Des prévisions de croissance en amélioration, un signal clé pour les marchés

Felipe Villarroel, TwentyFour AM (Boutique Vontobel)

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L’incertitude liée aux tarifs douaniers s’est quelque peu réduite ces dernières semaines. Plusieurs pays disposent désormais d’une meilleure visibilité sur les nouvelles règles du jeu.

 

Les marchés ont pris connaissance des indices PMI préliminaires pour le mois d’août. Les chiffres publiés sont globalement positifs. En Europe, la France et l’Allemagne ont affiché des indices PMI composites (moyenne pondérée des sous-composantes manufacturière et services) supérieurs à ceux de juillet et aux prévisions de consensus Bloomberg. Même constat pour l’indice composite de la zone euro. Bien qu’ils ne soient pas spectaculaires (France 49,8; Allemagne 50,9; zone euro 51,1), ces niveaux traduisent néanmoins une certaine résilience, avec une croissance avoisinant 1%. Le Royaume-Uni se distingue par une nette hausse de son indice composite, ressorti à 53,0, grâce au meilleur PMI des services en douze mois. Aux États-Unis, les chiffres ont également surpris positivement: alors que le consensus Bloomberg anticipait un recul du composite de 55,1 à 53,5 sous l’effet attendu des droits de douane sur le moral des entreprises, l’indice a en réalité progressé à 55,4.

L’incertitude liée aux tarifs douaniers s’est quelque peu réduite ces dernières semaines. Plusieurs pays disposent désormais d’une meilleure visibilité sur les nouvelles règles du jeu, même si elles ne reposent encore que sur des accords préliminaires et que le climat global demeure incertain. De plus, à mesure que les prévisionnistes affinent leurs estimations, la conclusion dominante est que l’impact sur la croissance devrait être moins marqué qu’escompté. Prenons l’exemple de la Chine, économie très ouverte: 19 % de son PIB provient des exportations, dont un peu plus de 10% à destination des Etats-Unis. Ce sont donc environ 2,5% du PIB qui sont théoriquement exposés. En Allemagne, les exportations de biens ont atteint 1 550 milliards d’euros l’an dernier, dont 161 milliards vers les États-Unis, soit environ 3,5% du PIB. Nous ne pensons pas que ces flux disparaîtront totalement et, même en cas de baisse des volumes vers les Etats-Unis, une partie des exportations pourrait être redirigée vers d’autres marchés.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les prévisions de croissance soient revues à la hausse. Après des révisions assez sévères au printemps, les projections pour 2025 se redressent depuis quelques semaines. Le consensus Bloomberg prévoit désormais une croissance de 1,1% pour la zone euro, contre 1,0% en début d’année, alors que les attentes tarifaires étaient bien moindres. Le Royaume-Uni est attendu en hausse de 1,2%, modeste mais acceptable. En Chine, la prévision est passée de 4,5% à 4,8 %. Aux Etats-Unis, après avoir touché un point bas à 1,35% en mai, la projection est remontée à 1,55%. Même si l’économie américaine reste robuste, elle a subi la révision la plus marquée du G7: en mars, on attendait encore une croissance de 2,3%. Ces ajustements n’approchent toutefois en rien d’un scénario de récession.

Pour les marchés, ces données sont significatives. Les spreads se situent nettement en dessous de leurs moyennes de long terme; il est donc essentiel que les nouvelles macroéconomiques demeurent cohérentes avec ce niveau de valorisation. L’amélioration des prévisions de croissance conforte l’idée que les droits de douane relèvent davantage d’un problème microéconomique, touchant certains secteurs de plein fouet, que d’un choc macroéconomique généralisé impliquant une contraction du crédit bancaire, une hausse des défauts et une probabilité accrue de récession. Cela dit, les projections intègrent déjà un ralentissement au second semestre, notamment aux Etats-Unis. Si la croissance reste largement au-dessus des niveaux récessionnistes, la publication de résultats d’entreprises moins flatteurs pourrait néanmoins déclencher des épisodes de volatilité. Il convient donc de conserver de la liquidité et de se tenir prêt à saisir les opportunités qui pourraient émerger.

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