Ce n’est pas un hasard si les institutions financières les plus influentes au monde se sont depuis longtemps implantées en Suisse. Ce n’est pas à cause des Alpes. Ce n’est même pas, avant tout, à cause des banques.
C’est ce que les Suisses ont mis cinq siècles à construire: une culture commerciale où une poignée de main a un poids réel, une culture réglementaire qui privilégie le fond à la forme, et une culture financière où le rôle du régulateur n’est pas de protéger l’Etat contre les marchés, mais de protéger les marchés contre eux-mêmes. La Suisse ne s’est pas contentée de gérer l’argent. Elle a géré le bien sous-jacent qui permet à l’argent de fonctionner — la confiance — en tant qu’infrastructure, en tant que produit d’exportation, en tant qu’identité nationale.
Aujourd’hui, le pays accueille la Banque des règlements internationaux — la banque des banques centrales — dont le siège de Bâle abrite également le secrétariat du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, l’organisme dont les normes de fonds propres régissent toutes les banques d’importance systémique dans le monde, ainsi que celui du Conseil de stabilité financière, créé au lendemain de la crise de 2008 pour coordonner la réponse réglementaire mondiale au risque systémique. La Suisse n’a pas attiré ces institutions par hasard. Elle les a méritées en démontrant sans relâche que l’on pouvait compter sur ses cadres juridiques et réglementaires pour survivre à n’importe quel cycle de marché ou pression politique.
Lorsque Matrixport — opérant désormais sous le nom de BIT — a choisi d’établir des entités réglementées en Suisse, c’était avant tout une prise de position sur les normes, plus qu’une prise de position sur les marchés.
BIT, qui a changé de nom en mars 2026 pour succéder à Matrixport, a été fondée pendant l’une des périodes les plus tumultueuses de l’histoire des actifs numériques. Ses premières années ont coïncidé avec une série d’effondrements du secteur qui ont enseigné à toute une génération d’investisseurs la même leçon: dans le domaine des cryptomonnaies, la technologie ne génère pas automatiquement la confiance. Ce qui compte, c’est l’architecture qui l’entoure — les structures de gouvernance, les contrôles des risques, les mécanismes de divulgation et la vérification indépendante — qui tiennent bon non pas en période de conjoncture favorable, mais lorsque les marchés s’effondrent.
La réponse de l’entreprise à ces turbulences a consisté à considérer l’infrastructure institutionnelle non pas comme une obligation réglementaire, mais comme un principe fondateur — et à s’organiser en conséquence. Comme l’écrit John Ge, cofondateur et PDG, dans le livre blanc sur la confiance publié en 2026: «Nous avons toujours estimé que les actifs numériques ne justifiaient pas des normes moins strictes en matière de sécurité, de conformité ou de transparence. Au contraire, dans un secteur hautement incertain, ces exigences deviennent encore plus cruciales.»
Les quatre piliers — sécurité, conformité, transparence et vérifiabilité — décrits dans le livre blanc ne sont pas de simples aspirations. Il s’agit de la description de systèmes déjà en fonctionnement continu. La sécurité a été mise en œuvre comme une condition préalable, intégrée dès le départ à la gouvernance, à l’ingénierie et à l’infrastructure, et non ajoutée a posteriori une fois le produit développé. La conformité a défini les limites de chaque secteur d’activité dès le départ, et n’a pas été appliquée après coup, à l’arrivée des régulateurs. La transparence s’exerce par la divulgation structurée et fondée sur des faits des dispositifs de gouvernance et de contrôle — ce que le livre blanc décrit comme une «approche axée sur la responsabilité» communiquée par les voies officielles. Quant à la vérifiabilité, elle est démontrée par un cadre d’assurance indépendant à plusieurs niveaux — certifications ISO, attestations SOC de type II, audits financiers annuels — spécialement conçu pour qu’aucun audit ne serve à lui seul de base unique de confiance.
En 2024, Matrixport a racheté Crypto Finance (Asset Management) AG — un gestionnaire suisse agréé — et l’a rebaptisée Matrixport Asset Management AG, mettant ainsi en place une plateforme agréée par la Finma dédiée à la gestion d’actifs institutionnelle en Europe. Cette acquisition a placé la société sous la supervision directe de la Finma, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, qui compte parmi les régulateurs financiers les plus rigoureux au monde — une autorité dont les exigences envers les institutions supervisées vont bien au-delà des simples formalités d’agrément. La Finma se décrit comme «attachée à une réglementation fondée sur des principes, différenciée, neutre sur le plan technologique et compatible au niveau international», avec une supervision axée sur la vérification que les institutions ont véritablement mis en place les systèmes adéquats, et non pas simplement rempli les formulaires requis.
C’est précisément la question à laquelle répondent déjà les quatre piliers de BIT. Une licence suisse est un signal crédible dans la finance institutionnelle, mais ce qui lui donne tout son sens ici, ce n’est pas la licence en soi. C’est le fait que les exigences de la surveillance de la Finma — une gouvernance démontrée, des contrôles vérifiables, une responsabilité maintenue dans la durée — correspondent à ce que BIT s’était déjà engagée à mettre en place avant même le dépôt de la demande. La surveillance n’est pas une contrainte imposée de l’extérieur. Il s’agit d’une validation externe d’une norme interne qui l’a précédée.
En décembre 2025, Matrixport Asset Management AG a nommé Dominik Oggenfuss au poste de directeur général. Il apporte plus de 25 ans d’expérience dans le secteur financier en Asie, au Moyen-Orient et en Europe. Par ailleurs, Friedrich Herzog, nommé directeur des investissements, apporte plus d’une décennie d’expérience dans la finance traditionnelle.
Dominik Oggenfuss, en tant que PDG, et Friedrich Herzog, en tant que directeur des investissements, apportent cette mémoire institutionnelle à BIT — non pas comme une mise en garde à réciter, mais comme un bagage professionnel qui façonne leur manière de construire. Le fait qu’ils opèrent depuis une plateforme suisse n’est, dans ce contexte, ni une coïncidence ni une simple façade.
C’est la suite logique d’une démarche délibérée: dans les services financiers, les normes auxquelles on choisit de se soumettre constituent en elles-mêmes une déclaration d’intention — formulée avant même l’arrivée du premier client, et lisible par chaque contrepartie, régulateur et partenaire institutionnel qui suivra.
Alors que les actifs numériques passent de la périphérie de la finance à son cœur même, la question déterminante pour le secteur n’est plus de savoir si des normes plus strictes vont voir le jour. Il s’agit de savoir quelles institutions les auront déjà mises en place lorsqu’elles seront mises à l’épreuve — non pas en réponse à la pression, mais en l’anticipant. La réponse de BIT est déjà claire, comme en témoignent son choix de la Suisse et les cadres réglementaires au sein desquels elle a choisi d’opérer et auxquels elle se soumet. Le travail se poursuit. La direction est tracée.