Les bourses en Asie ont été contrastées vendredi, sous la pression d’un emballement des taux obligataires, avec un nouveau sommet en trente ans des rendements nippons, et de prix toujours élevés du pétrole en dépit d’un répit précaire.
Bourses nerveuses
A la Bourse de Tokyo, l’indice vedette Nikkei a terminé en hausse de 1,30% à 66’364 points. Mais la Bourse de Sydney a cédé 0,43% et l’indice hongkongais Hang Seng abandonnait 1,32% vers 08H30.
Les bourses de Taipei et de Chine continentale sont fermées en raison d’un jour férié.
Certes, la place japonaise semble résister mais les échanges demeurent nerveux.
«Le maintien de prix élevés du pétrole brut devrait exercer une pression à la hausse sur les taux d’intérêt à long terme et la surévaluation des actions risque de devenir une source d’inquiétude», insistent les analystes de Tokai Tokyo Intelligence.
Ils estiment que c’est l’approche d’une date de versement des dividendes pour certaines entreprises qui est venue doper le marché vendredi.
Scruté par les investisseurs, le sommet entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping a débouché sur peu d’annonces concrètes, après l’accord, dévoilé dès jeudi, d’un prolongement de la trêve douanière des deux pays.
«Les risques liés aux relations commerciales sino-américaines demeurent en toile de fond. La trêve commerciale n’a été prolongée que de deux mois, jusqu’au 10 janvier, laissant en suspens les questions relatives aux droits de douane, aux terres rares, aux restrictions technologiques», avertit Lloyd Chan, de la banque MUFG.
Répit fragile du pétrole
Vers 08H30, le cours du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre, référence du marché mondial, reculait de 1,11% à 105,40 dollars.
Celui du baril de WTI nord-américain, également pour livraison en novembre, cédait 1,92% à 92,79 dollars.
Le marché reprend son souffle après avoir de nouveau bondi la veille (de quelque 3,4% pour le Brent) alors que l’Assemblée générale de l’ONU à New York n’a débouché sur aucun signe d’avancée diplomatique entre Washington et Téhéran.
«Le regain de tensions géopolitiques au Moyen-Orient survient dans un contexte de marché pétrolier déjà tendu, suscitant des inquiétudes tant pour l’approvisionnement que pour l’inflation», rappelle Lloyd Chan.
L’Arabie saoudite a dit jeudi avoir intercepté une attaque de missiles tirés du Yémen voisin par les Houthis pro-iraniens, qui ciblait notamment Yanbu sur la mer Rouge, site crucial pour un oléoduc offrant une voie d’acheminement du pétrole alternative au détroit d’Ormuz.
Emballement des taux
Les rendements obligataires n’en finissent plus de grimper: les cours élevés du pétrole, sur fond de tensions persistantes entre Washington et Téhéran et d’indicateurs solides aux Etats-Unis, alimentent les craintes inflationnistes et renforcent donc les anticipations de hausses de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed).
Le rendement des emprunts d’Etat américain à long terme (30 ans) a atteint jeudi en séance un plus haut depuis 2004, à 5,50%, tandis que son équivalent à 10 ans a touché 5,22%, niveau plus vu depuis 2007.
En Asie, la fièvre est aussi sensible: le rendement de l’obligation d’Etat japonaise de référence à 10 ans a atteint vendredi 3,115%, son plus haut niveau depuis août 1996.
Cette hausse des rendements traduit une désaffection des investisseurs pour ces dettes souveraines, pour lesquelles ils exigent désormais des intérêts plus élevés.
«Les marchés manquent d’orientation claire. Sommes-nous confrontés à une crise obligataire ou non? Le conflit impliquant l’Iran s’aggrave-t-il? Un volume suffisant de pétrole transite-t-il par le détroit d’Ormuz?», résume Kathleen Brooks, analyste du courtier XTB.
«Tant que ces questions resteront sans réponse, la volatilité continuera de prévaloir, en particulier sur les marchés des matières premières et des obligations (...) la hausse des rendements obligataires souverains mondiaux témoigne de la pression que le marché obligataire commence à exercer sur la Maison Blanche pour mettre fin au conflit» au Moyen-Orient, estime-t-elle.
Mais «une percée diplomatique concernant l’Iran allégerait la pression sur les bons du Trésor et autres obligations souveraines, mais ne ramènerait pas les rendements à leurs niveaux d’avant-guerre en raison des risques inflationnistes», avertit Mme Brooks.
Dans ce contexte, le dollar s’est renforcé face à une monnaie japonaise fragilisée. Il cédait cependant un peu de terrain vendredi à 158,13 yens vers 08H30.