Donald Trump a annoncé vendredi qu’il voulait voir Kevin Warsh prendre la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed), mais ses pressions sur le président actuel transforment en parcours d’obstacles l’ascension de son candidat jusqu’au sommet de la banque centrale.
Le mandat de Jerome Powell prend fin en mai.
Kevin Warsh a l’avantage de connaître l’institution pour en avoir déjà été l’un des gouverneurs. Il lui reste cependant des défis notables à relever.
Etre crédible
Le président américain assume attendre du prochain patron de la Fed qu’il partage ses vues sur l’économie.
Les taux d’intérêt sont «trop élevés, intolérablement trop élevés», a-t-il encore jugé jeudi.
Sauf que la volonté de Donald Trump de peser sur la politique monétaire rend son candidat suspect aux yeux des investisseurs, qui chérissent l’indépendance de la banque centrale.
«Ce sera plus difficile pour le prochain président (de la Fed) d’instaurer sa crédibilité», dit à l’AFP Michael Strain, économiste au centre de réflexion conservateur American Enterprise Institute.
«Certainement pas impossible, mais un défi de taille», estime-t-il.
Interrogé mercredi sur le conseil qu’il pouvait donner à son successeur, Jerome Powell a répondu: «Rester en dehors de la politique politicienne.»
Passer l’épreuve du Sénat
Toute nomination à la tête de la banque centrale doit être confirmée par le Sénat.
Le parti présidentiel y est majoritaire mais le sort de la Fed est l’un des rares sujets sur lequel des élus républicains manifestent publiquement leur désaccord avec Donald Trump.
Certains ont ainsi pris ombrage de la procédure judiciaire récemment lancée par le ministère de la Justice pouvant conduire à des poursuites pénales contre M. Powell, et largement interprétée comme une entorse de plus à l’indépendance de l’institution monétaire.
Membre de la commission du Sénat qui auditionnera le candidat du locataire de la Maison Blanche, le républicain Thom Tillis a fait savoir qu’il n’approuverait aucune nomination tant que cette procédure judiciaire n’aura pas rejoint les oubliettes.
L’opposition démocrate, de son côté, accuse le président de vouloir placer des «marionnettes» à la Fed pour en prendre le contrôle.
Forger un consensus
Le comité fixant les taux directeurs, le FOMC, est composé de douze membres, souvent des docteurs en économie attachés à exposer leur sérieux académique.
Certains sont réputés plutôt «colombes», c’est-à-dire enclins à mener une politique souple. D’autres au contraire «faucons», donc focalisés sur l’inflation et adeptes d’une ligne plus restrictive.
Le président du FOMC est une voix influente mais ne représente qu’un vote sur douze. Et si les responsables nommés par Donald Trump sont dans le camp des «colombes», celui des «faucons» reste bien garni.
Autre inconnue: M. Powell pourrait rompre avec la tradition et rester à la Fed en tant que simple gouverneur (ce mandat-là n’expire pour lui qu’en 2028) pour éviter de laisser son siège à un fidèle du président des Etats-Unis.
Gérer Donald Trump
Jerome Powell était devenu président de la Fed sur proposition de Donald Trump lui-même, du temps de son premier séjour à la Maison Blanche.
Le milliardaire a très vite regretté ce choix et l’a fait savoir.
Un tel désamour guette le prochain patron de la Réserve fédérale, si la politique monétaire n’évolue pas dans le sens voulu par le chef d’Etat.
Donald Trump n’a pas caché redouter ce scénario dans son discours à Davos (Suisse), la semaine dernière: «En entretien, (les candidats pour la Fed) disent tout ce que je souhaite entendre, puis ils ont le boulot, ils sont là pour six ans (de mandat) et tout à coup ils augmentent les taux», a-t-il regretté, évoquant «une forme de déloyauté».