Le géant de la finance Worldpay renvoyé devant le tribunal aux côtés d’escrocs en ligne

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La justice française reproche au groupe britannique d’avoir fermé les yeux sur les agissements des fraudeurs présumés, alors même que leurs sites internet figuraient sur une liste noire publiée par l’AMF.

Un géant de la finance jugé avec un gang d’escrocs en ligne présumés: le groupe de solutions de paiement Worldpay va se retrouver sur les bancs de la défense dans une vaste affaire de fraude, ce qui nourrit l’espoir, pour des dizaines d’épargnants ruinés, de retrouver leurs économies.

Au terme d’une enquête de dix ans, un juge d’instruction parisien a ordonné le renvoi du géant britannique des paiements en ligne et des neuf personnes qu’il décrit comme les responsables de cette escroquerie, répartis entre la France et Israël, a-t-on appris de source proche du dossier, confirmant une information de Challenges.

La fraude obéit à un schéma de plus en plus courant: recrutées sur internet et démarchées par téléphone avec des promesses de gain vertigineux, les victimes croyaient investir sur le marché de changes (Forex).

Mais elles ont vu leurs économies s’évaporer: l’argent aurait été détourné en direction d’une myriade de comptes bancaires aux quatre coins du monde, des Seychelles à l’Ukraine. Le préjudice est évalué à au moins 35 millions d’euros (32,3 millions en francs).

L’originalité du dossier tient à la mise en examen puis au renvoi devant le tribunal de Worldpay, qui fournissait ses solutions de paiement à l’une des sociétés créées par les fraudeurs, aux Pays-Bas, aux côtés des architectes de la fraude et des rabatteurs qui persuadaient les victimes d’investir leurs économies.

La justice reproche au groupe d’avoir fermé les yeux sur les agissements des escrocs présumés, alors même que leurs sites internet, comme «www.investcapitalmarkets.com» ou «BForex» figuraient sur une liste noire publiée par l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Worldpay n’a pas cru bon contrôler si l’activité de la société avec laquelle elle était en affaires, et par laquelle transitaient les millions d’euros dérobés aux clients, était légale. Elle s’est contentée de l’assurance verbale que tout était en règle. Le groupe sera jugé pour «complicité d’exercice illégal de l’activité de prestataire de service de paiement», ont ordonné les magistrats en juillet.

«Des escrocs, il y en aura toujours»

Pour Me Anne Bernard-Dussaulx, qui assiste des dizaines de victimes, l’implication de Worldpay, un grand nom qui offrait une façade rassurante aux épargnants, avec ses comptes tenus en France à la Royal Bank of Scotland, a permis de «tromper la vigilance» des victimes, qui «attendent avec impatience l’issue de ce procès».

«La plupart des victimes ont fait un ou des virements sur un compte bancaire situé en France libellé au nom de Worldpay, ce qui a clairement favorisé le succès de l’escroquerie», abonde sa consoeur Me Hélène Feron-Poloni.

Pour les dizaines de victimes, retraités ruinés ou étudiants qui ont dilapidé leur prêt dans l’affaire, le renvoi d’une multinationale devant la justice nourrit l’espoir d’éponger une partie de leurs pertes. Dans ce genre d’arnaque sur internet, les escrocs, même condamnés, restent souvent insolvables.

«Cette affaire est très importante pour les victimes (et cela) va leur permettre d’être enfin indemnisées des pertes financières subies», souligne Me Feron-Poloni.

«Des escrocs, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Le but est que les établissements de paiement et les banques prennent leurs responsabilités», souligne Me Gaël Collin, également avocat de parties civiles.

D’une façon générale, pour lutter contre le fléau des fraudes en ligne, ces avocats de parties civiles insistent sur les responsabilités des prestataires financiers et des banques, notamment les néobanques en ligne, qui ne seraient pas assez regardantes.

Début octobre, quatre arrêts rendus par la Cour de cassation ont par ailleurs validé la condamnation au civil de Worldpay à réparer le préjudice d’épargnants floués pour avoir «manqué à son obligation de vigilance».

Contacté par l’AFP, Worldpay «estime que son implication dans cette affaire est infondée», souligne que les faits «remontent à près de 15 ans» et se dit «prête à défendre sa position lors du procès».

«Worldpay s’engage à respecter les normes les plus strictes en matière de conformité réglementaire dans la prestation de ses services», ajoute le groupe, refusant de commenter davantage «compte tenu de la procédure judiciaire en cours» et du procès prévu en mars 2026.

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