Risques idiosyncratiques sur les actions émergentes

Salima Barragan

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D’après David Czupryna chez Candriam, les investisseurs doivent analyser les risques des actions émergentes sous l’angle ESG.

Manque de transparence. Complexité des actionnariats. Barrière linguistique. Beaucoup de difficultés entravent l’analyse ESG des actions des pays émergents. Or, selon David Czupryna, ces difficultés sont des risques potentiels. L’analyse ESG s’avère donc essentielle pour des régions où les dérives sont malheureusement encore nombreuses. Entretien avec le responsable Portefeuilles Clients ESG chez Candriam.

Les standards de transparence des entreprises situées dans les pays émergents étant moins élevés que chez nous, n’est-il pas prématuré de considérer les facteurs ESG de cette classe d’actifs?

Oui et non. Il est effectivement plus compliqué de faire une analyse ESG sur les actions émergentes car les standards de transparence ne sont équivalents à ceux des marchés développés. Les structures actionnariales sont parfois plus complexes et enfin, nous avons affaire à des barrières linguistiques car les reportings ne sont pas toujours disponibles en anglais. Mais c’est justement ces difficultés, identifiées comme des risques potentiels, qui rendent l’analyse ESG essentielle.

On n’est jamais au risque zéro, mais en tant qu’investisseur,
nous pouvons nous en rapprocher.
Au-delà des risques ESG classiques, les entreprises des pays émergents sont confrontées à des risques spécifiques…

Elles sont exposées aux grands risques environnementaux auxquels l’humanité fait face, comme le risque climatique, mais aussi a d’autres risques spécifiques car ces pays ont une croissance démographique élevée. De plus, les entreprises font face à une demande exponentielle, par exemple les entreprises laitières chinoises dont la contamination des produits a entamé la confiance des investisseurs. Il y a également des risques accrus sur les conditions de travail comme par exemple dans l’industrie textile au Bangladesh. Enfin, dans certains pays émergents, le risque de corruption est encore monnaie courante. Il appartient donc d’analyser correctement les risques idiosyncratiques des entreprises originaires, ou ayant un siège, dans ces pays.

Pour vous assurer que les conditions de travail des entreprises du textile dans lesquelles vous investissez respectent les standards minimums, allez-vous visiter leurs ateliers sur place?

Nous privilégions le dialogue avec les entreprises en vue de faire progresser les conditions de travail. Nous faisons partie de plusieurs coalitions d’actionnaires qui ont déjà permis d’améliorer la sécurité conditions de travail de façon sensible.

Revenons sur le manque de transparence des entreprises de ces marchés. Comment pouvez-vous alors intégrer avec certitude les critères ESG dans vos analyses?

On ne peut jamais être certain. Nous nous focalisons sur les meilleures entreprises du secteur en évaluant leurs risques. Au travers de la coalition «The Accord», par exemple, dont nous faisons partie, nous avons dialogué avec plusieurs centaines d’entreprises du textile sur des mesures concrètes comme la sécurité au travail des personnes. On n’est jamais au risque zéro, mais en tant qu’investisseur, nous pouvons nous en rapprocher. L’initiative «Workforce» (Workforce Disclosure Initiative), qui regroupe des investisseurs, couvre une série de secteurs, et à travers des questions détaillées, encourage les standards minimum des conditions de travail.