Le groupe Swiss Life a publié mercredi ses résultats au premier semestre1. Matthias Aellig, CEO de Swiss Life depuis 2024 après avoir déjà été directeur financier à partir de 2019, commente l’évolution des différents secteurs d’activité du groupe, y compris les développements dans son unité de gestion d’actifs. Il estime aussi que le groupe d’assurance est bien positionné pour faire face à un éventuel retour aux taux négatifs en Suisse, même s’il précise qu’il ne s’agit du scénario de base envisagé par l’assureur zurichois. Entretien.
Les chiffres de Swiss Life pour le premier semestre ont été meilleurs que prévu en ce qui concerne le résultat d’exploitation (903 millions de francs suisses, tandis que le bénéfice du groupe (602 millions) a été légèrement inférieur aux attentes. Si vous deviez commenter vous-même quelques points essentiels des chiffres du premier semestre, lesquels seraient-ils?
Une petite remarque préalable au sujet du bénéfice net de 602 millions de francs. Si l’on regarde nos chiffres, notre bénéfice net correspond au consensus . Le consensus AWP était même légèrement inférieur, à 593 millions. Les chiffres du premier semestre 2025 sont donc légèrement meilleurs qu’attendu par AWP.
Dans l’ensemble, nos activités opérationnelles ont connu une évolution réjouissante au cours du premier semestre. C’est le cas pour les activités d’assurance. Nous y avons enregistré une croissance, que ce soit au niveau des primes, du bénéfice d’exploitation provenant de l’assurance ou de ce que l’on appelle la marge de service contractuelle (Contractual Service Margin), c’est-à-dire les bénéfices futurs non encore réalisés. L’ensemble de ces chiffres sont très satisfaisants.
Nous avons également enregistré une croissance des revenus issus des primes et commissions et nous avons réalisé un afflux très important de nouveaux capitaux nets, en particulier dans le domaine de la gestion d’actifs pour le compte de tiers (TPAM) Le bénéfice d’exploitation a augmenté. Notre solvabilité reste solide, voire s’est encore améliorée.
Dans l’ensemble, je suis donc vraiment satisfait de la marche des affaires et des progrès réalisés au cours du premier semestre. C’est également pour nous un début très réussi pour le nouveau programme triennal. C’est vraiment un résultat positif quand on examine les différentes unités commerciales.
Dans l’unité opérationnelle Suisse, qui est la plus grande unité opérationnelle, l’évolution est également positive. La croissance enregistrée au premier semestre, d’environ +4 % pour les primes émises, brutes ainsi que de +5% pour les revenus issus de frais et de commissions, correspond-elle à la trajectoire de croissance normale de Swiss Life à l’avenir?
C’est difficile à dire. Surtout si je parle d’abord des primes. Les primes uniques sont bien sûr également importantes dans ce domaine. Mais ces primes uniques peuvent aussi évoluer de manière quelque peu volatile. Nous voulons y connaître une croissance structurelle. Nous sommes heureux d’atteindre de tels chiffres en matière de croissance des primes.
«Nous avons clairement l’intention de poursuivre notre croissance dans le domaine des placements pour les clients privés, en dehors du secteur des assurances.»
Nous avons clairement l’intention de poursuivre notre croissance dans le domaine des placements pour les clients privés, en dehors du secteur des assurances. Nous avons également continué à croître dans le domaine des commissions en Suisse, chez Swiss Life Select pour la planification financière, ainsi que dans le courtage hypothécaire. Nous voulons poursuivre notre croissance dans tous ces segments.
Si l’on examine les chiffres de l’unité opérationnelle France, les primes émises, brutes ont également connu une hausse relativement forte de +7% au premier semestre. Et cela, alors que l’on pourrait parfois avoir l’impression que la France se trouve dans une situation difficile, du moins en ce qui concerne la question de la dette. Comment expliquez-vous que l’assurance vie reste très robuste en France?
La France doit certes relever de nombreux défis, mais elle compte encore beaucoup de clients fortunés, notamment dans le segment des personnes dites Affluent. L’évolution des activités reste positive. Les placements dans les assurances vie en France ne sont pas concernés par la hausse de l’impôt sur les sociétés. Les clients français sont également intéressés par le conseil. Nous ne constatons pas que la situation générale ait un impact sur nos segments de clientèle. La demande pour nos produits reste très robuste en France.
«Les placements dans les assurances vie en France ne sont pas concernés par la hausse de l’impôt sur les sociétés.»
Au sein de l’unité opérationnelle de gestion d’actifs (Swiss Life Asset Managers), les nouveaux capitaux nets TPAM ont fortement augmenté au premier semestre par rapport à la même période de l’année précédente. Ils sont passés de 1,22 milliard au premier semestre 2024 à 13,2 milliards au cours des six premiers mois de 2025. Comment expliquer cette augmentation?
Il faut tenir compte du fait que les afflux de nouveaux capitaux nets de 1,2 milliard qui avait été enregistré au premier semestre 2024 étaient exceptionnellement bas. Au premier semestre 2025, nous avons progressé dans toutes les classes d’actifs, à l’exception du secteur des infrastructures.
Nous avons notamment enregistré une forte progression avec nos produits indiciels dans le domaine des actions et des obligations.
Cette tendance devrait-elle se poursuivre au second semestre 2025 en termes d’afflux nets de nouveaux capitaux?
Absolument, nous prévoyons de nouveaux afflux au second semestre. Mais pas unen progression dans les mêmes proportions qu’au premier et au deuxième trimestre.
Quelles sont les attentes des clients en matière de gestion d’actifs - dans quel domaine l’activité se développe-t-elle particulièrement bien?
Les chiffres du premier semestre parlent d’eux-mêmes. Nous constatons une demande dans tous les domaines. La demande pour l’immobilier, les activités liées aux indices et les produits gérés activement est positive.
Dans le domaine des placements alternatifs, nous avons certes enregistré une légère sortie au premier semestre, mais il s’agissait d’une sortie planifiée liée aux infrastructures. Cela n’a donc rien de négatif pour nous.
Notre ambition stratégique reste de poursuivre la croissance de nos activités avec des clients tiers. Lors de la dernière Journée des investisseurs en décembre 2024, nous avons déclaré que nous souhaitions augmenter les actifs sous gestion dans le domaine des clients tiers (TPAM) à 170 milliards (contre 138 milliards à la fin juin). Nous voulons également porter le résultat d’exploitation de Swiss Life Asset Managers à plus de 500 millions en 2027. La majeure partie de cette croissance des bénéfices doit provenir des activités avec les clients tiers.
«Nous voulons porter le résultat d’exploitation de Swiss Life Asset Managers à plus de 500 millions en 2027.»
Nous avons des ambitions de croissance claires et nous estimons être bien positionnés avec nos produits. Si vous observez l’évolution actuelle des taux d’intérêt en Suisse, vous constaterez que cela continuera à soutenir structurellement la demande en immobilier.
Vous vous attendez à une forte demande en immobilier en raison des taux d’intérêt relativement bas?
Oui, nous sommes optimistes à ce sujet. À l’étranger également, nous prévoyons de nouveaux afflux dans ce domaine. Nous affirmons depuis longtemps que les actifs réels, et en particulier l’immobilier, offrent également une protection contre l’inflation. Les seules obligations n’offrent pas cette protection. C’est un facteur qui soutient bien la demande.
Comment considérez-vous la discussion sur un possible retour aux taux d’intérêt négatifs en Suisse? Comment les assureurs peuvent-ils s’y préparer?
Je tiens tout d’abord à préciser que notre scénario de base ne prévoit pas un retour à des taux négatifs en Suisse. Pour cela, il faudrait une récession significative, généralement une récession mondiale.
«Notre scénario de base ne prévoit pas un retour à des taux négatifs en Suisse. Pour cela, il faudrait une récession significative.»
La Suisse a déjà connu un retour aux taux d’intérêt négatifs à court terme. Le retour aux taux négatifs serait quelque chose de particulier, de l’avis même de la BNS. Même si l’on examine l’évolution économique, nous pensons que cela ne sera pas nécessaire. C’est une remarque préliminaire importante.
Si nous devions néanmoins revenir à des taux négatifs, il faut se rappeler que nous avons connu des taux d’intérêt négatifs, à court et à long terme, en Suisse jusqu’en 2022. En tant qu’assureur proposant à la fois des assurances vie, de la gestion d’actifs et de la gestion financière, nous avons très bien résisté pendant toutes ces années.
Nous avons pu continuer à développer notre activité et augmenter nos bénéfices. Nous sommes prêts à faire face à une telle situation. Nous avons déjà traversé cette évolution. Il y a dix ans, c’était encore quelque chose de nouveau pour nous. Nous avons dû former nos conseillers à aborder les clients dans le domaine de l’assurance-vie et à leur expliquer la situation.
À cet égard, nous serions certainement encore mieux préparés si les taux d’intérêt négatifs devaient revenir. Mais, comme je l’ai dit, ce n’est pas le scénario de base auquel nous nous attendons.
Ce n’est donc pas le scénario principal, mais si cela devait arriver, vous y seriez bien préparés?
Exactement. Et si nous étions confrontés à une situation plus difficile dans le domaine de l’assurance-vie, nous pourrions en tirer profit dans la gestion d’actifs grâce à notre forte concentration sur les actifs réels, sur l’immobilier.
C’est ce que nous appelons la couverture naturelle de notre modèle d’affaires. Si un domaine, l’assurance-vie, devait rencontrer des difficultés, nous disposerions alors d’avantages considérables dans la gestion d’actifs.
Il en va de même dans le domaine du conseil financier, lorsque nous conseillons des clients privés qui ont toujours besoin de conseils, que les taux d’intérêt soient élevés ou bas, qu’ils baissent ou qu’ils augmentent. C’est une bonne chose et c’est aussi la force de notre modèle commercial avec les domaines de l’assurance-vie, du conseil financier et de la gestion d’actifs.
Concernant la quote-part de distribution des dividendes supérieur à 75%: y a-t-il des situations où vous vous demanderiez s’il est judicieux de maintenir un taux de distribution aussi élevé - ou s’il vaudrait mieux investir dans de nouveaux projets?
L’un des objectifs de «Swiss Life 2027» est clairement de distribuer plus de 75% des bénéfices. Néanmoins, cet objectif tient déjà compte de notre volonté de continuer à investir. Nous continuons à investir dans la croissance de toutes nos unités commerciales. Malgré ces investissements, il est clair pour nous que nous allons continuer de distribuer plus de 75% des bénéfices. Lorsque nous affirmons que nous avons pris un bon départ et que nous sommes en bonne voie avec le nouveau programme, cette déclaration s’applique également à cet objectif. Il s’agit donc d’une combinaison entre un taux de distribution supérieur à 75% et une augmentation du dividende par action.