine de recherche longue durée vers une phase d’industrialisation et de commercialisation accélérée.
Les conséquences seraient multiples:
- L’influence et la richesse des États pétroliers s’éroderaient fortement, leur modèle économique étant fragilisé par une énergie abondante et non fossile.
- Les pays accéderaient à une quasi-autonomie grâce à des combustibles courants (deutérium, lithium). Le rapport de force se déplacerait du contrôle des hydrocarbures vers la maîtrise des technologies de fusion, avec une compétition accrue entre les États-Unis, l’Europe et la Chine.
- Une énergie décarbonée, bon marché et disponible en continu ferait sauter la contrainte du coût énergétique pour l’industrie lourde (acier, ciment), le dessalement ou la capture du carbone.
- La fusion permettrait d’alimenter sans compromis environnemental les besoins exponentiels en énergie de l’IA avancée, du supercalcul et des data centers, soutenant durablement la croissance de l’économie digitale.

Source: TAE Technologies
Surprise #10: Occupy Wall Street 2.0 conduit au lancement d’un revenu minimum universel
Le mouvement Occupy Wall Street (OWS), né en 2011 à Zuccotti Park, dénonçait les inégalités économiques, le pouvoir des grandes entreprises et l’influence de l’argent en politique. Il révélait une profonde défiance envers le secteur privé après la Grande Récession.
Quinze ans plus tard, la frustration face à une économie en K déclenche une nouvelle vague de contestation dans les grandes capitales mondiales. Pour apaiser la colère, les États-Unis et plusieurs pays du G7 instaurent un revenu minimum universel.
La mesure calme la révolte, mais les marchés réagissent immédiatement: hausse des anticipations d’inflation, creusement des déficits, explosion de la dette publique. Actions et obligations plongent à l’échelle mondiale, peu avant les élections de mi-mandat américaines.
