Gonet: l'actualité des marchés au 5 février

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,53%, S&P 500 -0,51%, Nasdaq -1,51%, Russell -0,90%, SOX -4,36%, Eurostoxx -0,41%, SMI +1,01%.

La grande rotation boursière se poursuit hier, dans une ambiance «Famille Addams». Le marché joue à se faire peur, voyez le VIX qui tente à nouveau de casser son solide plafond de verre sans succès. Il faut dire que la peur n’est pas la bienvenue à tous les étages de Wall Street hier, sur le palier du Nasdaq100 (NDX) on lui déroule un tapis rouge de qualité supérieure pendant que chez le vénérable Dow Jones et le S&P500 (SPX) elle est chassée comme une malpropre. Le désormais mal aimé secteur des logiciels est à nouveau maltraité, les semi-conducteurs également, tout comme la plupart des mastodontes de la tech, Apple (AAPL +2,6%) constituant l’exception notable, il semble que les acteurs du marché la considèrent désormais comme une sorte de valeur refuge vis-à-vis de l’IA (il faut que je demande à Chat GPT de m’expliquer le principe). Le NYSE ressemble de plus en plus à s’y méprendre au Macumba Night, avec deux salles deux ambiances. À gauche la salle tech, on y fait carrément la gueule (de bois) après ces années d’excès en apparence perpétuels, oui mais non. À droite, les vieux retrouvent de l’allant, cela faisait longtemps. Il suffit d’observer le breadth du marché, très nettement positif sur le SPX, c’est tout le contraire sur le NDX, le marché fait du tri, il rééquilibre les portefeuilles, corrige certains excès, une forme de retour à la réalité terrestre semble en train de s’opérer sur les parquets de trading, cela ne peut que faire du bien aux indices sur le terme.

Les volumes d’échanges augmentent significativement hier, le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, des materials et de l’immobilier, la tech figurant sans surprise en queue de peloton. Sept des onze secteurs du SPX terminent leur séance dans le vert, dès qu’on prend un peu de recul pour observer ce marché on réalise que cela va plutôt bien dans l’ensemble, à ce sujet l’indice S&P500 équipondéré (SPW) progresse de 0,88% hier, contre 0,53% au SPX et -1,77% au NDX, tout est quasiment dit dans ce constat. On notera que le SPX parvient à nouveau à défendre sa moyenne mobile à 50 jours, en revanche il y a de la casse technique à constater sur le NDX, qui traverse les 25'000 points à la baisse ainsi que sa 100 jours à la cloche, prochain support majeur la 200 jours à 23'673 pts contre une clôture à 24'891 pts. Je vous parlais du VIX, qui atteint 21,24 en séance pour finalement terminer la journée à 18,64, joli swing que celui-ci.

Au chapitre du marché obligataire cela est vraiment très calme, le rendement du 10 ans US se maintient à 4,26%, toujours au-dessus de sa 200 jours donc, il semble attendre quelque chose, mais quoi? RàS également sur la partie du 10 ans JGB, toujours à 2,22%. Côté monnaies, on observe une nouvelle tentative du billet vert de se rebeller contre notamment l’euro, ce matin la paire traite à 1,1800, c’est à suivre de près, si le dollar parvient à redresser quelque peu la tête, cela pourrait impacter négativement les matières premières, or et argent en tête. Tiens parlons-en des deux foufous du marché, qui repartent vers le sud hier. Autant vous le dire tout de suite, cela pourrait bien continuer à swinguer fort ces prochains jours. La volatilité de l’argent approche des niveaux records, reflétant la crainte des marchés que des fluctuations extrêmes deviennent la norme à court terme. La volatilité à une semaine atteint des valeurs proches de celles observées au plus fort de la crise financière mondiale, laissant penser que les traders se préparent à une possible nouvelle chute de 14% d’ici l’expiration des options, ce qui ramènerait le prix de l’once autour de 68 dollars. Le graphique de volatilité du métal gris est impressionnant, appentis traders restez à l’écart, ce marché là ne fait pas de prisonniers.

Sur l’or ce n’est guère mieux, le métal jaune est grimpé à 5595 dollars par once le 29 janvier, pour brutalement chuter dès l’annonce de la proposition de nomination de Kevin Warsh vendredi passé, à 4402 dollars lundi, puis rebondir à 5091 dollars hier et se retrouver les quatre fers en l’air ce matin, à 4879 dollars. Surveillez sa moyenne mobile à 50 jours, elle évolue actuellement à 4533 dollars.

Un mot sur le bitcoin, qui traite autour de 71’000 dollars ce matin et a manifestement cassé un support plutôt important à 74’000 dollars. Dans le marché on parle de 150 à 200 entreprises cotées aux Etats-Unis qui auraient investi une partie de leur trésorerie  dans la principale crypto-monnaie au monde, cela pourrait devenir un réel problème si sa chute se poursuit, à suivre.

On revient aux bonnes vieilles actions et un constat sans appel: cette année cela se passe beaucoup mieux en Europe qu’aux Etats-Unis. Le Stoxx Europe 600 (SXXP) progresse de 4,1% depuis le 1er janvier contre un misérable 0,54% pour le SPX (oh la lose!). Bon, on se calme et on prend un peu de recul, depuis le début 2023 le SPX gagne 87%, le NDX 133%, le SXXP 61% et le SMI 38,3%. On va revenir à notre marché à nous mais d’abord, constatons tout de même qu’en 2026 c’est dans les vieux indices qu’on fait les meilleures performances (je sors).

De retour dans nos montagnes. Depuis le début de l’année, l’indice suisse SMI sous-performe la plupart des grands indices européens, contrairement aux attentes de fin 2025. Même le récent repli des valeurs technologiques n’entraîne pas de mouvement de refuge vers la Suisse, les investisseurs privilégiant toujours les valeurs cycliques décotées, un segment peu représenté dans le SMI. Cette faiblesse s’explique en partie par la forte appréciation du franc suisse, en hausse de 17% face au dollar sur un an, qui pénalise les grandes entreprises exportatrices. Des groupes comme Logitech et Richemont figurent parmi les plus fortes baisses de l’indice. À cela s’ajoutent des difficultés propres à certaines grandes capitalisations, comme Nestlé confronté à une crise liée aux laits infantiles, UBS encore en lutte contre des exigences de fonds propres plus élevées, ou les groupes pharmaceutiques Roche et Novartis, soutiens du marché mais exposés aux risques de pression sur les prix des médicaments aux États-Unis et à une concurrence accrue des génériques. Le SMI souffre aussi de sa forte concentration, les trois plus grosses valeurs représentant près de la moitié de sa pondération, et de son manque d’exposition à des secteurs porteurs comme l’énergie et les mines. Après une hausse de 14% en 2025, les valorisations se situent dans le haut de leur fourchette historique, ce qui rend une amélioration des bénéfices indispensable, mais difficile dans un contexte d’incertitudes commerciales et de confiance des consommateurs fragile aux États-Unis et en Chine. Sur un horizon plus long, les grandes valeurs suisses se traitent toutefois avec une prime relativement modérée par rapport à leurs homologues de la zone euro. Un apaisement des tensions commerciales et un regain d’intérêt pour les valeurs de qualité et défensives pourraient attirer les investisseurs inquiets d’éventuelles bulles sur les semi-conducteurs ou de fortes hausses sur les métaux et les mines. Par ailleurs, pour rester exposés à la Suisse, certains experts privilégient les petites et moyennes capitalisations, qui bénéficient de perspectives plus favorables et surperforment les grandes valeurs cette année.

Hier soir après la clôture du NYSE Alphabet publie de solides résultats au quatrième trimestre, mais l’attention des investisseurs se concentre surtout sur ses dépenses prévues pour 2026, estimées entre 175 et 185 milliards de dollars, bien au-delà des attentes autour de 115 milliards. Le titre reste volatil après la publication, en léger recul. Ces investissements visent principalement à répondre à la forte demande pour le cloud et l’intelligence artificielle. Google Cloud réalise un chiffre d’affaires de 17,7 milliards de dollars, en hausse de 48% sur un an, avec une marge opérationnelle qui grimpe à 30,1%. L’accélération des investissements entraîne une forte hausse des amortissements, qui pourrait peser sur les marges futures. Malgré cela, le carnet de commandes atteint 240 milliards de dollars, en hausse de 55% sur le trimestre. Le bénéfice par action s’établit à 2,82 dollars et le chiffre d’affaires à 113,8 milliards, en hausse de 18%. La publicité reste le pilier du groupe, avec une croissance de 17% sur la recherche, tandis que YouTube progresse plus modestement à 9%. Après un début 2025 difficile lié à l’IA et à la régulation, Alphabet se montre aujourd’hui plus solide, soutenu par les progrès des modèles Gemini et la dynamique de son cloud, malgré un environnement concurrentiel exigeant.

Les indicateurs macroéconomiques de janvier donnent un signal globalement stable mais un peu moins dynamique. Aux Etats-Unis l’indice ISM des services ressort à 53,8, conforme aux attentes et au niveau de décembre, ce qui indique toujours une expansion du secteur, même si les composantes des nouvelles commandes et de l’emploi reculent. L’enquête ADP fait état de seulement 22’000 créations d’emplois dans le secteur privé, bien en dessous des attentes, avec une croissance soutenue dans l’éducation et la santé, mais une contraction dans les services professionnels et aux entreprises. Sur le plan financier, l’annonce trimestrielle du Trésor américain concernant les émissions de dette est conforme aux attentes, sans modification des volumes d’adjudication. L’agenda économique est légèrement perturbé par le shutdown gouvernemental : les données JOLTS de décembre et les inscriptions hebdomadaires au chômage sont reportées à cet après-midi, la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan constitue la seule publication prévue demain. Le rapport sur l’emploi de janvier est désormais attendu le 11 février et l’indice des prix à la consommation de janvier le 13 février.

Donald Trump avertit l’Iran de «beaucoup s’inquiéter» alors que les forces militaires américaines se massent dans la région. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, déclare que les pourparlers nucléaires avec les États-Unis sont prévus demain matin à Mascate.

Trump déclare à NBC News qu’il aurait rejeté Kevin Warsh comme président de la Fed si le candidat préconisait des taux plus élevés. Scott Bessent refuse de se prononcer sur la possibilité pour le président de révoquer des membres du conseil en cas de désaccord sur la politique.

Au menu macro-économique de ce jeudi, la Banque d'Angleterre à 13h00 et la BCE à 14h15 (pas de changements attendus, focus sur les discours). Aux Etats-Unis, l'enquête JOLTS sur les ouvertures de postes (16h00) puis un discours de Raphael Bostic de la Fed (16h50).

BNP Paribas relève ses objectifs de rentabilité après avoir dégagé 3 milliards d’euros de bénéfice au quatrième trimestre. Stellantis confronté à des retards dans la production des modèles Peugeot en raison de problèmes dans une usine de batteries, selon l’agence Bloomberg. Novo Nordisk lancera le comprimé Ozempic pour le traitement du diabète au deuxième trimestre 2026. Ciena va rejoindre le SPX, pour prendre la place laissée vacante par Dayforce, racheté par le fonds Thoma Bravo. Roblox dévoile une IA générative capable de créer des modèles interactifs en langage naturel. Sony en vive hausse après ses trimestriels, Panasonic  s'envole de plus de 10%. Baidu annonce un programme de rachat d'actions de 5 milliards de dollars.

La phrase la plus désintéressée de l’année: Jensen Huang, le CEO de Nvidia, qualifie la vente massive de logiciels de «chose la plus illogique au monde». (ndlr: lorsque quelqu’un, aussi puissant soit-il, traite le marché de c.., cela devrait donner lieu à réfléchir).

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse à part Hong Kong qui grappille 0,14%. Tokyo perd 0.88% en clôture, Shanghai rend 0,64%, Séoul chute de 3,86% et le Nifty50 recule de 0,69%. Le future SPX est inchangé, l’Europe ouvre en recul de 0,3%.

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