Casse-tête pour investisseurs taux fixes

Mark Holman, TwentyFour Asset Management

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Les indicateurs économiques dictent la prudence, mais les actifs «sans risque» sont exposés à une forte volatilité. Comment se couvrir correctement?


©Keystone

Le degré de la couverture nécessaire pour les portefeuilles est l’une des questions auxquelles nous sommes le plus fréquemment confrontés. Au vu de la dégradation constante des indicateurs économiques mondiaux, la prudence est de mise et, dans l'univers «sans risque» des titres à taux fixes qui présentent une corrélation négative, il nous a semblé que les bons du Trésor américain étaient, récemment, les instruments les plus aptes à remplir cette fonction.

Chaque progrès vers un accord entre les USA et la Chine
viendra doper les rendements des bons du Trésor.

Il reste à déterminer la duration souhaitable pour que cette poche d’actifs «sans risque» puisse assurer son rôle de protection. Elle dépend évidemment de la configuration de chaque portefeuille, mais il n’en reste pas moins vrai que tous les investisseurs taux fixes se trouvent actuellement confrontés à cette problématique.

Rallye sur le sans risque

Les bons du Trésor et autres actifs «sans risque» ont bénéficié depuis une année environ d’un puissant rallye, si bien qu’ils ont atteint des niveaux qui dépassent déjà ceux que l'on pourrait s'attendre en période de récession. Une telle situation peut paraître n’avoir rien de très étonnant dans la mesure où bon nombre d’investisseurs auront interprété le ralentissement de l'économie mondiale ainsi que le retour des principales banques centrales à des politiques monétaires accommodantes comme un signal favorable à une prise de risques de taux plus importante. Or, en réalité, le facteur qui, à lui seul, a le plus contribué au rallye des actifs «sans risque» est le conflit commercial qui oppose les Etats-Unis à la Chine. Et en cette matière, l’avenir n’est guère prévisible.

A quand un accord?

Les négociations entre les deux pays ont déjà été entamées puis interrompues à plusieurs reprises et il n’est pas impossible que ce même scénario se produise une fois encore. Ce qui est certain en revanche, c’est que chaque progrès vers un accord viendra doper les rendements des bons du Trésor. Ainsi, fin septembre, lorsque Donald Trump a laissé entendre que la conclusion d’accord commercial était beaucoup plus proche qu'on ne le pensait généralement, le rendement des bons du Trésor à dix ans a gagné dix points de base et en l'espace de quelques minutes. Par conséquent, si les négociations se poursuivent et vont dans la bonne direction, il n’est pas à exclure que les rendements de bons du Trésor remontent pour aller jusqu’à 2%.

La meilleure approche consiste à maintenir
une exposition stratégique importante aux actifs «sans risque».

Dans le cas contraire, compte tenu de l’impact très négatif des tensions commerciales sur les circuits d’approvisionnement et de l’incertitude qu’elles suscitent et qui provoque un recul important des investissements des entreprises, on peut s’attendre à ce que les rendements des bons du Trésor aillent toucher leurs plus bas.

Prudence et couverture

En fin de compte, la seule chose dont nous soyons certains, c'est que les bons du Trésor américain et tous les autres titres à taux fixes «sans risque» resteront volatils. Compte tenu de leur liquidité, il est tentant d’arguer que ces titres pourront toujours être négociés, en dépit de la volatilité ambiante. Mais cela n’est vrai que dans une certaine mesure, car tous les investisseurs taux fixes, y compris nous-mêmes, savent combien il est difficile  de pratiquer le «range trading» de manière consistante. 

Par conséquent, si l’on revient à notre question initiale du niveau de couverture nécessaire, la réponse à cette question fait l’objet d’un débat qui est devenu pratiquement quotidien. A notre avis, la meilleure approche consiste à maintenir une exposition stratégique importante aux actifs «sans risque» afin de répondre à la dégradation des indicateurs économiques, et ce, malgré le fait que les actifs «risque» ne l’aient pratiquement pas intégrée.

Nous estimons que le risque de baisse des marchés est encore sous-estimé et nous préférons par conséquent rester «long» sur le plan de la couverture. Toutefois, compte tenu de la volatilité, une stratégie tactique peut parallèlement être utilisée pour mettre en pratique des idées d’investissement à plus court terme, et ce, sans compromettre la nécessité stratégique de faire preuve de prudence.