HBM Healhcare Investments compte bénéficier de l’expiration considérable de brevets pharmaceutiques d’ici à 2032 en se concentrant sur des entreprises de la biotechnologie qui tireront le mieux profit de cette évolution. Ce véhicule hybride, qui investit dans des sociétés cotées en bourse et privées du secteur des sciences de la vie, entend notamment valoriser des actifs biotech qui peuvent être acquis à des primes élevées (+99% en moyenne lors des trois dernières années). HBM Healthcare Investments a concrétisé plus de 70 transactions de vente ou d’IPO (entrée en bourse) durant la dernière décennie. Elle a réalisé en francs suisses une performance annuelle (y compris les distributions réinvesties) de 11,1% en ce qui concerne la VNI (valeur nette d’inventaire) et de 13,2% s’agissant de l’action cotée sur SIX Swiss Exchange lors des dix dernières années (situation à fin février 2026). HBM HI affiche une valeur boursière d’environ 1,5 milliard de francs et une décote de l’ordre de 20% du cours de l’action vis-à-vis de la VNI (près de 279 francs par titre au 31 mars 2026). Depuis l’IPO (entrée sur SIX Swiss Exchange) en février 2008, la VNI a augmenté en moyenne de 10,8% par an. La progression de la VNI bat nettement l’évolution des indices et du Nasdaq Biotechnology en particulier. Son CEO Andreas Wicki explique à Allnews ce qui sous-tend HBM HI et ses perspectives.
La forte reprise du secteur biotechnologique depuis le point bas d’avril 2025 est une excellente nouvelle pour HBM Healthcare Investments. De plus, l’intérêt pour les fusions et acquisitions (M&A) est très grand. Quelles sont vos attentes pour 2026 et à plus long terme?
Les conditions de marché pour le secteur des biotechnologies se sont améliorées sensiblement lors de ces derniers mois. Les entreprises de biotechnologie qui enregistrent des découvertes importantes demeurent des proies privilégiées des grands groupes pharmaceutiques, qui doivent régulièrement renouveler leurs portefeuilles de propriété intellectuelle. Nous venons dernièrement encore d’en profiter avec l’acquisition de la société biopharmaceutique américaine Terns Pharmaceuticals (ndlr: développement de petites molécules pour traiter de maladies graves comme le cancer et l’obésité) par Merck pour 6,7 milliards de dollars, ce qui nous permet de tripler le capital investi de 19 millions de dollars. Cette transaction s’ajoute aux six entreprises en portefeuille qui ont été acquises par des firmes pharmaceutiques ou des investisseurs financiers durant l’exercice clos à fin mars: Merus, Y-mAbs Therapeutics, 89Bio, Akero, Bluejay Therapeutics et Swixx Biopharma.
«Nous avons dû toujours lutter contre la dépréciation du dollar.»
Nous nous attendons à ce que plusieurs des entreprises que nous avons en portefeuille atteignent en 2026 d’importants résultats ou décisions en termes d’homologation. Entre autres ArriVent BioPharma (données cliniques de phase III dans le cancer du poumon), Oculis (données de phase III dans le traitement de la sécheresse oculaire et de l’oedème maculaire diabétique), Harmony Biosciences (données de phase III dans le traitement du syndrome de Prader-Willi) ou CStone Pharmaceuticals qui prévoit de lancer les premiers essais cliniques mondiaux de phase III portant sur le cancer du poumon non à petites cellules d’ici la fin 2026.
Qu’est-ce que cela signifie en termes de potentiel de création de valeur supplémentaire pour HBM?
Nous l’évaluons à environ 150 millions de francs, et ce indépendamment du marché des actions.
Une éventuelle détérioration de la situation mondiale, notamment due à l’Iran, ou du dollar pourrait-elle remettre cela en question?
Comme HBM est un investisseur et non un opérateur pharma, le marché des actions et son évolution sont significatifs pour nous. Car le comportement des investisseurs influe sur la valeur nette d’actif (VNI) de HBM. Une escalade au Moyen-Orient avec un risque accru de récession, d’inflation et de disruption peut entraîner une aversion pour le risque. Un marché boursier sous pression peut en particulier remettre à plus tard des IPO.
Cependant, les innovations dans les secteurs pharma et biotech s’avèrent indépendantes de la bourse et de ses évolutions. Les entreprises pharma et biotech doivent en effet planifier pour les 10 à 15 prochaines années. Et de ce point de vue, les développements à venir sont prometteurs en même temps qu’un nombre important de brevets vont échoir d’ici 2032. A cet égard, le portefeuille de HBM HI recèle un potentiel considérable, indépendamment de la tendance boursière.
Par ailleurs, quand HBM HI a été lancé en 2001, le dollar s’échangeait à environ 1,70 franc suisse, contre 0,80 aujourd’hui. Nous avons ainsi toujours dû lutter contre la tendance négative du dollar. Sans oublier les diverses crises survenues entre-temps. Ce qui ne nous a pas empêché d’atteindre en francs suisses un rendement total annuel à deux chiffres en moyenne.
Peut-on affirmer qu’un nouveau cycle haussier s’est enclenché dans le secteur de la santé?
Le cycle d’innovation s’accélère avec une qualité et une intégrité accrues des données. Le marché des biomédicaments qui constituent la majorité des lancements commerciaux demeure porteur et comporte une myriade d’opportunités. Les thérapies cellulaires et géniques, les vaccins à ARN messager et les anticorps monoclonaux (mAbs) en sont aujourd’hui les grands supports. Le paysage mondial de la biotechnologie connaît une secousse sismique, avec la Chine qui est parvenue au même niveau que les Etats-Unis en termes de recherche et développement et pipeline de produits, reléguant du même coup l’Europe à la troisième place. Les firmes biopharmaceutiques émergentes forment l’épine dorsale de l’innovation. Plus de 90% des biothérapies de nouvelle génération (thérapies géniques, cellulaires et nucléotidiques) sont développées par des entreprises biopharmaceutiques émergentes.
La diversification de HBM Healthcare Investments n’est-elle pas trop grande, notamment par rapport à BB Biotech ou à d’autres fonds?
HBM exploite à travers une société d’investissement cotée des capitaux permanents compétitifs vis-à-vis du private equity et de la gestion passive. Des fonds de placement ouverts peuvent être livrés à des sorties de capitaux dans un environnement défavorable. Nous avons davantage de possibilités d’augmenter ou de réduire une participation au gré de son évolution. HBM peut bien mieux gérer le risque. En oeuvrant dans un vaste univers d’entreprises cotées et non cotées. Cette combinaison nous ouvre davantage d’opportunités d’investissement et de flexibilité. Le portefeuille compte actuellement bon nombre de petites participations qui, soit réussiront et prendront beaucoup d'ampleur, soit disparaîtront. Nous nous situons certainement dans le haut de la fourchette en termes de nombre de positions, mais nous disposons d'un bon groupe de gagnants potentiels représentant chacun un pourcentage élevé du portefeuille.
«Un rendement total à deux chiffres par an demeure possible dans les cinq à sept prochaines années.»
HBM dispose-t-elle d’un avantage concurrentiel grâce à un portefeuille bien équilibré sous l’angle du risque?
C’est le cas si l’on considère la structure du portefeuille, aussi bien en termes de stade de développement des entreprises, dont près de la moitié se révèle rentables, que des domaines thérapeutiques, avec un bon équilibre entre l’oncologie, l’immunologie et les maladies inflammatoires, les maladies rares, les maladies du système nerveux central et la biologie synthétique. Près de la moitié de l’exposition consiste en biotechnologie (nouveaux médicaments, R&D et plateformes), le reste portant sur les dispositifs médicaux, le diagnostic, la santé numérique et autres services de santé.
En outre, le portefeuille est bien diversifié à l’échelle mondiale. Il est également bien équilibré du point de vue du risque eu égard à la répartition entre les sociétés cotées en bourse et celles privées, complétées par quelques fonds d’investissement. Cette stratégie hybride procure plusieurs avantages stratégiques, dont l’accès aux différents stades de développement: préclinique, phases cliniques I, II et III, les produits sur le marché et les firmes rentables. En période de volatilité boursière, les entreprises privées peuvent stabiliser la performance globale.
HBM joue un rôle d’investisseur actif dans les sociétés privées, influençant leur stratégie de sortie, au moyen d’une vente industrielle ou d’une IPO. Le risque est bien plus élevé pour le manager d’une entreprise pharma ou biotech, de même que pour le gérant d’un portefeuille trop concentré.
HBM a battu le marché sur le long terme. Quels sont vos objectifs de rendement pour l’avenir?
Nous pensons qu’un rendement total annuel à deux chiffres demeure possible dans les cinq à sept prochaines années. Un potentiel considérable existe. C’est pourquoi les investisseurs doivent se positionner à long terme.
Comment gérez-vous la décote de l’action par rapport à l’actif net réévalué ou VNI?
La décote s’avère neutre pour un investisseur à long terme, même s’il revend avec une décote; ce qui prime est un accroissement attractif de la VNI dans la durée. C’est le but de HBM. En revanche, l’acquisition d’actions avec une prime sur la VNI peut amputer une partie du rendement. Au demeurant, nous effectuons une politique du dividende particulièrement favorable et des rachats d’actions le cas échéant. Ce qui contribue à diminuer la décote.
Est-ce justement l’objectif de Saba Capital Management qui détient 10% du capital de HBM Healthcare Investments?
Vraisemblablement dès lors que Saba fait de l’arbitrage en matière de décote en ciblant des fonds fermés et des investment trusts qui se négocient avec une décote substantielle par rapport à leur valeur nette d’inventaire. Et en agissant pour réduire celle-ci et capter, ce faisant, de la valeur. Pour nous, ce qui est déterminant est l’augmentation de la valeur à long terme du contenu du portefeuille que nous gérons, sans ignorer la gestion de la décote.