Le géant français des cosmétiques L’Oréal a détrôné le géant français du luxe LVMH, devenant la première capitalisation boursière de la place parisienne à la clôture du CAC 40 mardi, signe d’un ralentissement du secteur du luxe.
Le titre du numéro un mondial du luxe, dirigé par le milliardaire Bernard Arnault, a cédé 2,64% mardi, ramenant sa valorisation à environ 201 milliards d’euros, et la plaçant en dessous de celle de L’Oréal, à plus de 203 milliards d’euros, selon les calculs de l’AFP à la clôture des marchés européens.
En avril 2025, LVMH s’était déjà fait brièvement ravir la première place de la Bourse de Paris par le groupe Hermès.
Ce mouvement signe aussi la sortie de LVMH du top 10 européen, derrière les mastodontes des semi-conducteurs ASML ou Arm Holdings, le champion des logiciels SAP, ou les géants pharmaceutiques Roche, Novartis et AstraZeneca.
Ce n’est pas «l’histoire de L’Oréal qui rattrape LVMH mais plutôt LVMH qui se rapproche de L’Oréal par le bas», souligne Andrea Tueni, de Saxo Banque, interrogé par l’AFP.
Le titre L’Oréal s’est octroyé près de 4% depuis le début de l’année, quand celui du groupe LVMH a dégringolé de près de 37%.
Sur un an, L’Oréal «fait beaucoup mieux que LVMH, Hermès ou Kering qui ont tous fait moins bien que le CAC et perdu environ 180 milliards d’euros de capitalisation boursière en 2026, dont environ 100 milliards pour LVMH seul», selon M. Tueni.
Selon le cabinet de conseil Bain & Company, le marché du luxe a perdu 20 millions de clients entre 2024 et 2025, après avoir déjà laissé sur le bord de la route 50 millions d’entre eux les années précédentes. En cause selon les spécialistes, les fortes hausses de prix pratiquées notamment.
Crise au Moyen-Orient
Le modèle économique des deux géants est très différent. «LVMH représente un segment du luxe qui est supérieur à celui de L’Oréal», rappelle Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France. Le groupe détient les maisons de mode Louis Vuitton, Dior, Céline, la maison de champagne Moët & Chandon ou encore la marque de cognac Hennessy ou le joailler Tiffany.
Mais LVMH a souffert, à l’instar de ses concurrents, de la baisse de la demande en Chine, marché clef qui a longtemps porté les ventes des grands groupes du secteur. «La demande domestique reste assez molle», note Alexandre Baradez, sur fond de ralentissement économique.
En parallèle, le luxe subit la guerre au Moyen-Orient déclenchée fin février. Or la zone du Moyen-Orient représente habituellement «un hub touristique énorme avec beaucoup de volumes et de gros points de ventes», poursuit l’expert d’IG.
Selon une étude des analystes de Bernstein, la région représente environ 6% des ventes du secteur.
De son côté, «L’Oréal est exposé à la beauté de masse, aux produits professionnels et à la dermocosmétique, qui résistent beaucoup mieux dans l’environnement actuel que le +hard luxury+ (sacs, mode, montres) où la demande est plus cyclique», donc dépendante de l’environnement économique, rappelle Andrea Tueni.
Le mastodonte est plus diversifié, avec des produits cosmétiques de luxe accessibles comme Lancôme, ou des marques grand public comme Garnier ou Maybelline.
Le groupe profite aussi de son positionnement dans les produits capillaires notamment, un segment en pleine croissance.