Chine-USA: un accord, what else?

Alain Barbezat, BCV

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L’évolution des marchés émergents dépend notamment de la capacité de Pékin à soutenir la croissance et contrer les effets des tensions sino-américaines.


©Keystone

Le 5 mai, le président américain Donald Trump annonçait sur Twitter qu’il augmenterait les tarifs douaniers sur l’intégralité des importations chinoises dès le 10 mai, parce que ses homologues chinois reniaient leurs accords antérieurs. Bien qu’un risque d’escalade existe cette fois encore, un accord semble l’issue la plus probable.

Le président américain n’ignore pas que, s'il ne résout pas cette guerre commerciale, les agriculteurs, les employés de l’industrie automobile et les propriétaires immobiliers américains feront en sorte que cela soit fait par le prochain président en 2021. En face, à en croire les dernières nouvelles, la délégation chinoise avec à sa tête le vice-premier ministre Liu He envisage toujours de se rendre à Washington. Si Liu He fait effectivement partie du voyage, cela devrait signifier que la Chine est prête à honorer les concessions initiales. Si Pékin n’envoie qu’une équipe junior, le marché devra peut-être attendre plus longtemps pour savoir qui clignera des yeux en premier.

Le cycle du crédit chinois est différent de celui de l'année dernière.

Côté places financières, la réponse initiale du marché chinois a été sans surprise négative. Car, le récent flot continu de nouvelles encourageantes sur l’issue des négociations commerciales a entraîné une reprise des valorisations des indices. Les actions asiatiques s’échangeaient à 13,6x leurs bénéfices attendus contre 11,5x au début de l’année. Elles ont ainsi frôlé en avril leur record de 14,1x atteint en janvier 2018, soit avant les frictions commerciales entre les États-Unis et la Chine. 

Côté économie, pour mesurer l'impact probable de cette nouvelle salve de mesures sur la croissance chinoise, il est important de reconnaître que le cycle du crédit chinois est différent de celui de l'année dernière. En 2018, la politique de désendettement de Pékin a entraîné une décélération de la croissance du crédit et de la croissance économique créant un climat propice à la montée des inquiétudes. Aujourd’hui, l’activité en Chine pourrait être plus résiliente, car la politique de relance semble enfin porter ses fruits. Il est peu probable que la crainte des tarifs douaniers soit aussi débilitante sur le plan économique qu’en 2018.

Changement de politique économique

Le retour des tensions commerciales est cependant susceptible de modifier la dynamique de la politique économique intérieure. Or, les anticipations des marchés concernant une poursuite de l’assouplissement s’étaient récemment modérées. Les raisons? La reprise de la croissance de l'activité observée depuis mars et les progrès des négociations commerciales. Ces éléments étaient d’ailleurs en partie responsables de la correction de 6% de la bourse de Shanghai entre le 19 et le 30 avril.

Tous les secteurs ne bénéficient pas d’un regain d’activité.

Une poursuite de l’assouplissement des conditions monétaires et économiques est d’autant plus probable que la Chine a encore une certaine marge de manœuvre. Par ailleurs, le cycle de reprise est encore timide et tous les secteurs ne bénéficient pas d’un regain d’activité. Enfin, le Parti pourrait vouloir maintenir une croissance stable et une confiance au beau fixe alors qu’approche le 70e anniversaire de la fondation de la République Populaire de Chine. La baisse du Taux de Réserve Obligatoire (RRR) annoncée lundi matin avant l’ouverture des marchés est une première démonstration que la politique chinoise est souple et adaptable.

Baisse limitée des marchés

Quel est le risque de baisse pour les marchés asiatiques? Si les tensions commerciales sont de retour, la croissance économique et celle des bénéfices sont, elles, meilleures qu’en 2018. En supposant que les estimations des bénéfices restent constantes, les valorisations pourraient perdre une partie du chemin gagné cette année. Le PER de la région pourrait se contracter de 13,4x à 12,6x. Pour la seule Chine, le niveau d'évaluation serait de 10,5x contre 11,5x actuellement.

Les bénéfices découlant d'un accord pourraient ne pas être permanents.

Cependant, quelle que soit l'issue des négociations, l'idée qu'un accord commercial représente la fin définitive de la guerre commerciale a certainement été mise à mal par les récents événements. L'intervention du président Trump montre à quel point ces tensions représentent un problème beaucoup plus complexe que ne le pensaient les marchés. Il souligne aussi que les bénéfices découlant d'un accord pourraient ne pas être permanents. 

La reprise économique et la capacité – ainsi que la volonté avérée – de la banque centrale de contrer tout impact négatif d’une dégradation présente ou future des relations commerciales sont les principaux paramètres qui décideront de l’évolution des bourses asiatiques et émergentes. Nous demeurons confiants et considérons le repli en cours comme une pause pour recharger les batteries d’un mouvement qui devrait encore être haussier au cours du second semestre 2019.