La Bourse de Jakarta a dévissé de 10% jeudi, toujours plombée par les critiques d’un gestionaire d’indices sur son opacité, tandis que l’or dépassait la barre inédite des 5.500 dollars l’once sur fond d’incertitudes économiques et géopolitiques accrues.
A Bourse de Jakarta, l’indice de référence Jakarta Composite Index a chuté de plus de 10% en séance, après s’être déjà effondré de 8% mercredi. Il plongeait encore de 5,9% vers 07H30.
A l’origine de ce choc sur la très volatile place indonésienne: de vives critiques exprimées par MSCI, société new-yorkaise qui calcule des indices boursiers servant de référence aux investisseurs.
Elle pointe «des problèmes fondamentaux d’investissabilité en raison de l’opacité persistante des structures d’actionnariat» et «des inquiétudes concernant d’éventuels comportements de négociation concertés» susceptible de fausser les cours.
Sauf progrès réalisés par l’opérateur boursier de Jakarta d’ici mai, MSCI menace de réduire la pondération des sociétés indonésiennes dans son indice-phare MSCI Emerging Markets et de rétrograder Jakarta au statut à risque de «marché-frontière».
«Une pondération réduite signifierait que les investisseurs étrangers vendraient nos actions. Et une rétrogradation à +marché-frontière+, statut de second rang, pourrait entraîner des sorties importantes de capitaux», prévient Hans Kwee, analyste boursier chez PasarDana.
«C’est une panique boursière, même si MSCI n’a encore pris aucune décision et seulement émis un avertissement», souligne-t-il, tout en observant que les mesures exigées de transparence seraient «bénéfiques pour le marché».
Bourses d’Asie nerveuses, la tech partagée
A la Bourse de Tokyo, l’indice phare Nikkei a fini stable (+0,03% à 53’375,60 points), et l’indice élargi Topix en repli de 0,28% à 3545,30 points.
La Bourse de Séoul a elle gagné 0,98%. Taipei a cédé 0,82%, Sydney 0,07%. L’indice hongkongais Hang Seng prenait 0,37% vers 07H30.
Les places asiatiques apparaissent sans direction, à l’unisson de marchés mondiaux pris en étau entre résultats d’entreprises et attentisme avant une prise de parole du président de la banque centrale américaine.
Après leurs résultats annuels, les géants sud-coréens des puces Samsung (-0,74%) et SK Hynix (+2,50%) connaissaient des sorts divergents dans les derniers échanges, en dépit d’un boom de leurs bénéfices.
A l’inverse, le japonais Advantest, fournisseur d’équipements pour la fabrication de semiconducteurs, a flambé de 14% en séance après un bénéfice trimestriel meilleur qu’attendu et des prévisions relevées.
Le dollar fléchit, digérant Bessent
Le billet vert cédait 0,31% face à la devise japonaise vers 07h30, à 152,94 yens pour un dollar.
Il soufflait après avoir grimpé la veille suite au maintien attendu des taux de la Fed. A l’inverse, le yen avait souffert des commentaires du secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent.
Interrogé sur la possibilité de voir les Etats-Unis intervenir pour soutenir la devise nippone en difficulté ces dernières semaine, M. Bessent a refusé de commenter, assurant seulement que Washington menait «une politique en faveur d’un dollar fort».
Le marché reste dans l’expectative: «La volatilité du dollar américain demeure au centre de l’actualité financière. Après une chute au plus bas niveau depuis quatre ans (face à l’euro), il a rebondi suite aux déclarations de Bessent», commente Kyle Rodda, de Capital.com.
L’or et l’argent brillent
Face aux incertitudes commerciales, financières et politiques, l’or s’est hissé pour la première fois jeudi au-delà de 5500 dollars l’once. Il grimpait de 3,1% à 5585 dollars vers 07H20.
L’argent gonflait de 2,81% à 119,98 dollars l’once, atteignant lui aussi de nouveaux sommets.
«L’or est l’inverse de la confiance. Lorsque la confiance dans la cohérence des politiques économiques s’affaiblit, l’or cesse de jouer un simple rôle de valeur-refuge pour devenir une alternative (en matière d’investissement)», estime Stephen Innes, de SPI Asset Management.
Les métaux précieux bénéficient également d’un nouvel accès de tensions géopolitiques avec l’arrivée de nouveaux navires de guerre américains au Moyen-Orient et des propos du président Donald Trump quant à la possibilité d’une intervention en Iran.
Pétrole dopé par les menaces américaines sur l’Iran
Les cours du pétrole restent poussés par le spectre d’une nouvelle intervention américaine en Iran.
Donald Trump a pressé mercredi Téhéran de conclure un accord sur le nucléaire, affirmant que «le temps était compté» avant une attaque américaine.
Vers 07h30, le baril de WTI nord-américain progressait de 1,42% à 64,11 dollars et celui de Brent de la mer du Nord de 1,29% à 69,28 dollars.