Les élections brésiliennes de 2026 pourraient marquer une rupture, car c’est du gagnant que dépendront le budget, les taux d’intérêt et le rendement des actifs financiers. En lice se trouveront vraisemblablement l’actuel président, Lula da Silva et, côté conservateur, Tarcísio de Freitas, voire Michelle Bolsonaro.
L’âge avancé de Lula (79 ans) et ses problèmes de santé font craindre qu’il ne puisse briguer un 4e mandat. Mais, au sein de son parti, le «Partido dos Trabalhadores», les alternatives susceptibles de contrer efficacement les conservateurs sont rares. Il est donc probable que le président actuel se présente à nouveau, même si sa victoire n’est pas garantie. En effet, sa popularité a fortement chuté en début d’année, en raison des prix élevés de l’alimentation et de la controverse sur la taxe sur le PIX (système brésilien de paiement instantané). Elle a néanmoins regagné une grande partie du terrain perdu grâce à la réponse donnée par Lula aux menaces tarifaires américaines, réponse qui lui a permis de renforcer son image de défenseur de la souveraineté du pays. Par ailleurs, le ralentissement de l’inflation lui a permis de consolider sa popularité depuis la fin août. Enfin, la croissance économique devrait atteindre 2,2%, une progression suffisante pour ne pas affaiblir le soutien à Lula.
Un budget sous hautes contraintes
Tout cela implique que l’actuel président reste un candidat viable. Le marché du travail, bénéficiant de la hausse des salaires et de la stabilité de l’emploi, s’avère résilient. L’agriculture continue d’afficher de bons résultats, aidée par des conditions météorologiques favorables ainsi que par les prix des matières premières. Cela se manifeste clairement dans les États clés comme le Minas Gerais, où Lula conserve un soutien important.
Par ailleurs, la popularité d’un président tend à progresser environ six mois avant les élections grâce aux efforts budgétaires qu’il consent en général pour gagner du soutien. Dans la société inégalitaire du Brésil, ce genre de tactique est souvent efficace: ainsi, les récentes augmentations des salaires dans les services publics et celles des transferts sociaux ont contribué à raviver la confiance des électeurs. Mais même si Lula est susceptible de se montrer généreux en matière fiscale, sa marge de manœuvre est fortement réduite. En effet, 92% du budget du Brésil est affecté à des dépenses incontournables telles que les retraites, les salaires dans la fonction publique, la santé, l’éducation et le remboursement de la dette. Il ne reste que 8% pour les dépenses discrétionnaires, ce qui limite les possibilités de cadeau en année électorale.
En outre, le plafonnement des dépenses (Teto de Gastos), introduit en 2016 pour freiner l’endettement et ralentir l’inflation, limite la croissance de ces dernières (leur croissance ne doit pas excéder celle de l’inflation de l’année précédente). Le président Lula a déjà assoupli cette réglementation en 2023 et un nouveau changement pourrait ébranler la confiance des investisseurs, alimenter l’inflation et augmenter le coût des emprunts. Pour l’heure, il semble donc peu probable qu’il se risque à nouveau à la modifier.
L’inflation: un spectre qui s’entête
Il existe néanmoins des solutions pour contourner cet obstacle. Le président pourrait se tourner vers les entreprises publiques ou les banques pour drainer des fonds hors budget. De grandes entreprises publiques comme Petrobras et Eletrobras pourraient être invitées à investir davantage dans les infrastructures et les programmes sociaux ou à fournir des aides. Les banques d’État telles que la Banque brésilienne de développement (BNDES), la Caixa Econômica Federal ou la Banco do Brasil pourraient être incitées à offrir des prêts à taux réduit pour le logement, l’agriculture ou la croissance des entreprises. C’est ce qui s’est passé en août 2025, lorsque la BNDES et les banques d’État ont lancé un programme de crédits de 30 milliards de réaux pour soutenir les entreprises affectées par le relèvement des droits de douane par les Etat-Unis.
De telles actions peuvent contribuer à renforcer la popularité de Lula à court terme, mais elles sont peu efficaces sur le plan de l’inflation. Evoluant aux alentours de 5,2% à la mi-2025, cette dernière dépasse de loin l’objectif officiel de 3% de la banque centrale ainsi que le plafond de la marge de tolérance fixé à 4,5%. Pour lutter contre l’inflation, la banque centrale du Brésil a continué d’augmenter son taux directeur (le Selic) qui s’établit à 15%, son plus haut niveau depuis 2006. Tout cela illustre bien le dilemme auquel l’économie brésilienne doit faire face: les efforts de la banque centrale pour freiner l’inflation se heurtent constamment à l’expansion budgétaire préélectorale.
Le retour des conservateurs: une panacée?
Du côté des conservateurs, l’alternative la plus crédible à Jair Bolsonaro est Tarcísio de Freitas, gouverneur de São Paulo et proche allié de Bolsonaro. Sa forte popularité dans l’État le plus riche du Brésil est incontestable, mais il n’est pas certain qu’il puisse l’étendre au plan national. A l’évidence, la présidence de Jair Bolsonaro s’est avérée très polarisante. Malgré cela, les investisseurs pourraient se réjouir du retour d’une administration conservatrice. Un gouvernement de centre droit ou de droite donnerait probablement la priorité à la réduction des dépenses, à la stabilisation de la dette publique et à la promotion du secteur privé. Cependant, une telle transition pourrait être mouvementée. Le souvenir des troubles durant le premier mandat de Jair Bolsonaro persiste et tout durcissement des politiques sociales ou réduction des programmes d’aide sociale pourraient se heurter à une certaine résistance.
Mais, quel que soit le vainqueur des élections, il est peu probable que le Brésil abandonne sa politique de maintien de l’équilibre en matière de relations avec l’étranger. Ces dernières resteront marquées au sceau du pragmatisme. Cependant, les relations avec Washington compliquées avec l’annonce en juillet dernier de hausse sensible des tarifs douaniers, dont une taxe de 50% sur les exportations brésiliennes. Lula s’est saisi de ces menaces pour alimenter son discours nationaliste et ainsi renforcer les arguments en faveur de sa réélection. Les frictions commerciales devraient donc rester au centre des enjeux de l’élection présidentielle.
De la stabilité avant toute chose
Par ailleurs, l’environnement international est aussi un facteur de risque. Une éventuelle récession aux États-Unis pourrait enclencher un mouvement de fuite des capitaux hors des marchés émergents. La banque centrale du Brésil dispose de réserves pour défendre le réal, mais sa capacité n’est pas illimitée, même si en comparaison de nombreux autres pays émergents, le Brésil dispose de marges plus importantes et d’une gestion macroéconomique plus robuste.
En fin de compte, la trajectoire économique du Brésil dépendra de qui sera le futur président et de comment il gouvernera. Mais, quelle que soit son idéologie, la persistance de l’inflation exigera de la discipline au plan politique. Que le prochain élu soit Lula ou un rival conservateur, il lui faudra trouver un équilibre entre ambition budgétaire et réalité économique. Les manœuvres de dépenses préélectorales peuvent apporter des gains politiques à court terme, mais elles risquent de miner la crédibilité de la politique monétaire et la confiance des investisseurs à un moment où la stabilité est des plus nécessaire.