De la compliance au cœur même: pourquoi la durabilité définit désormais la valeur des infrastructures

Maria Nazarova-Doyle, IFM Investors

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Pendant des années, la stratégie climatique a donné la priorité à l'atténuation. Aujourd'hui, l'adaptation passe au premier plan.

Aéroport de Brisbane, Australie.

 

Dans le domaine de l'investissement dans les infrastructures, les changements se produisent rarement du jour au lendemain. Mais ces dernières années, une évolution est impossible à ignorer: la durabilité est passée d'une considération secondaire à un pilier central de la création de valeur à long terme. Les risques climatiques sont désormais une réalité comptable, les attentes sociales peuvent influencer les résultats des projets en temps réel et les défaillances de gouvernance peuvent compromettre des actifs destinés à durer plusieurs générations. Cette transformation est encore plus prononcée en Europe, où la réglementation et les attentes du marché accélèrent l'intégration des principes de durabilité dans les décisions d'investissement.

PM700, une enquête mondiale menée auprès de 700 des plus grands investisseurs institutionnels du monde, confirme cette tendance. Septante pour cent des investisseurs considèrent désormais la durabilité comme un élément central de leur approche d'investissement, et ce chiffre atteint 78% en Europe. Le rapport révèle également que 75% des investisseurs européens considèrent la transition énergétique comme inéluctable, même face aux récents changements politiques, soit un pourcentage supérieur aux 69% d'investisseurs partageant le même point de vue à l'échelle mondiale.

Malgré la diversité des réglementations et des appétits pour le risque d'une région à l'autre, les investisseurs considèrent systématiquement la durabilité comme un moteur de la performance financière et un outil essentiel pour gérer les risques à long terme. La durabilité a largement dépassé le simple cadre de la conformité; elle est devenue un impératif stratégique et une priorité pour les investisseurs.

Où en sommes-nous aujourd'hui?

Les investisseurs dans les infrastructures gèrent des actifs destinés à servir les communautés à long terme. Pour bien faire cela, il faut plus qu'une expertise financière. Il faut des relations solides avec les communautés, des systèmes de gouvernance résilients et une approche proactive de la gestion environnementale.

La décarbonisation en est un exemple clair. Dans de nombreux pays où nous opérons, les engagements pris dans le cadre de l'accord de Paris sont désormais juridiquement contraignants. Les progrès en matière d'émissions ne sont donc pas seulement une question de responsabilité, ils sont essentiels pour protéger la valeur des actifs et assurer la continuité des opérations. Le même principe s'applique aux personnes. Des relations de travail constructives, une communication transparente et un engagement communautaire sincère sont indispensables pour prévenir les perturbations et obtenir des rendements stables à long terme.

L'intégration de la durabilité dans les investissements dans les infrastructures nécessite une prise de décision délibérée et à long terme, et c'est précisément la responsabilité des propriétaires d'actifs chargés des infrastructures critiques. Bon nombre des actifs actuels ont été construits dans un contexte climatique, réglementaire et social différent. La transition des infrastructures existantes vers des normes actuelles et futures n'est donc pas facultative, elle est fondamentale pour une gestion responsable.

Ces décisions impliquent souvent des compromis. Les investissements dans la décarbonisation et l'adaptation au changement climatique peuvent augmenter les dépenses d'investissement initiales ou affecter les performances à court terme, mais ils réduisent considérablement les risques opérationnels, réglementaires et physiques à long terme. Pour les investisseurs à long terme, il s'agit d'une approche rationnelle et disciplinée de la protection de la valeur.

L'adaptation des actifs existants exige également un séquençage minutieux. Les infrastructures ne peuvent pas être simplement remplacées; elles doivent continuer à fournir des services essentiels tout en étant modernisées. Cela nécessite une collaboration étroite avec les opérateurs, les travailleurs, les régulateurs et les communautés, ainsi qu'une gouvernance solide pour garantir que les investissements sont ciblés, efficaces et résilients.

Le fait d'opérer dans différentes juridictions avec des normes de durabilité en constante évolution ajoute à la complexité, mais renforce également l'importance de principes d'investissement cohérents et d'une surveillance rigoureuse. En fin de compte, ces compromis ne reflètent pas des contraintes, mais des choix conscients, des choix qui reconnaissent la résilience, l'adaptabilité et l'acceptabilité sociale comme des éléments essentiels de la performance à long terme.

La voie à suivre

Pendant des années, la stratégie climatique a donné la priorité à l'atténuation. Aujourd'hui, l'adaptation passe au premier plan. Les risques climatiques physiques (inondations, glissements de terrain et conditions météorologiques extrêmes) ne sont plus hypothétiques; ils menacent directement la résilience des infrastructures et les services essentiels que ces actifs fournissent. Surtout, les impacts climatiques s'étendent au-delà de l'actif lui-même, perturbant la main-d'œuvre, les chaînes d'approvisionnement et les réseaux. Une adaptation efficace doit donc renforcer l'ensemble du système, et pas seulement ce qui se trouve à l'intérieur des limites de l'enceinte.

Les investissements dans l'adaptation visent à protéger la valeur, et non à créer de nouveaux revenus. Lorsqu'un port est coupé ou qu'un aéroport est inondé, les revenus peuvent disparaître du jour au lendemain. Investir dans la résilience permet de préserver les flux de trésorerie et la continuité des services, ce qui fait de l'adaptation un impératif stratégique pour les investisseurs dans les infrastructures à long terme.

Le Queensland, l'Etat australien le plus exposé aux catastrophes naturelles, illustre bien cette évolution. A l'aéroport de Brisbane, par exemple, le risque climatique est intégré dans la planification des investissements. Sa piste d'atterrissage, financée par des fonds privés à hauteur de 1,1 milliard de dollars australiens, a été conçue à partir de plusieurs scénarios climatiques, garantissant que 98% des actifs restent au-dessus du niveau d'inondation centenaire. Ici, les dépenses d'investissement sont une adaptation concrète.

L'adaptation définira la prochaine phase de la durabilité dans les infrastructures

Les investisseurs sont en première ligne en matière de résilience climatique, et les décisions prises aujourd'hui auront une influence sur les communautés et les économies pendant des décennies. Les investisseurs européens envoient déjà un message clair: l'intégration de la durabilité et l'adaptation au climat sont essentielles pour protéger les rendements et constituer des portefeuilles résilients. En intégrant ces principes dans les processus d'investissement, le secteur des infrastructures peut offrir une valeur durable aux parties prenantes tout en contribuant à un avenir plus durable et plus stable.

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