Cessez-le-feu USA–Iran: une trêve fragile qui soutient le rebond des marchés

Aberdeen Investments

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Les experts Michael Langham (photo) et Ray Sharma-Ong se penchent sur la durabilité de la trêve, les risques à court terme et les conséquences pour les places financières.

Michael Langham, Économiste marchés émergents, Aberdeen Investments

Selon notre première analyse, cette annonce traduit un recul à la fois de l’administration Trump et, dans une certaine mesure, du régime iranien. Un cessez-le-feu, bien que fragile, pourrait tenir compte tenu des coûts économiques croissants liés à la poursuite du conflit, non seulement pour les pays concernés, mais aussi pour l’économie mondiale. Les acteurs ayant un intérêt direct à une désescalade et à la réouverture du détroit devraient ainsi redoubler d’efforts pour parvenir à un compromis acceptable pour les Etats-Unis, Israël et l’Iran.

La solidité de cette trêve, ainsi que de tout accord conditionnel qui pourrait suivre, reste toutefois incertaine. Il semble peu probable que les Etats-Unis ou Israël acceptent les dix conditions avancées par l’Iran, notamment parce que Washington devrait maintenir sa présence militaire dans le Golfe et que la question du financement de la reconstruction iranienne demeure floue. Par ailleurs, le manque de précisions sur les garanties entourant l’arrêt de l’enrichissement d’uranium alimente les doutes quant au respect des exigences israéliennes. Dans ce contexte, les risques extrêmes devraient rester élevés au cours des deux prochaines semaines, apportant un soutien aux prix mondiaux du pétrole.

Si le cessez-le-feu de deux semaines se confirme et qu’un compromis permettant la réouverture du détroit est trouvé, le choc économique mondial lié au conflit devrait rester maîtrisable. Il s’agirait alors d’un choc temporaire sur les prix, qui pourrait ne pas se transmettre pleinement aux consommateurs et aux entreprises dans certaines économies. Dans ce scénario, les banques centrales pourraient globalement reprendre les trajectoires engagées avant le conflit. L’attention pourrait même se déplacer vers l’impact sur la croissance, notamment si les prix des matières premières se normalisent rapidement.

A plus long terme, ce conflit devrait se traduire par une hausse des dépenses de défense et un renforcement des enjeux de sécurité énergétique à l’échelle mondiale, en particulier au Moyen-Orient et en Asie. Réduire la dépendance au détroit deviendra une priorité pour les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ce qui pourrait, en parallèle, affaiblir la position des États-Unis en tant que garant de la sécurité régionale. In fine, une réorientation vers les dépenses domestiques et une moindre allocation de l’épargne à l’étranger pourraient déplacer le centre de gravité de la croissance vers l’Asie, l’Europe et les pays du CCG, au détriment des Etats-Unis.

Ray Sharma-Ong, Deputy Global Head of Multi-Asset Bespoke Solutions, Aberdeen Investments

Les marchés n’ont pas besoin d’une visibilité totale pour rebondir. Un cessez-le-feu réduit sensiblement le risque d’escalade à court terme, et cette diminution du risque extrême suffit souvent à déclencher un ajustement rapide des valorisations, même si des incertitudes persistent à plus long terme.

Un précédent récent l’illustre. Le 9 avril 2025, le S&P 500 a progressé de +9,5% en une seule séance après l’annonce par Donald Trump d’une pause de 90 jours sur les droits de douane réciproques introduits quelques jours plus tôt. Comme aujourd’hui, plusieurs incertitudes importantes subsistaient, mais la disparition du risque extrême a suffi à provoquer un rebond marqué. Dans les mois suivants, les marchés ont dépassé leurs précédents sommets.

Un rebond particulièrement marqué est attendu en Asie du Nord. Si la prime de risque géopolitique s’atténue, les fondamentaux devraient rapidement redevenir le principal moteur des marchés. Les marchés actions asiatiques importateurs de pétrole, comme la Corée, Taïwan et le Japon, devraient rebondir plus rapidement, en raison de leur forte sensibilité aux fluctuations des prix de l’énergie et au sentiment de risque global.

Les prix du pétrole devraient se détendre par rapport aux niveaux actuels sous tension, à condition que le cessez-le-feu soit respecté et que les flux via le détroit d’Ormuz reprennent. Toutefois, un retour aux niveaux d’avant le conflit semble peu probable à court terme. Les perturbations physiques et logistiques ne disparaîtront pas immédiatement. A cela s’ajoutent des coûts de transport plus élevés, des primes d’assurance liées au risque de guerre, des retards, des congestions, des détours logistiques, ainsi que des stratégies de stockage de précaution. L’ensemble de ces facteurs, combiné à une prime de risque géopolitique persistante, devrait maintenir les prix du pétrole à un niveau supérieur pendant un certain temps.

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