Donald Trump a finalement choisi vendredi son candidat pour présider la Réserve fédérale (Fed): Kevin Warsh, un habitué des milieux d’affaires qui a passé les derniers mois à plaider pour des taux directeurs plus bas et à critiquer l’institution dont il a été un des gouverneurs.
Pour être effective, la nomination de M. Warsh, 55 ans, devra être confirmée par le Sénat, où le parti pré-sidentiel est majoritaire.
Le mandat du président de la banque centrale américaine dure quatre ans et peut être renouvelé. L’actuel chef de la Fed, Jerome Powell, doit quitter son poste en mai.
«Je connais Kevin depuis longtemps et je n’ai aucun doute qu’il restera dans l’histoire comme l’un des GRANDS présidents de la Fed, peut-être le meilleur. Par-dessus tout, il a +tout du premier rôle+, et il ne vous laissera jamais tomber. Félicitations Kevin!», a écrit le président sur sa plateforme Truth Social.
Plus tard, depuis le Bureau ovale, il a affirmé que M. Warsh était «bien sûr» favorable comme lui à un abaissement des taux directeurs, tout en assurant qu’il ne lui avait pas demandé de s’engager à oeuvrer dans ce sens.
L’orientation des taux n’est pas décidée par le seul président, qui représente une voix sur douze au sein du comité de politique monétaire de la Fed.
«Faucon» ou «colombe»?
Les marchés financiers ont semblé considérer vendredi que Kevin Warsh n’agirait pas en cheval de Troie de Donald Trump et saurait maintenir l’indépendance de l’institution, le dollar reprenant de la vigueur.
En témoigne également le décrochage des cours de l’or et de l’argent après l’annonce, signe que les inves-tisseurs estiment avoir moins besoin de ces valeurs refuges.
Ils n’ont pas oublié que M. Warsh était classé dans la catégorie des «faucons» quand il était gouverneur (2006-2011).
Dans le jargon des banques centrales, un «faucon» désigne un responsable très attaché à la lutte contre l’inflation, à l’inverse des «colombes», plus enclins à la souplesse monétaire.
Son plaidoyer récent pour des taux plus bas pourrait être «tactique plutôt que doctrinal» afin de se faire nommer, estime John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion Private Bank, interrogé par l’AFP.
Mais M. Warsh a aussi défendu ces derniers mois la politique économique de Donald Trump et qualifié de «défaillante» la gouvernance de la banque centrale.
Kevin Warsh est bien connu des milieux financiers pour avoir notamment été un des dirigeants de la banque Morgan Stanley.
Il faisait partie des personnalités pressenties pour prendre la tête de l’institution en 2018. Donald Trump avait finalement préféré Jerome Powell - choix dont le chef de l’Etat n’a cessé de se lamenter par la suite.
Rendez-vous au Sénat
La révélation par Jerome Powell de l’existence d’une procédure du ministère de la Justice à son encontre a récemment suscité l’indignation des milieux économiques, qui y voient une nouvelle atteinte à l’indépendance de l’institution monétaire.
Des élus républicains s’en sont également offusqués et ont prévenu qu’ils ne confirmeraient aucune nomi-nation à la Fed tant que la procédure ne serait pas classée.
Le passage devant les sénateurs s’annonce houleux pour Kevin Warsh.
La sénatrice démocrate Elizabeth Warren, qui le passera sur le gril, a jugé vendredi dans un communiqué que sa nomination était «le dernier développement en date de la campagne de Trump pour prendre le contrôle de la Fed».
C’est le président républicain George W. Bush qui avait fait de Kevin Warsh le plus jeune gouverneur de l’histoire de la banque centrale; il avait alors 35 ans.
Il aurait pu rester plus longtemps en poste, mais avait démissionné en 2011 en critiquant la poursuite de l’exceptionnelle politique monétaire accommodante adoptée pour soutenir la reprise après la crise de 2008-2009. C’est ce qui lui avait alors valu son étiquette de «faucon».
Sitôt après l’annonce, un commentateur de la chaîne financière américaine CNBC a relevé un possible atout de Kevin Warsh aux yeux d’un président aimant s’entourer de personnes télégéniques: «Il a de beaux cheveux.»
Warsh Anti «dogme»
En novembre, dans une tribune publiée par le Wall Street Journal, Kevin Warsh avait épousé le credo du gouvernement républicain en dénonçant la «gouvernance défaillante» de la Fed, qui doit selon lui revoir sa politique monétaire et la régulation des banques.
Il a aussi loué «les politiques procroissance portées par le président Trump» grâce auxquelles «les Etats-Unis vont croitre plus vite que les autres grandes économies».
«Les Américains bénéficieraient d’un salaire net plus élevé et d’un pouvoir d’achat accru si seulement les dirigeants de la Réserve fédérale cessaient de défendre leurs erreurs et commençaient à les corriger», avait-il asséné.
Selon lui, la banque centrale doit notamment «abandonner le dogme selon lequel l’inflation est causée par une croissance économique trop forte et des salaires trop élevés». L’inflation arrive «quand le gouvernement dépense trop».
M. Warsh avait fait partie des personnes pressenties pour prendre la tête de l’institution en 2018, quand Donald Trump avait finalement préféré M. Powell - choix que le chef de l’Etat dit amèrement regretter aujourd’hui.
Kevin Warsh n’est pas un économiste de formation, ce qui est rare pour un potentiel président de banque centrale, mais pas exceptionnel - Jerome Powell a précédemment oeuvré comme avocat et banquier d’affaires.
Juriste, Warsh est toutefois diplômé de prestigieuses universités américaines (Stanford, Harvard).
Natif d’Albany, dans l’Etat de New York, il a d’abord travaillé pendant sept ans, jusqu’en 2002, pour la banque Morgan Stanley où il a atteint le rang de vice-président.
Il a quitté la banque pour devenir un des conseillers économiques du président George W. Bush, plus particulièrement chargé des flux de capitaux, des marchés financiers et des banques.
C’est à cette époque qu’il a épousé Jane Lauder, héritière de la famille du groupe de cosmétiques Estee Lauder. Un lien familial qui le rapproche de Donald Trump.
Le père de Jane, Ronald Lauder, milliardaire et grand contributeur du parti républicain, est un ami de jeunesse du président américain et un conseiller occasionnel.