L’évolution des politiques monétaires

Marie Owens Thomsen, Indosuez Wealth Management

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Il faut s’attendre à de nouvelles réductions des taux directeurs par la Fed, limitées à 25 points de base.

Le régime de politique monétaire est en train de changer. Fondamentalement, il s’agit d’une bonne nouvelle, car dans une économie mondiale en mutation constante, les politiques doivent évoluer et s'adapter. Néanmoins, il est désormais plus difficile de prévoir les actions des banques centrales. Plusieurs facteurs clés influencent actuellement leur réflexion. Premièrement, la question de la viabilité de la dette. Alors que les pays matures affichent des niveaux record de dette souveraine, la politique monétaire ne peut plus être menée de manière totalement indépendante de la politique budgétaire, ce qui constitue un argument de poids en faveur des attentes de «taux bas pour longtemps» que nous avons en matière de taux directeurs. 

Les taux directeurs se rapprochent
de ce que les économistes appellent la limite inférieure zéro.

Deuxièmement, les taux directeurs se rapprochent de ce que les économistes appellent la limite inférieure zéro («zero lower bound») ou limite inférieure effective (le taux en dessous duquel aucun avantage économique supplémentaire ne peut être perçu, souvent estimé entre -0,5 et -1,0%), ce qui plaide, pour bon nombre d’économistes, pour une action plus précoce et plus audacieuse. Cela explique en grande partie la dernière réduction du taux de la Fed. 

Troisièmement, face aux politiques commerciales restrictives, il est logique d'assouplir d'autres politiques économiques, qu'elles soient monétaires ou fiscales. Cependant, l'efficacité des politiques monétaires plus accommodantes pour compenser les restrictions commerciales est discutable, dans un contexte où les conditions de crédit sont déjà favorables. L’indicateur des conditions de crédit aux petites entreprises de la NFIB (mesurant la disponibilité des prêts) est proche de son niveau le plus élevé depuis 2004 (voir le graphique ci-dessous).

Indice NFIB Conditions de crédit aux petites entreprises et disponibilité des prêts,% solde / diffusion

Sources: Bloomberg, Indosuez Wealth Management
 

 

Ce qui se passera ensuite devra naturellement être analysé en fonction de nouvelles données et informations. Sur ce point, cette semaine sera importante. Ce soir, la Fed publiera le compte rendu de la réunion de juillet. Vendredi marque le début du symposium annuel sur les politiques de la Réserve fédérale à Jackson Hole dans le Wyoming et le président de la Fed, Jerome Powell, prendra la parole à 16 heures, heure de Paris. 

Les données actuellement disponibles
ne justifient rien de plus qu'une stabilité des taux directeurs.

Néanmoins, nous soulignons que les données actuellement disponibles ne justifient rien de plus qu'une stabilité des taux directeurs. Certes, le PIB des États-Unis a ralenti par rapport au récent sommet de 3,2% en glissement annuel au deuxième trimestre 2018, à 2,3% en glissement annuel au même trimestre cette année. Cependant, le Congressional Budget Office estime que le PIB potentiel s’établissait à 2,2% au T2 2019, ce qui signifie que la croissance actuelle du PIB demeure encore très légèrement au-dessus de son potentiel, et ne devrait donc pas sonner l’alarme. L’estimation rapide du PIB au troisième trimestre 2019 par la Fed d’Atlanta («now-cast») était de 2,2% au 16 août. Notre prévision pour le PIB du T4 aux États-Unis est de 2,0%. 

Compte tenu de ce qui précède, nous nous attendons à de nouvelles réductions des taux directeurs par la Fed, limitées à 25 points de base. La prochaine réduction est susceptible de se produire en septembre, suivie potentiellement d’une réduction supplémentaire avant la fin de l'année. Ces perspectives macro-économiques resteraient plutôt favorables aux marchés des actions et des obligations, alors que les entreprises fortement endettées présentent des risques spécifiques et doivent sans doute être abordées avec une grande prudence.