Solidarité

Igor de Maack, DNCA

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Malgré les élans de solidarité, le retour à la normale semble bien loin.


©Keystone

Ce mot assez éloigné de la sphère financière a pris tout son sens à l’apparition de la crise sanitaire que le monde affronte: solidarité des autorités monétaires au chevet des économies et actions plus ou moins simultanées des gouvernements en faveur des individus et entreprises.

En Europe, si la BCE a activé quasiment tous ses mécanismes de sauvetage, il n’en demeure pas moins la résurgence de la fameuse fracture Nord-Sud et plus particulièrement le débat entre la puissante et riche Allemagne et la fragile mais industrieuse Italie. Les pays les plus faibles sont pour l’instant les plus touchés comme lors de la crise de la zone euro. Même si le discours est en train de changer Outre Rhin, Ursula von der Leyen doit encore travailler pour arriver à un résultat et des solutions concrètes lors du prochain Eurogroup le 7 avril.

Les parties les plus extrêmes recommencent à «torpiller»
l’Europe parfois au profit de puissances comme la Chine ou la Russie.

Il ne sera pas possible pour l’Italie de se sortir seule de la crise économique qui suivra (on estime la baisse du PIB italien à 6%). Les parties les plus extrêmes recommencent à «torpiller» l’Europe parfois au profit de puissances comme la Chine ou la Russie qui s’engouffrent dans la brèche offerte par la désorganisation européenne.

Solidarité, il en a aussi été question lors de l’annonce successive des annulations ou des suspensions de dividendes par les banques. Si cette décision est sage pour renforcer leurs fonds propres et assurer la continuité du financement des économies, elle a néanmoins été le fruit de pressions du régulateur et des états. Le secteur bancaire, malgré des assouplissements réglementaires et son rôle central dans la résolution de la crise (car il n’est en rien responsable comme en 2008 de la crise), s’est donc «nationalisé» de fait ce qui n’a guère plu aux marchés. Ces derniers semblent accréditer la thèse d’une sortie de crise prochaine ou tout au moins d’un déconfinement progressif. Les mauvais chiffres de l’emploi américain ont d’ailleurs été plutôt bien digérés.

Il est prudent de ne pas considérer que toutes les baisses
des bourses sont derrière nous à ce stade.

Le retour à la normale économique semble pourtant bien loin car les règles de distanciation sociale et les normes sanitaires strictes vont ralentir les flux de marchandises et la circulation des personnes. Il est donc prudent de ne pas considérer que toutes les baisses des bourses sont derrière nous à ce stade car cette crise sera profonde et de nature nouvelle. Comme le faisait remarquer le sociologue presque centenaire Edgar Morin, «profondément, cette crise est anthropologique: elle nous révèle la face infirme et vulnérable de la formidable puissance humaine, elle nous révèle que l’unification techno-économique du globe a créée en même temps qu’une interdépendance généralisée, une communauté de destins sans solidarité.»

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