Manipulation

Serge Ledermann, 1959 Advisors

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Si le délit d’initié est en régression, la manipulation est en recrudescence. Elon Musk et Donald Trump le démontrent.

Le message sur Twitter du fantasque innovateur Elon Musk concernant son projet de privatisation de la société Tesla (dont il détient 20% du capital) n’en finit de susciter des commentaires de toute nature. Tout d’abord les aspects «techniques»: Le financement d’une telle opération est-il garanti? Comment a été fixé le prix de l’opération? Le conseil d’administration a-t-il été consulté? Pourquoi tourner le dos à Wall Street qui précisément a permis au cours de l’action d’atteindre des niveaux probablement stratosphériques? Ensuite, le but réel de cette opération et surtout du message: A l’évidence M. Musk est «fatigué» par les règles du jeu de la bourse, à savoir la rédaction d’un rapport d’activité trimestriel, parler aux analystes financiers, informer prestement de toute nouvelles de nature à influencer le cours de bourse et surtout faire face aux vendeurs à découvert (généralement nombreux pour des titres avantageusement valorisés).

Le fondateur de Tesla a voulu effrayer les fameux vendeurs à découvert.

Pourquoi se poser tant de questions quand la réalité est vraisemblablement plus prosaïque? Cela s’appelle purement et simplement de la manipulation de cours. Cette pratique frauduleuse est aussi vieille que la bourse, et constitue un délit punissable au même titre que le délit d’initiés. M. Musk a voulu effrayer les fameux vendeurs à découvert qui – s'ils avaient cru les intentions dévoilées par le message Twitter – se seraient empressés de couvrir (racheter les titres vendus) générant ainsi une hausse aussi brutale que spectaculaire du cours. Si le cours de l’action Tesla est certes monté un peu, il a surtout fortement chuté par la suite, une fois la vacuité de la nouvelle reconnue. En fait, les vendeurs à découvert ont augmenté leurs gains depuis! C’est l’histoire de l’arroseur arrosé.

Les manipulations de cours sont clairement à l’ordre du jour dans la finance actuelle! J’en veux pour preuve les différentes condamnations concernant la collusion de différents traders visant à influencer le taux LIBOR, ou encore le cours de certaines matières premières ou devises. Il apparaît aujourd’hui clairement que la plupart des cryptodevises sont manipulées par quelques initiés, et les autorités ne cessent de demander la fermeture des sites en question. Le développement rapide (et un peu désordonné) des bourses chinoises s’accompagne également d’un nombre très important de manipulations que les autorités tentent d’éradiquer avec toute la fermeté qui les caractérise.

L’exercice du pouvoir avec la liberté de communiquer
à l’aide d’un outil comme Twitter est un pur scandale.

Si le délit d’initié est en régression en raison principalement du suivi très précis (gestion des données, algorithmes transactionnels) des transactions boursières sur les grandes places, il m’apparaît que la manipulation est en recrudescence. C’est une manifestation de plus de l’envahissement de la toile par les réseaux sociaux et leur cortège d’effets nocifs. Et comme l’exemple vient toujours d’en haut, il suffit d’observer l’outrecuidance du président américain dans ses diarrhées verbales quotidiennes sur Twitter. Je reste stupéfait qu’aucune autorité américaine, qu’aucune gouvernance n’interdise au président de se prononcer sans filtre et probablement sans contrôle préalable sur autant de sujets sensibles. Qui me garantit qu’aucune transaction boursière n’est engagée en aval (des messages publiés) par des proches ou des amis pour bénéficier des réactions de marché ainsi générées? Il est permis de nourrir les plus grands doutes de la part d’un président qui n’a toujours pas fait la lumière de sa surface financière personnelle. La loi l’exige pour tout président. L’exercice du pouvoir avec la liberté de communiquer à l’aide d’un outil comme Twitter est un pur scandale. Les manipulations de toute sorte ne sont pas prêtes de disparaître. Soyez sur vos gardes!