Pas de croissance durable sans coopération

Jan Amrit Poser, J. Safra Sarasin

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Les signes de déclin de l’ordre géopolitique sont nombreux. La tendance à l’intégration de l’ordre d’après-guerre s’inverse définitivement.

 

Les signes de déclin de l’ordre géopolitique sont de plus en plus nombreux. L’éclat du sommet du G7 début juin au Canada montre à quel point la situation est fragile. L’absence de volonté des États-Unis de s’engager en faveur des valeurs communes remet en cause le partenariat transatlantique. La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) n’est plus qu’une question de temps. Parallèlement, l’UE est en désaccord avec les gouvernements polonais et hongrois sur des questions fondamentales – quotas de réfugiés, indépendance de la justice et liberté de la presse. Le nouveau gouvernement populiste italien a annoncé son intention de vouloir rediscuter des règles de la zone euro. Après que le gouvernement américain a attisé les craintes d’une guerre commerciale en introduisant des droits de douane sur les produits en provenance de la Chine et de l’UE, l’Accord de libre-échéance nord-américain (ALENA) pourrait disparaître à l’automne. La tendance à l’intégration de l’ordre d’après-guerre s’inverse définitivement.

L’économie mondiale n’est pas un jeu à somme nulle
dans lequel un partenaire commercial gagne et l’autre perd.

Au cours du siècle dernier, l’économie de marché s’est révélée un mécanisme de coordination supérieur favorisant mieux que toute autre forme d’économie la croissance et la prospérité. Toutefois, sans institutions, elle ne peut déployer son potentiel de croissance de manière optimale. La stabilité de l’environnement est essentielle, que ce soit sous la forme de lois, d’accords commerciaux, d’ordre monétaire, et d’alliances politiques. La coopération entre les nations et les blocs économiques y contribue. La confrontation, en revanche, est un poison pour l’économie de marché et donc aussi pour la croissance.

L’économie mondiale n’est pas un jeu à somme nulle dans lequel un partenaire commercial gagne et l’autre perd. Depuis que David Ricardo a publié la théorie des avantages comparatifs au début du XVIIIe siècle, nous savons que le commerce offre des avantages pour les deux parties. Une conclusion essentielle de la théorie des jeux est que la coopération peut donner de meilleurs résultats que la confrontation.

La complexité de l’économie mondiale exige une coopération multilatérale. Des normes mondiales de produits sont nécessaires pour assurer l’accès au marché mondial. Pour faire face aux défis mondiaux que sont l’explosion démographique, la pénurie de ressources et le changement climatique, des approches mondiales sont nécessaires. Un ordre économique mondial basé sur le conflit débouchera en revanche sur l’épuisement des ressources naturelles et humaines. Tôt ou tard, on s’en rendra compte: sans coopération, il n’est pas de croissance durable.