Sous-estimées: perles du dividende au Moyen-Orient

Paola Bissoli, Aberdeen Investments (Suisse)

2 minutes de lecture

Les investisseurs en quête de revenus et de croissance devraient regarder vers les actions à dividendes des marchés émergents.

©Keystone

 

Il est peut-être temps de dépasser les poids lourds habituels des Etats-Unis et de l’Europe pour se tourner vers les actions à dividendes généreux des marchés émergents.

Mon récent voyage à Oman m’a révélé bien plus que des vents favorables. Les infrastructures du pays se développent à grande vitesse – modernes, ambitieuses et étonnamment durables. Et pourtant, les marchés boursiers du Moyen-Orient restent très sous-représentés. La région ne pèse que moins de 7% dans l’indice MSCI Emerging Markets, souvent éclipsée par des gros titres centrés sur le pétrole, la macroéconomie et la géopolitique.

Le paysage actuel de l’investissement reste largement dominé par les Etats-Unis: alors que ceux-ci représentaient environ un tiers de l’indice MSCI All Country World Index (ACWI) dans les années 1980, ils en constituent aujourd’hui près des deux tiers. Les marchés émergents, quant à eux, représentent environ 10%. Ce déséquilibre dans l’allocation du capital pourrait bientôt appartenir au passé.

L’angle mort du comportement des investisseurs

De nombreux investisseurs suivent le récit de la croissance – porté par les géants de la tech, l’investissement passif et les mégatendances mondiales. Mais ils négligent souvent un élément essentiel: le revenu via les dividendes. Les marchés émergents ne sont plus uniquement des histoires de croissance. Au cours des deux dernières décennies, le nombre d’entreprises versant des dividendes a fortement augmenté. Aujourd’hui, environ 85 % des sociétés des marchés émergents distribuent des dividendes – un niveau comparable à celui des marchés développés. Près de 40% d’entre elles affichent un rendement supérieur à 3%.

Ce qui surprend, c’est que ces dividendes ne proviennent pas seulement d’entreprises matures. Beaucoup sont des sociétés dynamiques, dotées de bilans solides, de flux de trésorerie robustes et d’une croissance soutenue – dans des secteurs allant de la technologie et des infrastructures aux biens de consommation.

Pourquoi les dividendes comptent

Les dividendes ne sont pas de simples versements réguliers – ils sont un moteur de la performance totale à long terme. Depuis 2000, les dividendes des marchés émergents figurent parmi les plus élevés au monde. La performance totale repose sur deux composantes: les plus-values (c’est-à-dire la croissance des bénéfices) et les dividendes. Dans les marchés émergents, cette combinaison a produit un tableau convaincant – avec un taux moyen de croissance des dividendes d’environ 12% par an depuis le début du siècle.

Arabie saoudite, Emirats, Qatar et Oman : des perspectives prometteuses

Des marchés comme l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, les plus liquides et investissables de la région, abritent certaines entreprises à forts dividendes et au potentiel de croissance robuste. Même dans des économies axées sur les matières premières, il est possible de pratiquer une sélection rigoureuse de titres – en identifiant des sociétés dont les spécificités peuvent l’emporter sur les vents contraires macroéconomiques et géopolitiques.

L’Arabie saoudite bénéficie de réformes sociales et de changements démographiques. L’émergence d’une classe de consommateurs croissante rend des entreprises comme Saudi National Bank (SNB) et Alkhorayef Water & Power Technologies particulièrement intéressantes – cette dernière opérant dans les secteurs essentiels de l’eau et du traitement des eaux usées.

Les Emirats arabes unis se distinguent par leur économie libérale et leur ouverture internationale. Un exemple phare est Empower (Emirates Central Cooling Systems Corporation), fournisseur de solutions de refroidissement urbain, doté d’une politique ambitieuse de dividendes. Environ 70% de la consommation électrique du pays est consacrée au refroidissement – soulignant ainsi la pertinence de l’entreprise. Le marché local des introductions en bourse prend également de l’ampleur, une partie de la croissance des indices boursiers étant alimentée par de nouvelles sociétés cotées.

Le Qatar offre des opportunités intéressantes liées au développement du GNL comme carburant de transition. Deux sociétés méritent d’être citées à cet égard: Nakilat (Qatar Gas Transport Company Ltd.), qui exploite des méthaniers dans le monde entier, et Milaha (Qatar Navigation), active dans la logistique, la réparation navale et les services portuaires.

À Oman, encore considéré comme un marché frontière, des signes de dynamique apparaissent. Les introductions en bourse prévues d’entreprises publiques, notamment dans l’énergie et la logistique, pourraient offrir des opportunités aux investisseurs de long terme prêts à se positionner tôt.

Au-delà des suspects habituels

Les investisseurs auraient intérêt à reconsidérer leurs biais géographiques. La combinaison de rendements élevés et croissants, de fondamentaux solides et d’une importance régionale en hausse fait du revenu dans les marchés émergents une source attrayante de performance totale – bien au-delà du simple récit de croissance.

Le Moyen-Orient, en particulier, devient un espace à surveiller de près, en tant que région encore peu analysée et peu détenue, offrant un mélange unique de transformation structurelle (diversification hors pétrole), de population dynamique, de développement des marchés soutenu par les gouvernements et d’entreprises cotées alliant potentiel de croissance et versements généreux de dividendes.

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