La perte d’autonomie de la Réserve Fédérale pourrait stimuler l’inflation

Nicolette de Joncaire

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La possible remise en cause de l’indépendance de la banque centrale apparaît comme l’un des facteurs pesant sur la confiance des marchés, explique Vasileios Gkionakis d’Aviva Investors.

 

L’indépendance décisionnelle de la Réserve Fédérale paraît aujourd’hui menacée, alors qu’elle demeure essentielle pour maîtriser l’inflation américaine et garantir la stabilité des marchés. Sa fragilisation possible constitue l’une des menaces majeures pour la confiance des investisseurs. L’ingérence du gouvernement et son impact sur la gestion des taux d’intérêt pourrait entraîner une hausse des taux d’intérêt à long terme, compliquant le service de la dette américaine. Analyse avec Vasileios Gkionakis, économiste principal et stratège chez Aviva Investors.

Avec l’imposition de droits de douane élevés, l’inflation américaine pourrait s’accélérer: que réserve le duel entre Trump et la Réserve Fédérale?

La hausse des tarifs douaniers devrait avoir un effet inflationniste aux Etats-Unis. S’il s’est montré relativement modéré jusqu’à présent, c’est en grande partie dû à l’existence de stocks importants mais les prochains mois seront révélateurs. Si l’inflation venait à s’intensifier, toute l’attention devrait se porter sur l’évolution des anticipations inflationnistes car sur le plan strictement mécanique, les droits de douane n’exercent qu’un effet temporaire sur l’inflation. Mais le véritable enjeu se joue dans un second temps, du côté du sentiment de marché et des anticipations inflationnistes.

C’est là qu’intervient la question cruciale de l’autonomie de la banque centrale, indissociable de la dynamique des marchés. La Réserve Fédérale a déjà subi plusieurs tweets De la part du Président Donald Trump qui pourrait accentuer la pression pour faire baisser les taux. Or, l’indépendance de la Réserve fédérale demeure essentielle pour l’évolution de l’inflation américaine. Sa remise en cause apparaît aujourd’hui comme l’un des facteurs majeurs pesant sur la confiance des marchés.

Le protectionnisme américain remet-il en cause la mondialisation?

Les récents mois ont favorisé une certaine déglobalisation, mais il faut nuancer. Les initiatives de l’administration américaine cherchent surtout à ramener les emplois manufacturiers aux Etats-Unis, un mouvement déjà observé en 2017 et 2018. La mondialisation n’est pas terminée, même si elle connaît un ralentissement. Le plus important est que le scénario catastrophe prévu début avril a été évité.

Pourquoi la Suisse a-t-elle subi des sanctions douanières si sévères?

L’administration américaine a imposé des droits de douane de 39 % à la Suisse, à la suite d’une plainte du président Trump concernant le déficit commercial des Etats-Unis avec ce pays, lors d’un récent entretien téléphonique avec la présidente suisse Karin Keller-Sutter. Le président Trump a également tenté de suggérer des cas de manipulation monétaire. Il s’agit donc d’un dialogue de longue date. Les négociations se poursuivent, l’objectif étant que les Etats-Unis réduisent leurs droits de douane à un niveau similaire à celui imposé à l’Union européenne.

La chute de la natalité touche l’Occident et la Chine. Quels conséquences ce déclin démographique entraînera-t-il?

La démographie actuelle crée un déséquilibre croissant entre population active et retraités, qui tend à devenir incontrôlable. La solution le plus évidente reste de relever l’âge de la retraite. Ce qui ne viendra pas sans enjeux considérables. Encourager la natalité afin de maintenir une main-d’œuvre suffisante pour financer les retraites est également complexe et ses effets se feront sentir seulement sur le long terme. Une lueur d’espoir réside dans la fin de l’austérité budgétaire, qui permettrait de financer ces mesures. Mais pour l’heure, il convient de rester prudent. En Chine, en revanche, la situation pourrait évoluer rapidement: dans un contexte d’économie centralisée, si le gouvernement décide de prioriser ce problème, les changements peuvent intervenir très vite.

L’intelligence artificielle demeure au cœur des préoccupations des marchés. Qui en tirera réellement profit?

Les investissements massifs dans l’intelligence artificielle finiront par porter leurs fruits et livrer des bénéfices, même si les résultats peuvent se faire attendre. Son potentiel à long terme est indéniable, mais les gains à court terme restent incertains, ce qui pourrait accentuer la volatilité des marchés, surtout en cas de récession aux Etats-Unis. En dehors des fabricants de puces et de cartes graphiques, les premiers bénéficiaires seront les data centers et par conséquent l’énergie nécessaire pour les alimenter. On estime qu’environ 25% du code informatique pourrait être généré par l’IA, mais il faudra veiller à ce que cette production soit à la fois efficace et économe en énergie.

L’or poursuit sa hausse: jusqu’où ira-t-elle?

Les inquiétudes sur la politique monétaire de la Réserve fédérale et les peurs inflationnistes devraient continuer d’alimenter la hausse de l’or, qui pourrait progresser de manière significative. Notre sentiment reste relativement constructif pour l’or, et il en va de même pour l’argent.

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