BNS: rapport sur la stabilité financière 2026

Communiqué, Banque nationale suisse

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De manière générale, le niveau élevé d’incertitude macroéconomique et géopolitique accroît le risque d’événements rares.

Environnement macroéconomique et financier

Depuis la dernière publication du Rapport sur la stabilité financière, en juin 2025, le contexte économique et financier dans lequel s’inscrit le secteur financier suisse est resté difficile, en raison notamment du conflit au Moyen-Orient, des tensions commerciales, et des incertitudes géopolitiques et macroéconomiques qui y sont associées. Le secteur bancaire suisse, fort de volants de fonds propres conséquents, est bien positionné pour faire face à cet environnement délicat.

Alors que la croissance économique mondiale était globalement solide début 2026, elle a quelque peu ralenti avec l’escalade du conflit au Moyen-Orient. Le retour des pressions inflationnistes, lié à la flambée récente des prix de l’énergie, et l’ampleur des dettes publiques dans de nombreuses économies avancées ont entraîné une augmentation des taux d’intérêt à long terme. En Suisse cependant, l’inflation comme les taux d’intérêt à long terme sont restés moins élevés.

Sur les marchés financiers, si le conflit au Moyen-Orient s’est traduit par une plus forte volatilité, les réactions des intervenants ont été dans l’ensemble contenues. À l’échelle mondiale, les cours des actions ont enregistré un recul temporaire, mais demeurent supérieurs aux niveaux qu’ils atteignaient lors de la publication du précédent Rapport sur la stabilité financière. Parallèlement, les primes de risque sur les emprunts d’État et les obligations d’entreprises ont, de manière passagère, connu une hausse modérée, mais demeurent peu élevées. Les prix de l’immobilier résidentiel ont augmenté tant à l’échelle mondiale qu’en Suisse.

Sur le marché suisse du crédit, la dynamique reste soutenue. La croissance du crédit s’est accélérée et dénote globalement une évolution robuste. Ces dernières années, elle est restée positive durant la période qui a vu l’augmentation des taux d’intérêt en 2022-2023 et la crise du Credit Suisse en 2023. L’introduction du dispositif finalisé de Bâle III en janvier 2025 a renforcé la sensibilité aux risques des exigences réglementaires pour les activités de prêt, sans affecter la croissance du crédit dans son ensemble. En ce qui concerne les vulnérabilités, l’endettement lié aux prêts hypothécaires demeure élevé, signe d’un niveau de risque accru quant à la capacité financière. Néanmoins, s’agissant des ménages, ce risque semble atténué par les ressources financières des emprunteurs.

De manière générale, le niveau élevé d’incertitude macroéconomique et géopolitique accroît le risque d’événements rares (tail risks). Une nouvelle escalade du conflit au Moyen-Orient pourrait fortement affecter l’activité économique, l’inflation et les taux d’intérêt, et potentiellement entraîner une stagflation à l’échelle mondiale. Parmi les facteurs de risque susceptibles d’amplifier les effets de tels développements figurent le haut niveau des dettes publiques et privées, les valorisations tendues doublées d’une forte propension au risque sur les marchés mondiaux de l’immobilier résidentiel, des obligations et des actions, et un risque accru de cyberincidents et d’autres incidents opérationnels. Des vulnérabilités persistent sur le marché de l’immobilier résidentiel en Suisse.

La BNS tient compte de ces facteurs de risque dans ses tests de résistance en envisageant plusieurs scénarios, qui simulent diverses hypothèses d’évolution défavorable de variables macroéconomiques et financières majeures. De manière générale, ces scénarios prennent pour hypothèse des développements très négatifs, peu probables mais plausibles. Les tests de résistance du secteur financier permettent d’évaluer à quel point des scénarios macroéconomiques et financiers défavorables affecteraient les résultats des banques et leur situation en termes de fonds propres. Les banques sont en outre exposées à des risques opérationnels, tels que les risques juridiques, les cyberrisques et les risques liés à l’externalisation.

Banques

Le secteur bancaire suisse est dans une bonne position pour surmonter les défis de l’environnement macroéconomique et financier actuel. À l’échelle du secteur, la profitabilité mesurée par le rendement des actifs s’est améliorée en 2025 par rapport à 2024, et les volants de fonds propres disponibles assurent aux banques une importante capacité de prêt et d’absorption des pertes. En outre, les banques détiennent des volants de liquidités substantiels, ce qui contribue aussi à leur résilience. Pour autant, la situation en matière de profitabilité, d’exposition aux risques et de résilience varie d’une banque à l’autre et entre les différentes catégories d’établissements. Enfin, des mesures ciblées et proportionnées visant à remédier aux lacunes du cadre réglementaire et à accroître la résilience du système financier sont à différents stades d’élaboration au niveau politique.

Banques axées sur le marché intérieur

Dans le contexte de la baisse des taux d’intérêt en Suisse, la profitabilité des banques axées sur le marché intérieur a légèrement reculé en 2025, reflétant une diminution des résultats nets des opérations d’intérêts sur fond de réduction des marges nettes d’intérêt. La hausse des résultats des opérations de commissions et des prestations de service a en partie contrebalancé le repli du résultat net des opérations d’intérêts. Dans le même temps, les ratios de fonds propres réglementaires ont légèrement augmenté et sont restés bien supérieurs aux exigences. Sur la base des tests de résistance de la BNS, la plupart des banques axées sur le marché intérieur devraient être en mesure, grâce à leurs volants de fonds propres, d’absorber l’impact économique des scénarios de crise susceptibles de les affecter sans avoir à réduire l’octroi de prêts ou à renforcer leur capitalisation. Compte tenu de leur modèle d’entreprise, ces banques sont particulièrement vulnérables à une hausse sensible des taux d’intérêt associée à une correction des prix sur le marché immobilier suisse. Le volant anticyclique sectoriel de fonds propres – c’est-à-dire les fonds propres supplémentaires que les banques doivent détenir en présence de risques cycliques – est essentiel au maintien de la résilience des banques. Ce volant sectoriel est actuellement fixé au maximum légal de 2,5%.

Banques d’importance systémique

La profitabilité des trois établissements bancaires d’importance systémique axés sur le marché intérieur (EBISai) a évolué de manière contrastée. Elle a augmenté dans le cas de PostFinance et de la Banque Cantonale de Zurich (ZKB), mais diminué en ce qui concerne le groupe Raiffeisen. Les ratios de fonds propres se sont globalement accrus, à la faveur également de l’introduction du dispositif finalisé de Bâle III. Fin 2025, les ratios de fonds propres pondérés en fonction des risques et les ratios de levier du groupe Raiffeisen et de la ZKB dépassaient nettement les exigences réglementaires. S’agissant de PostFinance, le ratio de fonds propres pondérés en fonction des risques était lui aussi largement supérieur aux exigences réglementaires, tandis que le ratio de levier ne l’était que légèrement.

La profitabilité d’UBS a continué d’augmenter en 2025. Cette amélioration s’explique par la performance de l’activité de gestion de fortune et de la banque d’investissement. Les activités suisses ont, à l’inverse, vu leur profitabilité diminuer en raison de la baisse du résultat net des opérations d’intérêts. En ce qui concerne les fonds propres, UBS dépasse les exigences de la réglementation too big to fail (TBTF) dans une perspective d’application intégrale, auxquelles elle sera astreinte à partir de 2030. Ces exigences reflètent l’augmentation de l’importance systémique de la banque à la suite de l’acquisition du Credit Suisse.

Principaux enjeux réglementaires

La crise du Credit Suisse a mis en lumière des lacunes dans le cadre réglementaire. Afin de combler ces lacunes, le Conseil fédéral a proposé une série de mesures dans le domaine de la prévention et de la gestion des crises. La BNS soutient ces mesures. Du point de vue de la stabilité financière, les principales mesures consistent à renforcer la réglementation suisse fondée sur les évaluations prospectives (tests de résistance et indicateurs fondés sur le marché) ainsi que les options d’intervention précoce pour l’autorité de surveillance, et plus particulièrement, à répondre aux besoins de liquidités potentiellement élevés des banques en période de crise et à remédier aux lacunes du régime des fonds propres.

En ce qui concerne les liquidités, les événements de 2022-2023 en Suisse et aux États-Unis ont montré que les sorties de liquidités peuvent épuiser rapidement des volants de liquidité même substantiels. Certaines banques risquent aussi de faire face à des pénuries de liquidités en monnaies étrangères. Il est par conséquent indispensable que les banques préparent suffisamment de sûretés admissibles pour pouvoir obtenir si besoin un soutien en liquidités de la part de la BNS (à travers la facilité étendue de liquidités, FEL), voire d’autres banques centrales le cas échéant. Pour accroître la résilience des banques face aux chocs de liquidités, le Conseil fédéral a proposé qu’elles soient tenues de préparer des sûretés. S’agissant des EBIS, cette exigence porte aussi sur le montant des sûretés. La BNS attend des autres banques également qu’elles préparent des sûretés, dans la perspective où elles devraient faire appel à la FEL. En outre, le Conseil fédéral a proposé l’introduction d’un mécanisme public de garantie des liquidités (public liquidity backstop, PLB) pour les EBIS, afin de compléter les instruments existants et de renforcer encore la stabilité financière.

En matière de capitalisation, le Conseil fédéral a recommandé en particulier de renforcer les exigences de fonds propres de la maison mère au sein des groupes bancaires. Plus concrètement, la maison mère devrait couvrir intégralement en fonds propres de base durs (common equity tier 1, CET1) les participations dans ses filiales non résidentes. Ainsi que l’a mis en lumière la crise du Credit Suisse, les risques associés aux participations à l’étranger ne sont pas couverts de manière adéquate par le régime actuel de fonds propres réglementaires.

La proposition du Conseil fédéral vise à traiter ces risques de manière ciblée, et concerne essentiellement UBS. Selon les calculs pro forma des autorités, réserves comprises, UBS dispose déjà de fonds propres suffisants pour satisfaire aux exigences proposées. Par son message du 22 avril 2026, le Conseil fédéral soumet cette proposition au Parlement.

Intermédiaires financiers non bancaires

Outre les banques, les intermédiaires financiers non bancaires (IFNB) jouent un rôle important dans le système financier en Suisse, avec des implications potentielles pour la stabilité financière. À l’échelle mondiale, l’expérience montre que les IFNB ont à maintes reprises amplifié, voire déclenché, des turbulences financières. Les risques pour la stabilité financière peuvent découler directement de tensions s’exerçant sur les IFNB. Mais surtout, ils peuvent résulter d’interdépendances au sein du système financier susceptibles de propager et d’amplifier des chocs affectant initialement les IFNB. Ces interdépendances peuvent naître des liens existants entre les IFNB et les banques, ou entre différents IFNB.

En termes agrégés, les actifs financiers des IFNB suisses sont considérables. Sur la base des données régulièrement collectées par les autorités, ces actifs représentent au total 554% du PIB suisse, et 171% des actifs financiers du secteur bancaire suisse à fin 2025. Regroupés par catégories, les principaux IFNB sont les fonds de placement, suivis des caisses de pension et des compagnies d’assurance. La part des actifs financiers détenue par les IFNB est restée largement stable depuis 2020, après avoir continuellement augmenté durant la décennie précédente.

En outre, il existe de fortes interdépendances entre le secteur bancaire suisse et les IFNB résidents et non résidents. Pour ce qui est des IFNB non résidents, ces interdépendances sont essentiellement le fait d’UBS, en raison de sa taille, de son large éventail d’activités et de son profil international. Pour le reste, l’exposition aux IFNB se divise entre les banques axées sur le marché intérieur et les «autres banques». Les premières offrent essentiellement des services bancaires classiques aux IFNB résidents, tandis que les secondes sont pour certaines exposées aux IFNB non résidents par l’intermédiaire des services de gestion de fortune.

En termes agrégés, le secteur suisse des fonds de placement occupe le premier rang des IFNB en Suisse. Les fonds de placement ne semblent pas présenter directement de grands risques pour la stabilité financière, car pris individuellement, ils sont de relativement petite taille par rapport aux banques. Par ailleurs, en moyenne, leur prise de risque mesurée à l’aune d’indicateurs conventionnels tels que le risque de levier ou de liquidité est inférieure à celle des banques. Néanmoins, la très forte imbrication des fonds suisses dans le système financier peut être facteur de propagation et d’amplification des chocs. Ainsi, la propagation de chocs associée à l’influence des fonds spéculatifs sur les marchés des emprunts d’État est surveillée à l’échelle internationale. En Suisse cependant, les fonds spéculatifs n’ont qu’une influence limitée sur le marché des emprunts d’État.

Thèmes spéciaux

L’édition 2025 du Rapport sur la stabilité financière comporte deux thèmes spéciaux, à savoir les jetons indexés (stablecoins) et les infrastructures des marchés financiers (IMF), chacun étant abordé du point de vue de la stabilité financière.

Jetons indexés: risques et arbitrages réglementaires du point de vue de la stabilité financière

Actifs numériques émis par des entités privées et généralement arrimés à une monnaie officielle, telle que le dollar des États-Unis ou le franc suisse, les jetons indexés visent à faire eux-mêmes office de monnaie. Si leur volume devenait important, les jetons indexés pourraient créer des risques pour la stabilité financière. Les risques qu’ils présentent tiennent essentiellement à la promesse de convertibilité au pair dont ils sont assortis malgré la volatilité potentielle des actifs auxquels ils sont adossés, et à leurs interdépendances avec le reste du système financier.

En Suisse, compte tenu de leur faible volume et de leur adoption moindre, les jetons indexés recèlent aujourd’hui peu de risques pour la stabilité financière, et ces risques peuvent être atténués par une réglementation appropriée. Concevoir le cadre réglementaire optimal pour les jetons indexés est toutefois une tâche complexe qui requiert des arbitrages, car atténuer les risques propres à ces actifs pourrait avoir une incidence sur d’autres pans du système financier. En outre, en l’absence d’une coordination réglementaire suffisante à l’échelle internationale, les jetons indexés pourraient demeurer une source de risque pour la stabilité financière en Suisse compte tenu de leur nature transnationale – par exemple si des jetons indexés émis dans des zones réglementaires moins strictes devaient être largement utilisés en Suisse. La BNS surveille donc de près les développements dans ce domaine et participe aux discussions sur les politiques qui s’y rapportent, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale.

Les infrastructures des marchés financiers en Suisse et leur surveillance par la BNS – le rôle particulier des contreparties centrales

Les IMF permettent aux intervenants sur les marchés de soumettre à la compensation, au règlement ou à l’enregistrement des opérations sur titres ou des paiements selon un ensemble commun de règles. Les IMF d’importance systémique soutiennent le bon fonctionnement des marchés financiers, de sorte que leur résilience relève de l’intérêt public. Trois IMF d’importance systémique sont basées en Suisse – une contrepartie centrale, un dépositaire central et un système de paiement – et sont exploitées dans le cadre de SIX Group.

La valeur des opérations effectuées par les IMF suisses correspond à plusieurs fois le PIB suisse. Une situation dans laquelle les services des IMF ne seraient plus disponibles pourrait conduire à de graves pertes ou à des pénuries de liquidités, avec une propagation à d’autres acteurs du marché, ce qui menacerait la stabilité financière. La BNS coopère étroitement avec l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma) et veille à ce que les IMF d’importance systémique se conforment aux exigences minimales en matière de risques financiers et non financiers définies dans l’ordonnance de la Banque nationale, et contribuent ainsi à la préservation de la stabilité financière.

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